"La protection de l'enfance, c'est un travail d'orfèvre" (Nathalie Ferrier - Asea 49)


Rédigé par - Angers, le 10/06/2016 - 18:00 / modifié le 10/06/2016 - 13:47


C'est un bien curieux anniversaire qu'a célébré cette semaine l'Association pour la Sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence (Asea 49), un des acteurs majeurs du champ social en Maine-et-Loire depuis désormais 70 ans. En conflit larvé avec le Conseil départemental, son principal prescripteur, l'association joue tout simplement sa survie ces mois-ci. Le point avec sa directrice depuis septembre 2015, Nathalie Ferrier.



Ce jeudi, une journée de formation de l’Aide sociale à l'enfance sur le thème « enfants délaissés », était organisée dans les locaux de l'Ecole supérieure d'agriculture (ESA) d'Angers. L’intersyndicale départementale des associations Protection de l’enfance a mobilisé plusieurs dizaines de salariés du secteur à manifester contres les restrictions budgétaires imposées par le Conseil départemental et le récent lancement de l'appel à projets.
Ce jeudi, une journée de formation de l’Aide sociale à l'enfance sur le thème « enfants délaissés », était organisée dans les locaux de l'Ecole supérieure d'agriculture (ESA) d'Angers. L’intersyndicale départementale des associations Protection de l’enfance a mobilisé plusieurs dizaines de salariés du secteur à manifester contres les restrictions budgétaires imposées par le Conseil départemental et le récent lancement de l'appel à projets.
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Pouvez-vous nous rappeler le cadre de la création de l'Asea 49 ?
 
"Sa création remonte à l'immédiate après-guerre, en 1946. Les pouvoirs publics ont alors impulsé la création d'associations pour s'occuper de la jeunesse du pays. La première structure installée l'a été au Colombier : il s'agissait d'un centre d'observation et de triage, dans lequel on orientait les orphelins vers les structures adéquates."
 
Que représente l'Asea, 70 ans plus tard ?
 
"En 2015, l'association a accompagné 6 700 personnes, avec des types de prises en charge très différents, dans la nature et dans le temps, puisqu'ils peuvent aller du contact de rue, avec les éducateurs de prévention spécialisée, au suivi en Institut médico-éducatif (IME). Nous avons aujourd'hui 450 salariés et 41 adhérents bénévoles."
 
Votre activité se répartit entre différents champs ?
 
"Oui, tout au long des 70 ans, nous avons cherché à innover, à étendre notre action. La protection de l'enfance est historique, et elle représente encore aujourd'hui les 2/3 de notre activité. Mais nous nous sommes diversifiés, il y a déjà un long moment, dans le champ médico-social (handicap et soins) et dans celui de l'insertion, ce qui fait que nous touchons un public de l'enfance à l'adolescence mais aussi jusqu'à l'adulte."
"Dans le cadre de la prévention spécialisée, nos éducateurs mènent un travail qui évite tout un tas de placements dans différents établissements, mais c'est extrêmement complexe à dénombrer" 

Cet anniversaire se déroule dans un contexte extrêmement tendu depuis près de deux ans, notamment sur le champ de la Protection de l'enfance. Tout a commencé avec l'annonce du Conseil départemental de la réduction drastique des moyens alloués à la Prévention spécialisée ?
 
"Oui, en décembre 2014, la collectivité départementale nous a annoncé une baisse de 1 millions d'euros dès la fin de l'année, une baisse revue de moitié quelques semaines plus tard. Mais les moyens ont continué de baisser en 2016. Surtout, nous militons pour bénéficier de financements pluriannuels, c'est une sécurité indispensable pour organiser notre travail. Aujourd'hui, on est au milieu du gué : chaque collectivité se renvoie la balle, alors que la loi du 14 mars 2016 relative à la Protection de l'enfance spécifie bien que la prévention spécialisée est une mission du Conseil départemental."

Au mois de février dernier, plusieurs salariés s'étaient manifesté lors de la session du Conseil départemental pour dénoncer la politique de la collectivité à l'endroit de la Protection de l'enfance.
Au mois de février dernier, plusieurs salariés s'étaient manifesté lors de la session du Conseil départemental pour dénoncer la politique de la collectivité à l'endroit de la Protection de l'enfance.
Ce qui semble poser problème, également, c'est l'évaluation et l'efficience de la prévention spécialisée ?
 
"C'est vrai. Dans le cadre de la prévention spécialisée, nos éducateurs mènent un travail qui évite tout un tas de placements dans différents établissements, mais c'est extrêmement complexe à dénombrer. Comment valoriser dès lors le travail de rue ? Nous sommes en train de travailler avec le Conseil départemental sur les critères qui peuvent rendre compte de l'action menée, avec notamment l'établissement de 33 fiches actions sur la prévention spécialisée. Mais j'ai le sentiment qu'à force de tout rationnaliser, on n'arrive jamais à satisfaire à la question... Au-delà de ça, c'est une évaluation menaçante, une épée de Damoclès que l'on a sur la tête et qui ne rend pas confortable le travail au quotidien."
 
Plus largement, le Conseil départemental a lancé lundi un appel à projets sur le champ de la protection de l'enfance. Même dans le cadre d'un dialogue apaisé avec la collectivité, c'est une méthode qui ne vous semble pas efficace ?
 
