La plénitude (relative) d’un producteur de vin naturel

Festival du Film Nature et de l'Environnement 2013


Rédigé par - Angers, le 20/11/2013 - 07:52 / modifié le 24/11/2013 - 08:12


Le premier long métrage de la semaine du Festival du Film Nature de Murs-Erigné s’est distingué par la mise en exergue de notre patrimoine viticole. Dans "A la lie, à la mort", le cinéaste Sébastien Juy dresse un portrait rustique et franc d’une autre viticulture au milieu des coteaux du Layon… Sans convaincre notre chroniqueur.



Le village viticole de Rablay sur Layon
Le village viticole de Rablay sur Layon
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Patrick Desplats est propriétaire d’un vignoble à Rablay-sur-Layon et sa fierté réside dans le 100% naturel, sans pour autant utiliser le terme de « bio ». La caméra du réalisateur va suivre durant sept mois la tache du vigneron, s’attardant davantage sur son discours que sur son labeur, accompagné d’amis tous autant érudits. Les vendanges sont réalisées à la main, les valeurs de qualité, de sélection et d’intégration humaine sont ici une priorité.

Il s’agit donc d’une tout autre viticulture, largement décalée par rapport à ce que l’on connait de sa pratique commune dans nos vignobles angevins. Teintée aussi de poésie, pigmentée par les incursions d’un contrebassiste jouant aléatoirement de son instrument au travers des rangs de vignes, ce dernier étant équipé d’une roue, telle une brouette. Nous sommes dans un autre monde, une autre époque peut-être.

Sébastien Juy, réalisateur de " A la lie, à la mort "
Sébastien Juy, réalisateur de " A la lie, à la mort "
Patrick Desplats n’hésite pas a critiquer ouvertement la viticulture dite "chimique" et ceux qui la pratiquent, comparant les feuilles de vigne et la terre de la première, à la sienne. Il aime a témoigner de l’odeur que dégage cette terre exempte de pesticides, et qu’il dit "laisser respirer"….

Parmi les revendications qui font cette différence, il cite le respect de la maturité. Il explique avoir planté de la vigne en 2004 sur une terre inexploitée depuis la dernière guerre, et avoir attendu cinq années avant d’en récolter les premiers raisins, par respect de la plante. De cette terre vierge est né un vrai vin naturel. Quant au soufre - sujet de controverse permanent au sein de la viticulture bio -, il n’en utilise pas, l’accusant de tuer les saveurs. Son vin, sans conservateur, ne présente pas d’oxydation selon ses dires.

Mais les ambitions du vigneron bio ne s’arrêtent pas là. Il souhaite aller plus loin en installant des ruches à travers ses nouvelles plantations de cépages, ne plus donner la priorité au végétal, mais au sol, en plantant la vigne sur des buttes de terre sans piquets ni fils de fer…

" Nous avons besoin d'un sursaut citoyen "

Public pléthorique pour cette séance sur le vin bio.... FB©angersmag.info
Public pléthorique pour cette séance sur le vin bio.... FB©angersmag.info
Si l'histoire de ce vigneron est bien singulière, on aurait aimé que le scénario soit un peu plus digne de ce nom. Les discussions s’éternisent, le réalisateur s’attarde de longs moments dans la cave où les avis et les propos succèdent aux verres de vin et aux cigarettes, les phrases ont du mal à se terminer, les effets de l’alcool commencent à colorer les visages. La caméra vacille même quelque peu en tentant de suivre les acolytes quittant le chai ! Par ailleurs, on aurait apprécié de voir des scènes de labour à l’ancienne, puisque le cheval était censé être utilisé par le vigneron….

Le débat qui a suivi la projection a eu lieu en présence du réalisateur et de Jacques Carroget, producteur de vin naturel du Pays Nantais. Le personnage du film étant absent, le Nantais parle en son nom, avec les mêmes convictions, mais son discours est beaucoup plus modéré vis-à-vis des producteurs non biologiques, ne souhaitant pas stigmatiser une partie de la population.

Jacques Carroget est un sage : « Nous avons besoin d’un sursaut citoyen pour faire du naturel, mais on ne peut pas laisser dire que mettre des produits chimiques sur la vigne soit une chose normale. Il existe des traitements naturels comme la bouillie bordelaise, le purin de fougère, le lait d’argile… ».

Beaucoup d’interrogations et d’intérêt parmi le public, la salle Jean Carmet était pleine à craquer, avec notamment la présence des élèves du lycée de Pouillé, aux Ponts-de-Cé.




François BREAU
Contributeur Angers Mag - spécialisé dans le domaine scientifique et le milieu naturel. Cinéaste,... En savoir plus sur cet auteur















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