La Bosnie-Herzégovine, mosaïque de différences


Rédigé par - Angers le Mardi 29 Avril 2014 à 21:14


En classant au patrimoine mondial de l’humanité la ville de Mostar et son célèbre pont, l’Unesco a contribué à faire connaître au monde entier un site au caractère architectural authentique et au-delà, un pays, la Bosnie-Herzégovine, dont les stigmates de la guerre sont encore visibles. Pour le voyageur, la découverte entre ces deux contrastes lui assène un incontestable choc.



Symbole de la ville de Mostar, le pont Stari Most est un lieu incontournable pour tout voyageur se rendant en Bosnie-Herzégovine.
Symbole de la ville de Mostar, le pont Stari Most est un lieu incontournable pour tout voyageur se rendant en Bosnie-Herzégovine.
A l’évidence, le voyage au cœur de ce pays de l’ex-Yougoslavie de Tito demande une approche non seulement touristique, mais aussi historique et politique… Tout commence au poste-frontière du corridor de Neum, sur la route de Dubrovnik en Croatie, en direction de Mostar et Sarajevo, où les autocars grand tourisme s’alignent pour un contrôle des identités qui n’a rien d’inopiné. Tout le monde y passe sans exception. Sous un ciel gris, de la même couleur que les préfabriqués métalliques qui bordent l’immense parking de béton, il est assez tôt dans la matinée. A priori, ça devrait aller vite. Normalement…

À bord des bus climatisés, des touristes en provenance de toute l’Europe, d’Asie - en grand nombre - et d’autres contrées sont fermement priés de rester à leur place et interdits de descente, comme de toute photographie d’ailleurs. Il règne une atmosphère de pays de l’Est, comme au temps où les contrôles tatillons étaient de mise aux différents check-point de feu le rideau de fer. Dans leur splendeur d’une ère yougoslave révolue, les douaniers ne pèchent pas par excès de précipitation en adoptant une lenteur désespérante au possible.

Trouvant la situation particulièrement absurde, les visiteurs ne manquent pas de s’interroger sur la pléthore de fonctionnaires qui auraient tout à gagner à les faire rentrer au plus vite dans le pays avec… leurs devises. C’est comme si le Ministère du tourisme local n’avait aucun moyen de faire entendre le sens de la raison et des intérêts à ses compatriotes. Le tarif minimun est le même pour tous : une bonne heure et demie d’attente. Le lendemain, des touristes espagnols attendront pendant près de trois heures et demie à la douane voisine du Monténégro.

Une république, une fédération, trois présidents, cent cinquante ministres

Bien que tournée, la page de la guerre reste bien présente dans les pays de l’ex-Yougoslavie comme en témoigne ce bâtiment de Mostar criblé d’impacts.
Bien que tournée, la page de la guerre reste bien présente dans les pays de l’ex-Yougoslavie comme en témoigne ce bâtiment de Mostar criblé d’impacts.
Curieusement, les guides se garderont d’accompagner la fronde en observant un mutisme de circonstance face aux railleries. Plus tard, l’heure des explications apprendra aux voyageurs que depuis l’entrée de la Croatie limitrophe dans l’Union européenne, les contrôles à ce poste frontière sont devenus plus rigoureux dans les deux sens, faisant dire à ces mêmes Croates : « Nous sommes devenus le rempart de l’Europe. Nous sommes votre nouvelle barrière avec les Balkans et ses migrants ».

Car l’épisode de la frontière est à l’image d’une Bosnie-Herzégovine qui ne sait plus à quel saint (au propre comme au figuré étant donné la concentration des « chapelles » sur le territoire) se vouer. Ici, chaque village, chaque quartier, quasiment chaque rue érige son église catholique, son clocher orthodoxe, son minaret, voire sa synagogue… et chacun se revendique d’une ethnie : on trouve les Serbes de Bosnie, les Croates de Bosnie, les Bosniaques (musulmans) de Bosnie, les Serbo-Croates de Bosnie, les Bosniens de Bosnie…

