La flore de Maine-et-Loire a désormais son atlas


Rédigé par - Angers, le 18/06/2015 - 11:04 / modifié le 19/06/2015 - 09:06


Première synthèse cartographique des plantes sauvages du département, l'Atlas de la flore de Maine-et-Loire a été présenté publiquement mercredi. Fruit d'une mobilisation exceptionnelle de connaissances, il devrait ravir les passionnés de botanique et surprendre les non initiés par sa richesse. Coordinateur de l'inventaire, Julien Geslin du Conservatoire botanique national de Brest, répond à nos questions.



Pascal Lacroix et Julien Geslin (de gauche à droite), deux des quatre salariés du Conservatoire national botanique de Brest qui ont porté le projet.
Pascal Lacroix et Julien Geslin (de gauche à droite), deux des quatre salariés du Conservatoire national botanique de Brest qui ont porté le projet.
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Pourquoi cet Atlas de la flore de Maine-et-Loire voit-il le jour maintenant ?

"C'est un projet que nous avions depuis longtemps. Au Conservatoire botanique national, nous menons des inventaires de façon permanente mais on sentait qu'avec les différents partenaires, notamment le Conseil départemental de Maine-et-Loire, les choses étaient mûres pour le réaliser. Parallèlement, nous sentions que nous avions la matière - près de 110 000 données en 2010 - et qu'il était temps de la répertorier et de l'actualiser."

Concrètement, comment on s'y prend ?

"C'est un gros travail. On a essayé de définir un plan de prospections, en faisant le point d'abord sur ce qui était connu historiquement. On a donc dépouillé la bibliographie, ce qui s'est fait sur plusieurs années. Sachant ce qui était connu, on a ainsi pu établir ce que nous avions à retrouver, où, et y retourner pour vérifier si les plantes étaient toujours présentes. Il y a eu parallèlement un travail de croisement d'informations pour avoir une pression d'inventaire homogène sur tout le territoire, ce qui a bien entendu impliqué des déplacements dans tous les milieux, dans les bourgs, les zones humides, les zones sèches et à des périodes différentes. Ce travail ne se fait pas tout seul, on s'est appuyé sur de très nombreux bénévoles et des structures partenaires."

Quelles sont les grandes caractéristiques de la flore de Maine-et-Loire ?

"Elles sont très liées à la géologie. Le département se situe à un carrefour, avec deux entités géologiques bien marquées - Est, bassin parisien; Ouest, massif armoricain - et la Loire qui passe au milieu, en coupant le territoire encore en deux, en formant une barrière climatique. Ca donne des entités bien marquées, Segréen, Baugeois, Saumurois, Mauges et vallée de la Loire, avec des zones de transition intéressantes comme le Layon ou les Basses vallées angevines,. Ainsi, on va retrouver des plantes de type nordique dans le Segréen, assez présentes en Bretagne ou en Basse-Normandie, des plantes sous influence atlantique aussi. Et puis, plus au sud, autour de Montreuil-Bellay notamment, remontent des plantes de type plutôt méridionales dans des milieux secs."
La perte de biodiversité plus marquée dans les milieux secs et les zones humides

Emblématique de la vallée de la Loire, la Fritillaire Pintade (Fritillaria melagris), aussi appelée Gogane ou Chaudron, est commune en Anjou où on la trouve aussi dans les basses vallées angevines, la vallée du Thouet, du Layon, de la Sarthe et du Loir, mais aussi dans les Mauges et le Segréen.
Emblématique de la vallée de la Loire, la Fritillaire Pintade (Fritillaria melagris), aussi appelée Gogane ou Chaudron, est commune en Anjou où on la trouve aussi dans les basses vallées angevines, la vallée du Thouet, du Layon, de la Sarthe et du Loir, mais aussi dans les Mauges et le Segréen.
Quelles surprises vous a révélé ce travail ?

