L'urgence est dans le pré

LA PRÉCARITÉ, UNE RÉALITÉ ANGEVINE 4/6


Rédigé par - Angers, le 02/03/2017 - 07:45 / modifié le 01/03/2017 - 16:55


Le monde agricole souffre, en Anjou comme ailleurs. Et si les cours ne remontent pas dans les mois qui viennent, la précarité économique et psychologique déjà vécue par les professionnels se renforcera de manière inquiétante.



"Plein les bottes". Le 27 janvier 2016, les éleveurs de Maine-et-Loire, étranglés financièrement, avaient manifesté leur colère devant une enseigne de grande distribution angevine.
"Plein les bottes". Le 27 janvier 2016, les éleveurs de Maine-et-Loire, étranglés financièrement, avaient manifesté leur colère devant une enseigne de grande distribution angevine.
la rédaction vous conseille
"J'en parlais encore il y a quelques heures avec des jeunes qui veulent s'installer : agriculteur n'est pas un métier précaire, c'est la conjoncture qui rend les choses précaires". Christian Petiteau, salarié de la Chambre d'agriculture, est l'animateur de l'association Aide, qui regroupe l'ensemble des acteurs de la profession agricole et vient soutenir les agriculteurs qui en font la demande.

Un chiffre parle plus que tout autre sur les difficultés rencontrées ces temps-ci par le monde agricole : "Là où en 2016, nous avions une cinquantaine de demandes de premier entretien -celui où l'on évalue la situation et les besoins de l'agriculteur qui fait appel à l'association- nous en sommes déjà à une centaine en 2017. Le nombre de gens en fragilité s'est clairement multiplié", avance-t-il.

Les agriculteurs, nouveaux pauvres ? "Beaucoup d'agriculteurs vivent effectivement en-dessous du seuil de pauvreté", poursuit Christian Petiteau, qui détaille les raisons d'une telle situation. "Le monde agricole traverse une crise économique conjoncturelle très forte, liée à un prix du litre de lait très bas et à un prix de la viande assez bas lui aussi,  alors que le coût de la production n'a pas baissé. Les agriculteurs ont une réelle capacité à résister à ce genre de crise, notamment avec l'épargne ou des réductions de charge, mais quand la crise dure, ces capacités s'épuisent."
"Les agriculteurs ont une réelle capacité à résister à ce genre de crise, notamment avec l'épargne ou des réductions de charge, mais quand la crise dure, ces capacités s'épuisent"

Pour bien saisir la précarité économique à laquelle sont confrontées aujourd'hui les agriculteurs, et principalement les éleveurs, Christian Petiteau rappelle que "le prix du litre de lait  est moins cher en euro réel à l'heure actuelle, qu'en 1986. Imaginez si l'on disait à un boulanger de vendre sa baguette à 45 cents, au lieu de 1,10 € !"
 
Dans de telles conditions, personne n'est à l'abri, ce qui constitue une nouveauté dans la profession. "Nous recevons des appels de responsables de belles et grandes exploitations", confirme Henri Roullier, qui coordonne l'action de l'association SOS Solidarité Paysans 49. Lui aussi a vu le nombre d'appels doubler ces derniers mois, et "une réelle précarité" s'installer.
Là où, il y a une dizaine d'années, la précarité touchait "de petits exploitants, des personnes célibataires qui avaient repris la ferme familiale et vivotaient", résume Christian Petiteau, "elle peut s'installer aujourd'hui au sein de belles exploitations, avec, en plus d'une fragilité économique, une fragilité psychologique".

Car l'autre phénomène à l'œuvre, c'est l'augmentation de la taille des exploitations avec une main d'œuvre qui n'est pas forcément adaptée à celle-ci. "Il y a une précarisation de l'entreprise par le biais de l'épuisement au travail. Quand vous cumulez difficultés économiques et surmenage... certains chefs d'exploitation s'écroulent", conclut Christian Petiteau.

Eclairages

Et le RSA dans tout ça ?

 
Le nombre d'agriculteurs bénéficiaires du RSA -une cinquantaine dans le département, chiffre en baisse- n'est guère révélateur de la situation économique des exploitations. D'une part parce qu'il y a une méconnaissance du dispositif, d'autre part parce que les critères d'accès au RSA sont défavorables à l'agriculture, dans le Maine-et-Loire. Ces critères ont été alignés sur ceux des indépendants, avec une prise en compte des amortissements dans les revenus disponibles.

Moins de 4 248 € de revenu annuel pour 1/4 des exploitants

Selon les chiffres fournis par la MSA, un agriculteur sur quatre, parmi les 10 000 exploitants du Maine-et-Loire, a déclaré moins de 4 248 € de revenu annuel pour l'année 2015 ; soit moins que le seuil de référence qui ouvre droit au plan gouvernemental d'urgence décrété en juillet 2016.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag















Angers Mag : #Angers REPORT'CITÉ trace sa route @Angers @MinistereCC @KeolisAngers https://t.co/5jrXBWmmjE https://t.co/dULolkaDWK
Mercredi 21 Juin - 12:33
Angers Mag : #Angers Ouest eMedia Presse (@angersmaginfo) a été placée en liquidation judiciaire https://t.co/vMG2O392Qi https://t.co/N9IyhvEjS3
Mercredi 21 Juin - 12:23
Angers Mag : « En Indonésie, le tourisme engendre des transformations profondes » #Angers https://t.co/gJQfDIqgwP https://t.co/bn8ODsUAFu
Jeudi 15 Juin - 10:03
Angers Mag : JoeyStarr, les différents visages de l'éloquence: Sur la scène du Festival d'Anjou le 15... https://t.co/9fZW6XZ2i2 https://t.co/bB4ZKtREuR
Mercredi 14 Juin - 12:03