Depuis 1995 et la fin des conflits, le pays est principalement constitué de deux catégories politiques majeures, se répartissant à 51 % entre la Fédération (Bosniaques et Croates) et à 49 % avec la République serbe de Bosnie (Serbes). Chacune de ces deux entités dispose de son armée, sa police, sa justice, son système éducatif. Et même son propre alphabet, puisque les Serbes s’appuient sur l'alphabet cyrillique tandis que Bosniaques et Croates utilisent l'alphabet latin. Apothéose de cette énumération, ça donne rien de moins que trois présidents, quatorze gouvernements, cent cinquante ministres, etc. Ce qui fait dire à certains autochtones qu’ils disposent « de la plus grande administration du monde »

Mostar, classée au patrimoine mondial de l’Unesco

De véritables havres de paix et de fraîcheur se laissent parfois découvrir au hasard d’un détour sur les rives de la Neretva.
De véritables havres de paix et de fraîcheur se laissent parfois découvrir au hasard d’un détour sur les rives de la Neretva.
Tout au long de la route nationale qui longe la rivière émeraude de la Neretva et conduit les cars de tourisme vers Mostar sur fond de paysage montagneux, la Bosnie-Herzégovine se laisse doucement découvrir avec cette succession de constructions hétéroclites, tantôt typiques, tantôt inachevées, parfois abandonnées, quelquefois bombardées. Souvent, il arrive aussi qu’on reconstruise du neuf tout en conservant sa maison détruite sur son lopin de terre. Le visiteur n’aura pas manqué de noter au passage, notamment à l’approche des agglomérations, les signes de la mondialisation avec un nombre impressionnant d’usines abandonnées.

N’étant plus en conflit depuis plus de quinze ans, le pays n’est plus un champ de bataille criblé de mines antipersonnel, de bombes, de ruines, puisqu’il tire désormais sa force de son héritage historique et culturel en se reconstruisant sur sa diversité. Ses influences ottomane, slave, austro-hongroise, catholique lui donne une richesse patrimoniale sans commune mesure qui se découvre essentiellement au sein du centre-ville de ses cités. Chacun des envahisseurs y est allé tour à tour de ses talents de bâtisseurs érigeant çà et là châteaux, citadelles, remparts, chemins de rondes, édifices religieux…

Nichée dans la vallée de la rivière Neretva, la ville historique de Mostar, quant à elle, se caractérise par ses maisons turques et son célèbre pont, Stari Most, frontière entre l’islam et le christianisme, mais en même temps passerelle entre l’occident et l’orient. Construit en 1566 sous le règne de Soliman le Magnifique, son architecture ottomane en fait un joyau de l’Europe. Détruit en 1993 par des bombardements en même temps que d’autres édifices, il fut reconstruit pierre par pierre sous l’égide de l’Unesco, et sa reconstruction devint à son tour un symbole exemplaire de la coopération internationale. Ainsi que de la paix retrouvée entre les populations cosmopolites de la ville…



Michel Barini
Contributeur Angers Mag - pour le secteur des Ponts de Cé et Murs Erigné. Collabore à la rédaction... En savoir plus sur cet auteur

Actualité | Société | Economie | Politique | Culture | Sports - Loisirs | Services | Zoom sur ... | Billet d'humeur | video | vacances | Administration - Gestion | Jeux | le mensuel Angers Mag | Archives | Publicité | L'oeil de Fanch Juteau










Angers Mag











Angers Mag : Le Bastringue Général, collection automne-hiver à Montreuil-Juigné: A la fois marché de... https://t.co/wSJrT0YxQH https://t.co/uk6Li4S9nu
Jeudi 8 Décembre - 09:22
Angers Mag : Pourra-t-on un jour revendiquer le "droit au bonheur" devant les tribunaux ?: Avec cette... https://t.co/QpibQ65W2u https://t.co/6akmJkPlta
Jeudi 8 Décembre - 07:56
Angers Mag : A Coutures, les maternelles s’activent: Dans sa classe de l’école maternelle publique de... https://t.co/bJ1C27TEZX https://t.co/HH0RAzp80Q
Jeudi 8 Décembre - 07:46
Angers Mag : Au comptoir de Mathilde... et de Catherine: Depuis la fin du mois d'octobre, la rue... https://t.co/wkV9xA1N3F https://t.co/6yuEQFFF5o
Mercredi 7 Décembre - 08:00




cookieassistant.com