"L'opposition entre salariés et patrons, c'est dépassé aujourd'hui"


Rédigé par - Angers, le 04/05/2016 - 18:30 / modifié le 04/05/2016 - 14:09


Créatrice et gérante de cabinets conseils en ressources humaines, Anouk Ullern préside depuis deux mois la Confédération générale des Petites et Moyenne Entreprises de Maine-et-Loire (CGPME 49). Un mandat qu'elle entend mettre à profit pour renforcer plus encore le lien entre entreprises et territoires. Et faire entendre la singularité patronale des PME. Interview.



Anouk Ullern, la nouvelle présidente de la CGPME de Maine-et-Loire.
Anouk Ullern, la nouvelle présidente de la CGPME de Maine-et-Loire.
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Qu’'est-ce qui a fondé à l'origine votre engagement au sein de la CGPME ?  

"L'engagement, le sens des responsabilités, c'est quelque-chose qui a toujours fait partie de moi. J'avais envie de participer à un mouvement patronal et celui qui correspond le plus à mon vécu, à mes valeurs, c'est celui des responsables des petites et moyennes entreprises. J'en ai autour de moi, dans ma famille et j'en suis à ma troisième création. J'ai travaillé pour le compte de grandes entreprises mais toujours au sein de PME." 

Beaucoup de dirigeants d'entreprises ne s'engagent pas dans une organisation collective... 

"Participer à des réflexions sur la vie économique de son territoire, ça permet d'apporter des idées, de mutualiser un certain nombre de choses, des ressources, des moyens, des idées. Je suis quelqu'un qui fonctionne très facilement en réseau, j'ai été trésorière d'un BNI (un réseau d'affaires, NDLR) sur Paris, mais j'avais besoin de quelque-chose qui soit plus axé sur la défense des entreprises elles-mêmes. J'ai donc fait partie du conseil d'administration pendant plusieurs années et l'an passé, lorsque Zohra Gallard a souhaité se retirer de la présidence, ma candidature a été proposée et j'ai accepté." 

Comment se porte la CGPME en Maine-et-Loire ? 

"Bien. Notre réseau -près de 350 adhérents aujourd'hui- est en augmentation constante chaque année mais nous souhaitons le faire progresser encore. On propose une écoute, beaucoup de services, de nombreuses sources d'informations et nous avons beaucoup de latitudes pour agir localement. Et puis, je pense que notre mouvement est proche des chefs d'entreprises, que son discours national n'est pas discordant par rapport à la réalité de ce qui est vécu en Maine-et-Loire. " 

Quel regard portez-vous sur le territoire économique départemental, vous qui y êtes arrivée il y a une dizaine d'années ? 

"C'est un département qui souffre aujourd'hui, au niveau de l'emploi, mais qui véhicule un dynamisme et une énergie réels. Je constate aussi que les nouvelles équipes en place à Angers notamment développent énormément d'actions en faveur de l'emploi, de la territorialité, idem à Cholet. Tous les acteurs - je pense aussi à la Direction départementale du travail - ont cette préoccupation de l'emploi et essayent de trouver des solutions pour les jeunes, pour les entreprises. A la CGPME, on travaille avec Aldev sur la gestion territoriale des emplois et des compétences, une initiative que je trouve très intéressant en terme de synergie d'actions."
"Ce qui se passe aujourd'hui avec le réforme de la loi du travail est extrêmement défavorable aux PME. On ne peut pas dire qu'on va taxer les CDD et se réjouir.

Personne n'a de baguette magique pour l'emploi. Pour vous, les solutions passent par des décisions nationales ou locales ? Par une combinaison des actions ? 

"Il faut tout ! On ne peut pas dire qu'il suffirait d'actions locales ou nationales, c'est un ensemble de choses. Bien sûr, il faut une volonté politique pour faire avancer les choses. Mais très sincèrement, ce qui se passe aujourd'hui avec le réforme de la loi du travail est extrêmement défavorable aux PME. On ne peut pas dire qu'on va taxer les CDD et se réjouir. Il y avait déjà eu une expérimentation de ce type en 2013 sans impact sur l'emploi. Cette loi a été vidée de sa substance et détricotée sur le dos des PME." 