"Sur la forme, il y a déjà pas mal de choses à redire. Quand le Conseil départemental avance, dans son Schéma départemental Enfance Famille qu'il a été fait en concertation avec les associations, c'est faux. Nous en avons été informés, point.
Maintenant, sur les appels à projets, et même en discutant paisiblement, nous estimons que ça n'est pas une bonne solution. Car l'appel à projets introduit, quoi qu'on en dise, de la concurrence entre les associations qui œuvrent dans le champ de la protection de l'enfance. Et c'est la porte ouverte aux gros opérateurs privés et souvent hors sol."

 
Sauf si l'expérience acquise par les différentes associations est un critère fondamental de choix ?
 
"Mais ça n'est pas le cas ! Les critères, nous les avons ! C'est seulement 15 % pour l'expérience, 45 % pour la qualité du projet et 40 % pour l'aspect financier. Les élus ont beau répéter à l'envi qu'ils opteront pour le mieux-disant, c'est bien le moins-disant que l'on craint, et qui risque, au-delà de la survie de nos associations, l'Asea en tête, de porter un coup terrible à la qualité de l'accueil des enfants dans le département. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : nous n'entendons parlé que de chiffres, mais pas d'humain."
"Les critères de notation, c'est seulement 15 % pour l'expérience, 45 % pour la qualité du projet et 40 % pour l'aspect financier. Les élus ont beau répété à l'envi qu'ils opteront pour le mieux-disant, c'est bien le moins-disant que l'on craint, et qui risque, au-delà de la survie de nos associations, l'Asea en tête, de porter un coup terrible à la qualité de l'accueil des enfants dans le département"

Quelle alternative proposez-vous à ces appels à projets ?
 
"Des contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens (CPOM) qui permettent aux pouvoirs publics de tout remettre à plat. C'est ce que nous avons fait sur le champ du médico-social, depuis 2009, avec l'Agence régionale de Santé (ARS) et sur le champ de l'insertion avec la Direction départementale de la cohésion sociale. Il est normal que le Conseil départemental souhaite réorganiser son offre de prestations : c'est son job ! Mais les CPOM permettent de le faire sans ouvrir le secteur à la concurrence. Ils permettent de formaliser des objectifs, et de les évaluer chaque année dans le cadre d'un dialogue de gestion."

L'appel à projets ne présente-t-il pas tout de même l'avantage de favoriser les innovations, ou tout au moins une remise en cause de vos pratiques. Car c'est bien ce reproche qui vous est fait, en creux ?
 
"Mais notre travail, ça n'est que ça ! C'est une adaptation au quotidien, sur le terrain, un travail d'orfèvre qui consiste en permanence à redéfinir pour chaque personne ce qui lui est adaptée. On nous reproche des prestations monochromes, mais enfin, c'est fini depuis longtemps la période où le projet d'établissement était appliqué à la lettre à des groupes entiers !"
 
Dans quel état d'esprit êtes-vous actuellement, alors que vous avez jusqu'à début octobre pour déposer votre appel d'offres ?
 
"On joue notre survie, donc on ne va pas baisser les bras ! Nous ne sommes pas dans une position défensive ou de victime : nous devons aller de l'avant et être créatifs."
 
Le dialogue n'est-il pas définitivement rompu avec le Conseil départemental ?
 
"Le métier de l'éducation, c'est le lien à l'autre. Et nous nous devons de l'appliquer tout le temps, avec tout le monde..."




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7.Posté par LUCAS le 18/09/2016 16:20 | Alerter
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Effectivement , quand on donne des leçons au Conseil départemental chef de file en matière de protection de l’enfance , on ne me semble pas avoir un positionnement adéquat. Une des qualités principales , stratégique, d’une Directrice Générale ,devrait être la diplomatie, la qualité relationnelle, avec les partenaires. Apparemment …!?

Aujourd’hui , il faut répondre à la commande publique, échanger, trouver des solutions pour les usagers, être dans le consensus, plutôt que de prôner l’immobilism...

6.Posté par Gaborieau le 13/06/2016 15:49 (depuis mobile) | Alerter
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Ah les beaux commentaires...Vous avez raison, laissons l''''expertise de la protection de l''''enfance à des gestionnaires. Et attendons les faits-divers...mais on ne pourra pas dire qu''''on ne savait pas

5.Posté par MazoyJP le 12/06/2016 10:43 (depuis mobile) | Alerter
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La prise en charge des personnes âgées n''est pas de moindre qualité dans les structures lucratives. La protection de l''enfance peut aussi gagner à une saine concurrence. L''enjeu de cette association est d''abord sa survie ? Mettons fin à son monopole.

4.Posté par Speedy le 11/06/2016 20:46 | Alerter
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Regardez dans les maisons de retraite où le marché a été ouvert au secteur marchand par de beaux appels à projet ,comment nos anciens sont aujourd'hui pris en charge et à quel prix pour les familles, comment les salariés sont payés et le montant des profits engrangés par "toujours les mêmes". La protection de l'enfance, c'est sérieux, légiféré, les intervenants qualifiés... tout cela a un prix qui ne profite à aucun boursicoteur;
C'est l'Etat qui fixe les règles et il n'est pas sûr que le Cons...

3.Posté par Elodie 52 le 11/06/2016 10:56 (depuis mobile) | Alerter
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On croit rêver ! Ce n'est quand même pas à une directrice de dicter au conseil départemental la politique qu'il doit mener !!! Chacun sa place. Les appels à projets sont prévus dans la loi. Que cela soit respecté par les assos.

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