"La Fabrique de l'œuvre" : au travers du dessin, une exposition manifeste


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le Mardi 8 Décembre 2015 à 11:23


En plaçant la qualité, l'exigence, la pédagogie et la médiation au cœur de sa dernière exposition en tant que directrice des Musées d'Angers, Ariane James-Sarazin signe une ultime prouesse, après trois ans à la tête de l'institution. Visite guidée.



Ariane James-Sarazin devant une sanguine de Fragonard, "une des plus belles de l'exposition".
Ariane James-Sarazin devant une sanguine de Fragonard, "une des plus belles de l'exposition".
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Dans moins d’un mois, elle aura quitté ses fonctions de directrice des Musées d’Angers, qu’elle occupe depuis trois ans. Pourtant, malgré les paperasseries que l’on imagine être à l’ordre du jour, Ariane James-Sarazin prend le temps, sur l’heure du déjeuner, de nous offrir une médiation toute personnelle de sa dernière exposition temporaire dans ces murs, en tant que co-commissaire.

« La Fabrique de l’œuvre » est la suite logique d’une première exposition, montée il y a un an. « Un ami, Dominique Brême, directeur du Domaine départemental de Sceaux, m’avait fait la proposition d’exposer une centaine de dessins de mon choix, issus du cabinet d’arts graphiques d’Angers. J’avais répondu avec beaucoup de plaisir à cette invitation. Compte tenu du succès de l’exposition et de la déception des Angevins de ne pas avoir pu la voir, nous avons décidé de créer  "La Fabrique de l’œuvre" ». Une exposition consacrée aux dessins - un support fragile qui ne tolère d’être exposé que 3 mois tous les trois ans - ceux du très riche cabinet d’arts graphiques d’Angers, qui compte 13 500 trésors.
J'ai tenté d’exprimer par cette exposition le fondement de mon ambition pour les Musées d’Angers.

Mais qui saurait définir ce qu’est un dessin ? « Dans l’imaginaire commun, le dessin est dessin car tracé sur du papier. Or, les hommes préhistoriques jusqu’aux artistes de street-art font mentir cette vision. » Ni le support, ni le médium ne définissent le dessin mais « son objectif, son intention. C’est une forme d’expression artistique qui se situe dans la transcription d’une intention intellectuelle ». Les commissaires en ont déterminé quatre, plan irréfutable d’une exposition qui se veut très pédagogique. « Il s’agit de lever le voile sur les mystères de la création artistique : quelle est la cuisine obscure dans l’intimité de l’atelier de l’artiste ? Comment l’historien de l’art arrive-t-il à dater, attribuer une œuvre à son auteur ? ».

La première partie de l'exposition est dédiée au dessin comme apprentissage des arts. « Dès la Renaissance, le dessin est l’outil de compréhension et de déchiffrement du monde ». D’après l’antique, la sculpture, les maîtres anciens, les modèles vivants ou les paysages romains, le dessin est le passage obligé pour tout apprenti artiste qui souhaite aiguiser son trait.
Soudain, dans la déambulation, le regard s'arrête sur un croquis panoramique dont la contemporanéité du tracé détonne alors que le cartel annonce « Nicolas Poussin (1594-1665) ». Plus loin, c'est Ariane James-Sarazin qui surprend, qualifiant de « crobard » un dessin du Parmesan : « sa main va plus vite que son esprit ».

Nicolas Poussin  (1594-1665),  Paysage, fleuve courant entre  des coteaux de lignes sévères  et simples,  vers 1635-1640,  plume et encre brune,  12,1 x 36,1 cm
Nicolas Poussin (1594-1665), Paysage, fleuve courant entre des coteaux de lignes sévères et simples, vers 1635-1640, plume et encre brune, 12,1 x 36,1 cm
Autre espace, autre intention : le dessin comme processus préparatoire. Où l’on s’aperçoit que des sculpteurs ou peintres de génie font parfois de piètres dessinateurs. Où l’on prend conscience également du travail de recherche qui précède toute œuvre. Ainsi, pour réaliser « Clytemnestre hésite avant de frapper Agamemnon endormi, Égisthe, son complice la pousse », Pierre-Narcisse Guérin aura étudié les moindres détails, jusqu’au tombé du rideau, ce qu’Ariane James-Sarazin appelle la « quête compulsive d’un artiste jamais satisfait ».

Arrive alors le dessin en soi. Caricatures, faux ou produits marchands font leur apparition. Fragonard va même jusqu’à réaliser des contre-épreuves, sortes de photocopies de ses dessins, pour les vendre. « On disait de lui qu'il gagnait de l'argent », sourit la co-commissaire.
 

Jean-Honoré Fragonard Paysage italien avec deux figures, vers 1760 Sanguine, 365 x 458 mm © Musées d’Angers
Jean-Honoré Fragonard Paysage italien avec deux figures, vers 1760 Sanguine, 365 x 458 mm © Musées d’Angers
Dernier espace, dernière intention : le dessin comme obsession. « Nous sommes convaincus que l’artiste cherche, à travers le dessin, à comprendre le monde et à se comprendre soi-même », glisse Ariane James-Sarazin dans cet espace très subjectif dans lequel le papier endosse le rôle de confident.

Alors que l’on s’apprête à la remercier pour cette visite privilégiée, la directrice des Musées nous guide vers la 5e partie de l’exposition, l’espace de médiation. Là, au milieu des Rembrandt, Vouet, David d’Angers et Delacroix (vrais ou faux pour ce dernier), chacun est invité à  prendre le fusain, le crayon, la sanguine ou le feutre et à dessiner sur du papier ou à même les murs.
Une médiation voulue par Ariane James-Sarazin qui avoue, avant de nous quitter : « C’est une exposition manifeste d’un parcours à la fois personnel et professionnel. Manifeste du fait que l’Histoire de l’art n’est pas réservée à quelques distingués spécialistes mais qu’elle peut être mise à la portée de tous. Manifeste que la médiation est au cœur de la démarche d’un musée. Enfin, en présentant des œuvres extraordinaires, portées par le propos le plus exigeant possible et la pédagogie la plus poussée possible, j’ai tenté d’exprimer par cette exposition le fondement de mon ambition pour les Musées d’Angers. » Une fabrique de l'exigence aboutie.
 

Dessins contemporains en miroir
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Jusqu'au 28 février, du mardi au dimanche, de 10h à 18h.












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