La vie d'Adèle, premiers chapitres d'une existence


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Lundi 14 Octobre 2013 à 07:25


Abdellatif Kechiche, après avoir remporté avec La vie d'Adèle la palme d'or à Cannes en mai dernier, nous livre, malgré toutes les polémiques, un film bouleversant d'intensité. Les premiers chapitres d'une vie transcendée par le désir. Un désir teinté de bleu.



Adèle (Adèle Exarchopoulos), perdue face à son désir. © Wild Bunch Distribution
Adèle (Adèle Exarchopoulos), perdue face à son désir. © Wild Bunch Distribution
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Adaptation libre de la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh, La vie d'Adèle nous entraîne dans l'existence de cette dernière (Adèle Exarchopoulos). Lycéenne au début du film, elle s'affirmera en temps que femme tout au long du récit, notamment par son amour pour Emma (Léa Seydoux).

Avec ce cinquième film, Abdellatif Kechiche signe un long métrage dramatique qui s'inscrit dans quelque chose de bien réel : la vie d'une jeune fille, presque femme, en plein doute. Comme à son habitude, le réalisateur franco-tunisien s'installe dans la durée (2h55 de film) et n'hésite pas à montrer des scènes longues, pour nous immerger dans l'espace et le temps des personnages. On se retrouve littéralement « embarqués » dans le sillage d'Adèle dès les premières secondes. Comme happés. On la suit partout, tout le temps. On apprend à la connaître, on s'attache à elle. On pourrait rapprocher La vie d'Adèle de Black Swan de Darren Aronofsky, dans ce sens où, même s'ils ont des propos très différents, on « suit » littéralement le personnage principal, dans la folie chez Aronofsky, dans ses doutes chez Kechiche.

Dans La vie d'Adèle, ce sont les gros plans qui nous font rentrer dans l' intimité de la jeune femme, tout en finesse. Ils nous permettent d'adhérer au plus proche à ses émotions et à son état d'esprit, mais aussi de la sublimer en toute circonstance, même lorsqu'elle est en larmes.

Cette sublimation de l'actrice - des actrices - passe également par la lumière. Douce, elle contribue à l'harmonie qu'apporte cette relation à Adèle, harmonie qui fait taire ses doutes et oublier « l'impression de faire semblant » qu'elle avait jusqu'alors. Cette lumière devient le fil conducteur de la relation entre Adèle et Emma, tout particulièrement lors de leurs retrouvailles au parc. La lumière contribue à magnifier leur amour, qui en devient solaire. Plus agressive et artificielle, voire sombre, dans les moments tristes et déchirants, elle contribue à « noircir » la scène qui est en train de se dérouler. Cette opposition accentue l'impression d'une relation quasi-astrale.

On ne peut parler de La vie d'Adèle sans évoquer ses actrices. Le film est littéralement porté par leur interprétation. Adèle Exarchopoulos (photo) est renversante dans ce rôle de fille qui se cherche. Et même lorsque la caméra de Kechiche va au plus intime, cette dernière et Léa Seydoux sont bouleversantes de justesse et de retenue.

Kechiche capte avec subtilité les échanges de regards. Ils traduisent pour Adèle le désir nouveau procuré par le coup de foudre qu'elle a eu pour Emma. Pour cette dernière c'est plutôt une hésitation entre son ancien amour et celui naissant pour Adèle. Ces regards sont donc le reflet de leurs questionnements intérieurs, souvent complexes. Ils sont le théâtre aussi bien des premiers jeux de séductions que des scènes de larmes les plus déchirantes.

Et, on le voit dès les premiers plans, Kechiche préfère s'intéresser à Adèle en elle-même plutôt qu'à tout ce qui peut l'entourer. Elle est (presque) de tous les plans. On est souvent face à elle, sans forcément voir ce qu'elle regarde. Ce parti pris est également remarquable à travers la bande-son, toujours focalisée sur les paroles des protagonistes principales, laissant de côté tous les bruits extérieurs. On se retrouve littéralement collés à elles.
La bande originale (I follow Rivers, de Likke Li) supplante ainsi toute autre musique off, ancrant La vie d'Adèle dans l'adolescence de celle-ci, et surtout dans un contexte très actuel.

Et c'est en cela que réside la beauté de ce film. Avoir réussi à retranscrire et nous partager une vraie tranche de La vie d'Adèle. L'incipit d'une vie encore inachevée. Celui des premiers questionnements, des premiers doutes, mais aussi du premier amour. Le grand, le vrai. Celui qui détermine un choix de vie. Une identité.

Mais cela va même bien plus loin, car on ne fait pas qu'être autorisés à suivre la jeune fille.

On devient Adèle.

Mélina.












Angers Mag