La vie ordinaire chinoise vue par le dessinateur Li Kunwu


Rédigé par - Angers, le Samedi 31 Janvier 2015 à 12:45


Illustrateur de tracts de propagande sous Mao Tsé-toung, le dessinateur chinois de presse et de BD Li Kunwu, expose ses œuvres à l’Institut Confucius des Pays de la Loire à Angers, jusqu’au 22 avril. Ses dessins humoristiques pour la plupart permettent de pénétrer la vie quotidienne du peuple chinois. Rencontre avec l’artiste, avant son départ pour le festival de la Bande Dessinée d’Angoulême.



Li Kunwu devant les dessins exposés à l'Institut Confucius (Crédit photo : ICPLA )
Li Kunwu devant les dessins exposés à l'Institut Confucius (Crédit photo : ICPLA )
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Né en en 1955, dans la province du Yunnan au sud-ouest de la Chine, Li Kunwu montre très tôt des aptitudes pour le dessin. Mais sous le régime de Mao, pas question de traduire autre chose que la pensée du premier président de la République Populaire de Chine, Máo Zédōng plus connu sous le nom de Mao Tsé-toung. C’est donc tout naturellement qu’il collabore à la réalisation d’affiches, de tracts ou dazibao de propagande avant de s’engager dans l’armée chinoise.
 
De cette époque l’artiste garde une certaine nostalgie, à commencer par sa casquette vissée sur la tête. « J’ai beaucoup appris pendant cette période, mais le dessin était très limité », explique l’artiste. « Heureusement les temps ont bien changé et maintenant je dessine ce que je veux. Ça qui m’a permis de progresser dans mon cheminement pictural. Plus libre, j’ai gagné en maturité ».
 
Ce qu’il veut, ou presque. Dessinateur de presse pour le « quotidien du Yunnan », Li Kunwu n’est pas resté insensible au récent attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo. S’il désapprouve l’action terroriste contre ses confrères dessinateurs, il note tout de même que pareille action serait difficilement concevable en Chine. « Le peuple chinois n’a pas la même conception de la liberté d’expression. Par respect envers les religions et leurs dirigeants, personne n’aurait osé caricaturer Mahomet  », poursuit Li Kunwu. « La liberté d’expression a des limites et doit être maitrisée par l’État ».
 
Si la Chine s’est ouverte sur le monde et si internet permet de savoir ce qui se passe de l’autre côté de la Grande Muraille, Li Kunwu  se soumet au contrôle des autorités de son pays. « Il n’est pas question d’aborder les religions, les minorités ethniques et certains domaines sensibles ». Le Tibet par exemple, pour lequel l’artiste esquisse un sourire gêné lorsqu'on aborde la question. « C’est très difficile à gérer », coupe-t-il sans prononcer le nom de cette région himalayenne avec laquelle son pays est en conflit.
 
« Chez nous, les jeunes n’ont pas aussi facilement accès à la culture, comme en France. C’est dommage ».
 
Mais tout cela n’empêche pas ce dessinateur autodidacte, de poursuivre son travail d’illustrateur, notamment pendant sa période militaire, puis de devenir un auteur de bandes dessinées « mangas », mondialement connues et dont les planches ont été reprises par les plus grands magazines chinois tels que Lianhuan Huabao et Humo Dashi. «  Je n’ai jamais eu la chance de pouvoir étudier le dessin, j’ai tout appris seul », précise le dessinateur qui a même créé son proverbe : « La vie est mon professeur et la société ma salle de travail ».
 
Croisant la route de Philippe Ôtié,  conseiller commercial de l'ambassade de France dans la région du Yunnan, passionné par la Chine et la BD, ils réalisent ensemble la trilogie « Une vie chinoise ». Publié entre 2009 et 2011 en France,  encensé par la critique, leur travail obtient notamment le Prix Ouest-France  - Quai des bulles en 2010. Suivent alors des titres traduits en 14 langues : « Les Pieds bandés », « La Voie ferrée au-dessus des nuages » et le dernier, « Empreintes et Cicatrices » qui vient de paraître.  En France, Li Kunwu est édité par Kana, la filiale de Dargaud Edition, spécialisée dans l’édition de mangas.
 
Parallèlement à ce travail de bande dessinée,  Li Kunwu développe une production de dessins sur la vie ordinaire en Chine. « Je n’ai pas d’orientation particulière pour ces dessins. Je reproduis ce que je vois tous les jours autour de moi. Je n’ai même pas le temps de tout faire ». Ses dessins, dont certains sont traités avec beaucoup d'humour, sont exposés à l’Institut Confucius à Angers, mais aussi au musée Cernuschi à Paris.
 
Membre de la délégation chinoise qui se rendait au festival de BD d’Angoulême (29 janvier - 1er février 2015), Li Kunwu a tenu à visiter la tapisserie de l’Apocalypse avant de partir, « la bande dessinée du Moyen-Age », au château d’Angers. « Je ne pensais pas qu’il pouvait exister au monde une telle œuvre. J'imaginais que la tapisserie de l’Apocalypse était un petit morceau de tissu. Je suis très impressionné et cela me donne envie de faire de la tapisserie. Nous avons des œuvres très anciennes en Chine, mais pas de tapisseries ».

Et d’ajouter : « je vais dire partout qu’une telle œuvre est visible à Angers ».  Lors de sa visite l’auteur a été également surpris de croiser des enfants qui visitaient l’Apocalypse en compagnie de leurs éducateurs. « Chez nous, les jeunes n’ont pas aussi facilement accès à la culture, comme en France. C’est dommage ».
 
Après Angoulême Li Kunwu s’envolera pour le Japon afin d’y recevoir des mains du ministre de la Culture le Prix du Japan Media Arts Festival, plus haute distinction du 9e art, pour « Une vie chinoise ».
 
Sujet réalisé en collaboration avec Claire Body-Rondeau et Hortense Le Bott, en stage d’observation à la rédaction d’Angers Mag.
 
Scènes de la vie ordinaire en Chine - Dessins originaux de Li Kunwu, jusqu'au 22 avril à l'lnstitut Confucius – 22, Allée François Mitterrand à Angers

 




Yannick Sourisseau
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