« La révolution numérique, c’est aujourd’hui et c’est demain »


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 20/10/2016 - 07:30 / modifié le 21/10/2016 - 08:33


Les élections à la Chambre de commerce et d'industrie de Maine-et-Loire s'ouvrent ce jeudi 20 octobre en ligne. Fondateur du réseau Oya (fleuristes) et administrateur du groupe La Boucherie, l’Angevin Eric Grelier conduit la seule liste en présence et devrait, sauf improbable surprise, devenir le nouveau président. Il nous livre ses réflexions sur le rôle de la CCI et le développement du territoire.



Eric Grelier mène la seule liste en lice lors des élections à la CCI du Maine-et-Loire, qui se déroulent jusqu'au début du mois de novembre.
Eric Grelier mène la seule liste en lice lors des élections à la CCI du Maine-et-Loire, qui se déroulent jusqu'au début du mois de novembre.
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Une chambre de commerce, ça sert à quoi au juste ?
 
« Déjà, sur le département, à gérer le registre des plus de 27 000 ressortissants –auto-entrepreneurs compris- qui sont inscrits au centre de formalité des entreprises (CFE). Ce qui représente en soi un gros travail administratif, délégué par l’Etat. Ensuite et sans rentrer dans les détails, le travail de la CCI s’appuie, selon moi, sur un mot-clé : l’accompagnement. Car une chambre de commerce n’a pas le pouvoir de décider politiquement ou d’orienter avec des textes ou des points juridiques, elle ne peut qu’accompagner, être pédagogique avec ses ressortissants ou les collectivités, dans un certain nombre de champs d’action et de domaines. »
 
Lesquels comptez-vous mettre avant ?
 
« Le premier axe de notre programme, c’est l’accompagnement dans la rupture digitale et numérique. Dans de grandes entreprises, les ressources humaines sont là pour engager ces mutations, mais vous avez aussi un très grand nombre de petites et moyennes entreprises qui, au quotidien, sont la tête dans le guidon et n’ont pas la possibilité de les anticiper. Il s’agit donc de les sensibiliser en leur disant que la révolution numérique, ce n’est pas aller sur la Lune et ce n’est pas que pour les autres : c’est aujourd’hui et c’est demain !  Ça passe par de la pédagogie, des rencontres, des conférences, du support technique, des groupes de travail. »
 
Pourquoi en faites-vous une priorité ?
 
« A la vitesse où évoluent l’organisation, le management, la communication, les cycles produits, on ne peut pas s’imaginer qu’on a un temps d’adaptation à tout cela : on doit de suite sensibiliser, informer, et donner tous les éléments possibles aux entreprises pour qu’elles prennent ce sujet de la rupture numérique suffisamment au sérieux. Cette réactivité, ce sera l’esprit du mandat : il faut qu’on dise les choses clairement et rapidement aux entreprises. Après les patrons sont grands, ils font ce qu’ils veulent. Mais on doit leur apporter cela. »
 
Objets connectés : « Au-delà de l’image et de l’attractivité du territoire, il faut du fond et du contenu. »

 
La révolution numérique, c’est aussi la vente par Internet. Dans nos colonnes, vous lui aviez accordée un enthousiasme mesuré par le passé (Angers Mag n°6). Quel est votre état d’esprit sur le sujet aujourd’hui ?
 
« Il est le même. J’ai dit aux commerçants : oui, le web, c’est la communication de demain mais attention, ne tombez pas dans l’illusion qu’une fois votre site créé, le travail est fini. L’approche se doit d’être beaucoup plus globale. Au sein des Vitrines d’Anjou –association qui fédère les associations commerçantes des différentes villes du département qui veulent bien y adhérer-, un groupe de travail a permis de déboucher sur le choix d’un prestataire pour réaliser une place de marché dont pourra bénéficier chaque association. Là aussi, c’est un choix d’accompagnement de la CCI de dire : ne demandez pas chacun 10 000€ à votre commune et 10 000€ à la Chambre de commerce, il n’y a plus de sous ; en revanche, optimisez, regroupez-vous et soyez ingénieux. »

Un peu plus d’un an après l’inauguration de la Cité de l’Objet Connecté, vous partagez l’ambition du territoire angevin de devenir une place forte d’expérimentation dans ce secteur ?
 