Plus globalement, que vous inspire la mobilisation des jeunes et moins jeunes contre cette loi ? Et les mouvements sociaux qui l'entourent à l'exemple de la Nuit Debout ? 

"D'une certaine façon, je comprends. Et je pense que ces mouvements sont la manifestation de quelque-chose de beaucoup plus profond que le simple rejet d'une loi sur le travail. La société a vraiment besoin de mener des réflexions de fonds quand on voit ce qui est sorti sur les Panama Papers et ces immenses fuites financières... Vous êtes jeune, vous imaginez le marché du travail et vous allez devoir avancer avec tout ça en face de vous, je comprends que ce soit démoralisant et que ça inquiète. Après, je pense qu'il ne faut pas séparer les jeunes d'un côté, les salariés de l'autre, les patrons d'un autre côté encore. Il faut arriver à un moment donné à faire se parler tous ces gens entre eux. J'ai beaucoup de confiance là-dessus quand même." 

Précisément, sur la place de l'entreprise dans la société, avez-vous le sentiment que l'on a avancé ? 
 
"Beaucoup de clichés perdurent. Par exemple l'opposition entre salariés et patrons, les uns supposés avoir le mauvais rôle et les autres le bon, qui me parait un héritage de la lutte des classes dépassé aujourd’hui. Il faut vraiment sortir de ça. D'autres pays ont trouvé des voies de négociation, je crois au vrai dialogue qui permette de trouver un terrain d'entente pour tous et de sortir des clivages. Autre exemple, une image et un traitement uniformisés des entreprises et du patronat. En réalité, les entreprises présentent de grandes différences selon leur taille notamment et l’on continue à les considérer à égalité alors qu’elles n’ont pas le même fonctionnement, pas les mêmes moyens (humains, financiers etc.), pas le même relationnel avec leurs salariés. Par ailleurs, je me demande effectivement quelle place ou quelle image certains grands décideurs politiques ont de l’entreprise pour produire autant de lois contraignantes, pour complexifier le quotidien alors qu’il était question de simplification nous sommes acteurs et partenaires, pas adversaires."
"On ne peut pas imaginer traiter un sujet comme la pénibilité de la même façon dans une société de 3 salariés que dans une entreprise de 3000.

Qu'il faudrait régler juridiquement ? 

"Je pense qu'on devrait réfléchir à une différenciation des choses. Une loi aujourd'hui s'applique à toutes les entreprises sans distinction de la taille, c'est complètement ahurissant ! On ne peut pas imaginer traiter un sujet comme la pénibilité de la même façon dans une société de 3 salariés que dans une entreprise de 3000. Concrètement, celui qui a une petite entreprise n'a aucun moyen ni en temps, ni en connaissance, ni en terme de moyens financiers, pour articuler toutes les règles qui s'imposent à lui dans tous les domaines : ressources humaines, comptabilité, fiscalité, environnement etc… C'est "hard", je trouve. Et je ne sais pas bien si on avance sur ce terrain là. Je ne dis pas qu'il ne faut pas de lois, mais que l'on trouve des équilibres et peut-être des seuils de responsabilité différents." 

Quelles priorités comptez-vous donner à votre mandat à la tête de la CGPME de Maine-et-Loire ? 

"J'y reviens : que l'on se développe. Et pas seulement sur Angers." 

Votre organisation est trop angevine ? 

"Il ne s'agit pas seulement de la CGPME. Dans tout type d'organisation, il y a souvent un phénomène de métropolisation qui existe : en Loire-Atlantique, c'est Nantes - Saint-Nazaire; en Sarthe, c'est Le Mans et en Anjou, nécessairement, c'est Angers alors qu'il y a Cholet, Saumur, Segré... et de très belles entreprises partout. On a envie de développer des relations de proximité avec elles et ouvrir sur l’ensemble du territoire."




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