La vénus à la fourrure, le mythe de la femme selon Polanski.


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Mardi 10 Décembre 2013 à 07:54


Après Carnage, un huis-clos haletant en 2011, Roman Polanski revient avec l'adaptation d'une pièce à succès de l'américain David Ivès (Venus in fur, 2011). Une scène de théâtre et sa salle vide de spectateurs en sont le décor propice. Polanski renoue avec des genres qui lui ont toujours été chers comme le huis-clos, présent dès Le Couteau dans l’eau son premier long métrage, ou encore le questionnement sur les pulsions refoulées, avec le drame Lunes de Fiel, en 1992.



Vanda (Emmanuelle Seigner) et Thomas (Mathieu Amalric)  © Mars Distribution
Vanda (Emmanuelle Seigner) et Thomas (Mathieu Amalric) © Mars Distribution
la rédaction vous conseille
De nos jours, dans un théâtre parisien, Thomas (Mathieu Amalric), un metteur en scène est au téléphone. Il se lamente sur les filles qu’il a auditionnées pour le rôle principal de sa pièce, et se plaint de ne pas avoir trouvé une seule actrice digne du rôle. C’est alors qu’une certaine Vanda (Emmanuelle Seigner) débarque au moment où il s’apprête à quitter les lieux. Vanda est tout ce que Thomas déteste : vulgarité physique et verbale ainsi qu'insouciance et inculture apparente. Face à son entêtement il finit par l’auditionner…

Dès les premiers instants du film nous sommes plongés dans une ambiance propre à Polanski. En effet, une caméra intransigeante et presque perverse suit au plus près la perte de repères de Mathieu Amalric. On le voit ainsi fréquemment en gros plan perdre ses mots devant l'aplomb de Vanda. Et Thomas (Amalric) entraîne inexorablement le spectateur dans sa perte. La raison de cette perte de contrôle est le personnage de Vanda. Élément perturbateur surprenant, elle s'essaie, dans une troublante perfection, à incarner le rôle pour lequel elle est auditionnée : celui d'une autre Vanda. Habillée avec une robe victorienne et un collier de chien, elle donne la réplique tantôt à Séverin, le personnage masculin de la pièce, incarné pour l'audition par Thomas, tantôt à Thomas, en tant que metteur en scène. La confusion, par des changements de tons et des ruptures parfois imperceptibles de postures et d'intentions, est magnifiquement orchestrée.

Le personnage incarné par Emmanuelle Seigner donne lieu à des situations riches en humour, par l’utilisation d’un jargon populaire et moderne. Notons l’emploi outrancier dans la bouche de Vanda du très actuel « genre » (dans le sens de « pour ainsi dire »). Mathieu Amalric est excellent dans le rôle d'un metteur en scène intellectuel, très sûr de lui, complètement déconnecté de son époque, et dépassé par l’exubérance pleine de bon sens et très provocatrice de Vanda.

Enfin, Polanski rend hommage au théâtre et au cinéma avec humour. Il fait d’une petite salle de quartier parisienne un décor de théâtre et de cinéma. Le cinéma sert le théâtre, le théâtre sert le cinéma. Point de rivalités entre ces deux formes d'expression. Au début du film, la porte du théâtre s’ouvre sur une affiche de La chevauchée fantastique, le ton est donné : premier clin d’œil amusé de Polanski qui annonce, sans états d'âme, qu'un grand western peut être transposé au théâtre. Au final, dans ce film, rarement théâtre et cinéma ne se seront autant complétés. Le théâtre pour l'ambiguïté de l'énonciation, le cinéma pour sa mise en scène de la lutte entre les deux personnages.

La Vénus à La Fourrure constitue encore une preuve que Polanski est imbattable dans l'efficacité de la mise en scène d'un huis clos. Il saura toujours nous surprendre et nous déranger.

Ulysse












Angers Mag