« Qu’il y ait une volonté politique de pousser les acteurs à voir loin, c’est le travail du politique et je n’ai pas de soucis avec ça. De là, à ce que soit une capitale, je ne sais pas si ça a du sens aujourd’hui car tout le monde est capitale de tout. Le principal c’est qu’on ne soit pas en dehors de ces courses. Après au-delà de l’image et de l’attractivité du territoire, il faut du fond et du contenu. Donc, bien sûr, je suis en accord avec cette ambition. Après la Cité de l’Objet Connecté est un lieu un peu spécial dans la mesure où c’est une entreprise privée. Et il ne faut pas oublier de faire travailler tout le monde ensemble. On a eu la même chose avec Végépolys : quand les acteurs de tous bords, se mettent ensemble pour impulser cette dynamique et devenir pôle de compétitivité à vocation mondiale, ils ont fait leur travail. Après, c’est aux acteurs économiques de faire le leur. »
 

La CCI de Maine-et-Loire en chiffres
50 membres élus
25 membres associés
30 conseillers techniques
323 collaborateurs

29 millions d’euros de budget annuel
223 avis rendus sur le dernier mandat (2011-2016)
26 774 ressortissants au 1er janvier 2016

 

Vous ne faites pas de politique ? Mais l’avis de la Chambre de commerce et d’industrie reste un avis attendu. Le trouvez-vous suffisamment pris en compte par les élus ?
 
« Je différencie l’aspect politique de l’aspect politicien. Oui, la chambre joue un rôle politique mais elle n’oublie pas que le décideur, c’est l’élu. Elle est le plus souvent invitée -on espère le plus souvent possible- pour donner un avis du monde économique. Et cet avis, selon les territoires, les collectivités ou les élus, est plus ou moins écouté. J’ai la sensation que la dépolitisation de la chambre lors du mandat de notre président actuel (Eric Groud, NDLR) a fait que nous avons été beaucoup plus associés ces 3-4 dernières années. Je suis dans cet état d’esprit, je n’ai pas envie de revivre ce que l’on a vécu avec l’arrivée de l’Atoll. »
 
Précisez…
 
« Quand je suis arrivé à la Chambre et suis devenu vice-président au commerce, le projet de création d’Atoll était lancé et tout le monde nous tombait dessus pour nous demander « Mais que fait la Chambre de Commerce ?». Mais tout le monde avait oublié que la Chambre avait déjà donné un avis sur une surface maximum de 50 000 m2. Une fois qu’on a fait toutes les démarches pour dire à un élu, vous faites une erreur, vous allez dans le mur et bien s’il y va, il y va tout seul… »
 
Sur ce problème de la course au m2 commercial, avez-vous le sentiment que les choses ont avancé dans le bon sens ?
 
« C’est une vigilance à 300%, tous les jours. Ce sont des sujets et des positions qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu… »
 
… pour contrer l’irresponsabilité de certains élus ?
 
« Un élu, ce qui me paraît logique, veut le développement de son territoire. Donc de l’emploi et de l’économie. Avec la guerre des territoires, si ce n’est pas chez lui, c’est chez l’autre. C’est un raisonnement qu’on ne peut pas accabler. Simplement, notre travail, c’est de dire non pas à l’élu qui a été sollicité, mais à l’ensemble des élus : « Stop, ne vous bagarrez pas sur ce dossier, ça ne rendra service à personne. » Il y a des élus qui écoutent, il y a des élus qui entendent et il y en a qui font les deux. Le plus important reste pour nous, à l’instant T, d’avoir donné l’information et une position claire et précise. A Saumur, lorsque le maire de l’époque voulait développer une zone commerciale près de Distré il y a deux ans, je suis monté au créneau pour m’y opposer. Il n’a pas été content, j’ai reçu un soutien à 100% du bureau et le président a renforcé notre position. Une chambre n’est pas là pour faire plaisir. »

Il y a moins de dix ans, il y avait encore trois chambres de commerce en Maine-et-Loire (Angers, Cholet et Saumur). Est-ce que les querelles de territoires, y compris en interne, relèvent du passé ?
 
