Laissez-les manger du barbecue : les Texans ont fait léviter les Français !


Rédigé par Kevin CURTIN (éditorialiste à l'Austin Chronicle) - Angers, le Mardi 20 Septembre 2016 à 14:50


L'éditorialiste musical de l'hebdomadaire Austin Chronicle, Kevin Curtin, vient d'achever sa première Austin Week. Associé à la rédaction d'Angers Mag, il détaille par le menu, dans son second papier signé sur le blog de l'Austin Chronicle, la fin des réjouissances de cette semaine d'échange culturel.



Ethan Azarian et Jeff Johnston ont donné du plaisir au public français, samedi 17 septembre. Crédit photo : Kevin Curtin.
Ethan Azarian et Jeff Johnston ont donné du plaisir au public français, samedi 17 septembre. Crédit photo : Kevin Curtin.
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Une fois de plus, le matin s'enfuit. Après six jours passés au sein de cette aventure angevine, le jet lag ne peut plus être une excuse. En l'occurrence, de tardives festivités (3 h du mat') m'ont poussé à dormir jusqu'à midi passé, dans mon hôtel, à Angers (France).
 
Je suis à la bourre pour l'ultime rendez-vous de l'Austin Week, une clôture dominicale sous forme de pique-nique, avec petits spectacles austinites et barbecue à la texane. Un peu plus d'un kilomètre pour rejoindre la fête, en bord de rivière : je me dépêche, mais tombe sur une alléchante brocante, débordant de pipes, de peintures, de livres, de chaussures, statues, d'argenterie et -c'est une obsession chez moi- de disques. Et après tout, je ne suis pas le seul en retard pour déjeuner...
 
Fouillant dans une putain de caisse de vinyles, je ne tarde pas à trouver une mine de galettes du compositeur italien Ennio Morricone, du chanteur français Joe Dassin et du chanteur-guitariste Georges Moustaki, quand je repère soudain Alex Maas, le chanteur-bassiste des Black Angels. "Bonjour !" (en français dans le texte) La nuit précédente, je l'ai vu sur scène au Levitation France, la version européenne du rendez-vous psychédélique qu'il a cofondé à Austin.

Doug Strahan er son groupe. Crédit photo : Kevin Curtin.
Doug Strahan er son groupe. Crédit photo : Kevin Curtin.
Samedi soir, Maas s'est produit sans les autres Angels, ouvrant son set avec une version solo de "These Boots Are Made for Walkin'" de Nancy Sinatra, qui a mis en valeur sa voix radieuse. Bientôt rejoint derrière les fûts par Bob Mustachio -l'ex-batteur des Warlocks et, souvent, l'artisan des shows lumière du Levitation- Maas a navigué dans la veine d'auteur-interprète pop, sublimé par le magnifique enregistrement du single 'I'd rather be lonely, lors du Record Store Day 2012 des Black Angels, sans doute le bijou le plus pop jamais livré par le groupe à la postérité.
 
La foule enthousiaste criait "Al-ay-ex ! Al-ay-ex!" le temps d'un intermède assez confus, durant lequel Maas troquait sa guitare semi-acoustique pour une basse. Reste que la surprise du chef du concert a été l'utilisation d'un taishogoto, une harpe japonaise à cordes et boutons posée sur les genoux. Mustachio soutenait un rythme dansant, pendant que Maas empilait les gammes moyen-orientales sur son curieux engin, Peter Kember (des Spaceman 3's) balançant des atmosphères électro.
 
Le public sautait, dansait et agitait ses mains en direction de Maas et compagnie pour un final jouissif. Il n'empêche, le spectacle le plus marquant d'un groupe austinite durant ce Levitation avait eu lieu la veille.
"We're going to space, motherfuckers ! Step on board, Step on board !" (On part dans l'espace putain !, Monte à bord, Monte à bord ! NDLR), hurlait Zapot Mgawi à un millier d'Européens excités, la sueur dégoulinant de son visage peint sur sa robe cosmique. Derrière lui, les neuf composantes de cette orgie afro-psyché scandent une invitation ouverte : « Viens et rejoins nous ». Le public français a accepté l’offre, accueillant tout d’abord Golden Dawn Orchestra avec étonnement. Puis avec jubilation.
 
