La Gonfle : toute la perversité de l’homme

62ème Festival d'Anjou


Rédigé par Guillaume CHAUVET - Angers, le 16/06/2011 - 10:32 / modifié le 18/06/2011 - 10:02


Méchants, cupides, rusés et jaloux tels sont les personnages de la Gonfle, la pièce de Roger Martin du Gard, présentée hier soir au Plessis Macé par Patrick Pelloquet. Cette tranche de vie dans la campagne française au siècle dernier, montre de quoi l’être humain est capable dès lors qu’il s’agit de s’approprier un héritage.



La Nioule au sol, la Bique assise et Andoche menaçant avec une chaussure
La Nioule au sol, la Bique assise et Andoche menaçant avec une chaussure
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L’auteur de cette farce paysanne telle qu’aurait pu l’écrire Rabelais, se joue d’un double sens pour le titre : avoir la gonfle dans le monde rural était attribué aux femmes enceintes mais aussi aux personnes dont la maladie fait grossir de manière anormale. A la fois drôle et cruelle, cette pièce traduit avec l’aide d’un langage patoisant adapté pour la circonstance, comment des personnages qui ne savaient ni lire ni écrire, interprétaient ce qu’ils vivaient chaque jour et ce qu’ils enviaient, notamment la maigre fortune de leur voisin.

L’histoire tourne autour de la « Bique » », une fermière atteinte d’hydropisie visqueuse, maladie créant une poche de gaz, notamment chez les ruminants. Se déplaçant avec difficulté, elle fait appel à son neveu, vétérinaire, intéressé par l’héritage, mais aussi par la mairie du village, pour la vider de son gaz, comme il le fait habituellement aux vaches.

La Bique plus agressive que la normale du fait de son état, s’en prend à une pauvre fille muette, « la Nioule », véritable esclave et souffre douleur de la ferme. C’est aussi celle que le garçon de ferme et sacristain, « Andoche », et le vétérinaire, Monsieur Gustave, abusent à l’occasion, au point de lui faire un enfant.

La pièce se termine par un long rapport de force entre les deux hommes, qui ont besoin l’un de l’autre pour arriver à leurs fins : le vétérinaire à besoin d’Andoche pour convaincre le curé de lui donner l’unique et dernière voix qu’il lui manque pour remporter les élections, et le garçon de ferme à besoin du vétérinaire pour soigner les femmes de la maison et conserver l’héritage. L’apparition de la pompe à bestiaux, pour dégonfler la Bique fait son effet.

Tout le suspens et l’exaltation tiennent à la façon dont chacun des hommes va se servir des failles de son adversaire pour prendre l’ascendant. Qui des deux l’emportera l’érudit ou le naïf… ?

L’auteur Roger Martin du Gard, Prix Nobel de littérature est mort avant de voir la première représentation de sa pièce. Mais sa volonté de la jouer avec quatre hommes, dont deux « la Nioule » et la « Bique », travesties pour l’occasion, a été respectée. Elle accentue le burlesque et rend cette histoire soutenable et risible car elle nous aurait fait pleurer de honte quant à la perversité de l’être humain.

La frontière entre la farce et le drame est n’est pas toujours évidente, mais la narration extrêmement bien construite, les dialogues fins, précis, le texte et le jeu des acteurs surprennent. Saluons la performance de Pierre Gondard, « Andoche » sublime, et notamment ses monologues avec le public. La profondeur qu’il donne à cette pièce fait que l’on reste avec le sourire accroché aux lèvres tout au long du spectacle.

Patrick Pelloquet signe là une vraie pièce de théâtre, qui arrive par son écriture, à transformer une situation dramatique de réalisme en une farce très plaisante comme on les aime.




















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