« Je n’ai connu qu’une chambre puisque je finis mon mandat. Et en son sein, sur ces 5 années, entre les Choletais, les Saumurois, les Segréens, les Baugeois et Angers, je n’ai pas vu une seule accroche. Concernant la future mandature, le vice-président sera Choletais et nous avons veillé à une bonne répartition géographique pour les 50 candidats. En termes d’équilibre, je trouve que la Chambre a bien fait son travail avec cet avantage aussi de compter des centres de formation à Cholet, à Saumur et à Angers. »
 
Et dans vos relations avec les différents territoires ?
 
« C’est un état de fait et c’est à nous de bosser là-dessus : il moins simple de travailler avec de grosses agglomérations qu’avec des petites. Parce que les grosses ont leurs services, en partie, et qu’entre services, ce n’est pas toujours facile. Si on prend le territoire choletais, c’est un peu plus compliqué de se faire entendre auprès de Monsieur Bourdouleix (Gilles Bourdouleix, maire et président de l’agglomération de Cholet, NDLR) mais je ne désespère pas, si je suis élu président, d’y parvenir. En tout cas, déjà, de le rencontrer. »
 
Et la guéguerre économique entre territoires, ça vous inspire quoi ?
 
« Il y a un côté naturel à vouloir exister. Après, c’est comme dans le sport, vous vous entraînez pour être le meilleur, le plus performant et puis le jour de la compét’, le meilleur gagne. S’il n’y a pas de croche-pied et s’il n’y a pas de dopage… Ce qui m’ennuie, c’est lorsque ce croche-pied ou ce dopage est contre-productif d’une bonne décision économique. On est à l’échelle du monde aujourd’hui ! Que l’on soit à 20 ou 30 kilomètres, franchement… je ne comprends pas le grossissement souhaité de tous nos maires de métropoles. Les mégapoles, avec leurs bouchons et leurs prix inabordables, vont à l’envers de que les gens veulent mener. »
 
« La Chambre n’a pas vocation à répondre à tout, et ne le peut pas ».

 
Vous êtes un centre de ressources. Les entreprises ont-elles réellement pris le réflexe de venir vous voir ? Où est-ce que c’est encore un travail à mener que de vous faire connaître auprès d’elles ?
 
« Le travail reste toujours à mener. Il y a deux tendances avec les plus éloignés de la CCI :  ceux qui utilisent ses services sans s’en rendre compte ; et ceux qui doutent encore de son soucis de l’intérêt collectif. Il faut donc réexpliquer. Notamment que la force de la Chambre réside dans le binôme chef d’entreprise-technicien. Tout est piloté par 50 élus qui sont là pour donner la vision, préparer le coup d’après, se demander si un projet apporte réellement quelque-chose, mais le travail est fait par des techniciens. Il nous faut aussi rappeler que la Chambre n’a pas vocation à répondre à tout, et ne le peut pas. Elle doit orienter vers les compétences existantes qu’elle a repérées - je pense au cluster de l’électronique We Network qui deviendra conseiller technique de la CCI - et s’il manque un outil, la CCI a vocation à les impulser. Et là, je prends l’exemple de l’Observatoire de l’immobilier qui est devenu un vrai outil pour les professionnels et les collectivités pour savoir ce qui est obsolète, libre ou à construire. »
 
Est-ce que les chambres de commerce savent laisser la place aux jeunes ?
 