"Il y aurait beaucoup à dire. Le premier, c'est d'abord l'incroyable richesse des connaissances acquises par nos prédécesseurs, des botanistes qui n'avaient ni nos moyens techniques, ni nos moyens informatiques. L'Anjou se caractérisait par une vraie dynamique de sociétés savantes et d'illustres botanistes tel Boreau (1). Au muséum d'Angers, on retrouve ses herbiers très riches qui forment une base très importante de travail. L'atlas a aussi permis de redécouvrir certaines des plantes dont il avait signalé l'existence dès 1859 et que l'on croyait disparues. Je pense à la Mauve de Nice, retrouvée à Cléré-sur-Layon en 2012. A côté de cela, on a découvert des nouveautés, jamais signalées, liées à des zones anthropisées comme les gares, les bords de route... La flore évolue."
 

Signalée autrefois des plateaux du Haut-Anjou jusqu'au Baugeois et dans le Saumurois, l'Adonis annuelle (Adonis annua) est l'une des plantes qui a fortement régressé. On ne la trouve plus que très ponctuellement dans quelques foyers sauf à Méron, près de Montreuil-Bellay, où elle pousse en abondance.
Signalée autrefois des plateaux du Haut-Anjou jusqu'au Baugeois et dans le Saumurois, l'Adonis annuelle (Adonis annua) est l'une des plantes qui a fortement régressé. On ne la trouve plus que très ponctuellement dans quelques foyers sauf à Méron, près de Montreuil-Bellay, où elle pousse en abondance.
Au regard de ce travail, peut-on affirmer qu'il y a une perte de biodiversité ?

"C'est illustré dans l'atlas, on s'aperçoit que la perte de plantes indigènes n'est pas forcément compensée par l'acquisition de plantes introduites récemment. D'abords parce que ces dernières sont très dépendantes des milieux anthropiques; ensuite, parce qu'une grande partie d'entre elles sont déjà très répandues à la surface du globe, contrairement à la flore indigène. Ca montre surtout, pour le Maine-et-Loire, que les plantes des milieux secs et des zones humides sont les plus impactées, sans doute en raison des activités humaines, des traitements, des drainages, des assèchements... "

Vous êtes avant tout des scientifiques mais avez-vous un message à faire passer ça sur cette question de la biodiversité ?

(sourires) "Qu'il ne faut pas être pessimiste car l'atlas a permis la redécouverte de plantes supposées disparues. Malgré tout, l'important est bien de réussir à préserver le patrimoine existant, sans doute l'un des plus riches du nord-ouest de la France, avec des plantes en limites d'aires, présentes sur de petits foyers et sur des points-chauds."

(1) Alexandre Boreau (1803-1875)

La flore de Maine-et-Loire a désormais son atlas
Une mine d'informations
650 000 observations, 1332 cartes, 1861 commentaires de plantes, 26 cartes d'analyse et de synthèse, plus de 200 photographies... Amateurs de botanique ou pas, difficile de rester insensible devant la richesse de l'ouvrage porté par le Conservatoire national botanique de Brest. Pour le mener à bien, celui-ci s'est appuyé sur l'implication d'un réseau de 515 observateurs bénévoles répartis sur tout le territoire départemental, et une vingtaine de structures partenaires (CPIE Loire Anjou, LPO, PNR Loire Anjou Touraine, Agrocampus Ouest, Université catholique de l'Ouest...). Une vraie force à l'heure de revisiter et d'actualiser 225 années de travaux botaniques en Anjou.

Compte-tenu de l'effort à déployer, aucune synthèse de ce type ne devrait être réalisée avant plusieurs décennies, indique ses auteurs. On le comprend aisément en parcourant cet atlas, appelé à devenir un référentiel pédagogique précieux et "un outil d'aide à la décision pour tous les gestionnaires et acteurs de la préservation de l'environnement".

"La Flore de Maine-et-Loire" de Julien Geslin, Pascal Lacroix, Jean Le Bail et Dominique Guyader, Naturalia Publications, 608 pages, 48€




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