 
Le charisme du groupe masqué sur la scène principale du festival indoor a sans doute représenté les 45 minutes les plus parlantes de ses 3 ans et demi d'existence, parce qu'il a confirmé quelque chose que beaucoup d'entre nous supputions : si vous les mettez en face d’un festival bondé, ils auront le dessus. Vendredi, Golden Dawn Arkestra a ensorcelé une foule qui n’arrivait sans doute pas à savoir s’ils appartenaient à une secte ou au Cirque du Soleil. De la charge opiacée de « Stargazer » au vibraphone/chanteur Eyesus of Devices transperçant un halo lumineux et au tout proche et groovy « Masakayli », le groupe n’a rien oublié en route.

Kevin Curtin
Kevin Curtin
Samedi après-midi, la Austin Week - l’échange culturel présentant la culture austinite à Angers - a envahi l’herbeuse cour du Musée des Beaux-Arts pour un show-case riche de trois groupes austinites. L’habile songwriter Ethan Azarian et son allié, de circonstance, Jeff Johnston (joueur de scie et chanteur de téléphone) ont totalement emporté les quelque 200 spectateurs présents. Leur simplicité, surmontée d’un humour fantasque et de vérités subtiles sur la vie, ont résonné dans la foule, composée à 20 % d’enfants, à 50 % d’honnêtes citoyens français et à 30 % de buveurs de bière d’après-midi - beaucoup d’austinites composant cette dernière catégorie.
 
« C’est un vrai plaisir de jouer à Angers », a lancé Azarian. « Nous ne savons pas parler Français et nous ne savions pas où était Angers, mais le miracle moderne des avions et de la technologie nous a conduit ici ».
 
« C’était magique ». Bob Hoffnar et sa pedal steel n'a pas rompu la magie de ce concert nuageux, qui s'apparenterait à Blues on the Green (KGSR's Zilker Park) s'il était plus modeste et entouré d'architecture séculaire. Ses Mood Illusion survoltent si bien les standards de la pop qu'un Français à béret -ce qui n'est pas si commune que l'on peut s'y attendre- m'a avoué qu'il n'avait jamais vu personne jouer comme Hoffnar. Lui et sa bande de magiciens sont restés ensuite sur scène pour accompagner Doug Strahan. Le guitariste et chanteur, connu pour être la face malfaisante des honky-tonkers de Chili Cold Blood avant de bâtir une carrière solo (country, soul et southern rock) ces dernières années, a servi une double rasade du "Shotgun Willie" de Willie Nelson. Comme la loi l'impose, les Texans ont entamé un two-stepping avec les deux professeurs de danse Jaime Moreno et Ricky Espinosa entraînant avec eux des cavalières texanes et angevines sur les solos et la voix cendrier de Strahan. 
 
Le spectacle était si explicitement texan que tout le vin présent dans la cour s’est transformé en Lone Star (une bière texane, NDLR) et les marinières en chemises de cow-boys. Même la cathédrale toute proche commençait à ressembler un peu à Roadhouse (une chaîne de restaurants de barbecue, NDLR). Les Français étaient aux anges.
 
Et pourquoi pas après tout ? C’était le Texas qu’ils reconnaissaient -le style, le son, la bravade. La Austin Week, fidèle à son concept d’échange culturel, a offert un large panorama du style de vie et de l’expression texans, mais parfois, vous avez simplement à leur servir de la poitrine grillée.
 
Ce qui me rappelle que je suis en retard pour le barbecue...
 
Le texte complet et original de Kevin Curtin  a été publié mardi sur le site de l'Austin Chronicle.
 
 








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