« Ce n’est pas tant l’âge que la période professionnelle qui importe. J’ai créé mon entreprise à 28 ans, si on m’avait dit deux ans plus tard « mais vient à la Chambre », je pense que je n’y serai pas allé. Quand on créé sa boîte, on y met 100% de son énergie et on peut difficilement s’investir ailleurs. Mais des jeunes viennent travailler en commission au sein de la CCI. Ensuite, il y a la prise de conscience de l’intérêt collectif : à 50 ans, on voit plus facilement des chefs d’entreprises s’engager pour redonner du temps, à une organisation qui lui a apporté du soutien par le passé. Cette année, il y aura des réengagements forts comme Edith Giffard (Giffard/liqueurs), Emmanuel Picot (Evolis/électronique), Laurent Marbach (Grolleau/armoires électriques)… Après, il y a aussi des plus jeunes comme Matthieu Billiard (Socrate/édition de logiciels). »

La formation est un volet essentiel du travail de la Chambre de commerce. Quelle est votre ambition en la matière ?
 
« Nos formations fonctionnent bien aujourd’hui à Angers, Cholet et Saumur. Mais ce qui m’intéresse, c’est de vraiment redorer le blason de l’apprentissage. C’est un gros chantier. Tout le monde en parle mais il faut maintenant mettre de la ressource. Notre gros travail va être de remobiliser les entreprises et faire rencontrer les jeunes avec les maîtres d’apprentissage pour ré-inculquer un esprit noble de l’apprentissage et que l’on ne se fourvoie plus dans cette idée que l’apprentissage est une « voie de garage ». Il y a des HEC en commerce, il en faut aussi en apprentissage. On est allé en Suisse en janvier avec le bureau de la CCI, 2/3 des jeunes sont en apprentissage et beaucoup de patrons en sont issus. »
 
Autre compétence de la Chambre de commerce, le soutient au commerce international et à l’attractivité. Quelles idées neuves de ce côté ?
 
« Sur 27 000 ressortissants, 70% sont peut-être en capacité d’exporter et je crois qu’il y a 600 entreprises de Maine-et-Loire qui exportent régulièrement. L’idée, ce serait de se fixer un objectif sachant que la Chambre n’intervient que dans le soutien aux primo-exportateurs. Mais là comme ailleurs, on a vocation à créer un climat de rencontres pour permettre aux entrepreneurs de se nourrir des expériences des autres. C’est comme pour l’apprentissage de l’anglais, on peut s’y mettre derrière son ordinateur pour apprendre des mots mais vient un moment où c’est quand même mieux de boire une bière au pub avec des Anglais. On a un rôle à jouer pour appuyer l’échange entre chefs d’entreprises. »
 
L’écosystème est favorable à cela aujourd’hui en Maine-et-Loire ?
 
« Oui. Ce que j’entends dans les villes où je passe en France, c’est que l’Anjou a, certes encore cette image de père tranquille de province, mais aussi celle d’une dynamique collective. La mobilisation rapide pour la French Tech montre qu’il y a vraiment une énergie positive pour le territoire. Il ne faut pas minimiser le bon travail collectif. Et le défendre, ce n’est pas être protectionniste : on peut très bien avoir les pieds bien ancrés sur un territoire et être ouvert au monde. »

Interview réalisée fin septembre, avant le dépôt officiel des listes à la préfecture.

« La révolution numérique, c’est aujourd’hui et c’est demain »
Bio express
5 mai 1962 : naissance à Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire)

1980 : Brevet de Technicien Agricole (BTAG) au lycée le Fresne

1981-1982 : Ecole de commerce spécialisée dans le végétal à Ecully (69)

1985 : Premier poste, responsable de développement pour l’enseigne Vive le Jardin, fondue depuis dans Jardiland.

1992 : rachète le magasin Oya à Grand Maine

1997 : lance le réseau de fleuristes franchisés Oya

Fin 2010 : Entre à la CCI de Maine-et-Loire, comme vice-président au commerce.

2011 : créé avec Benoit Ganem le groupe Flora-Nova via le rachat du réseau Jardin des Fleurs. Le groupe représente aujourd’hui 120 magasins (dont 22 en gestion directe) et près de 110 salariés.








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