Laszlo Nemes : "Mon film a pour cadre le cœur de l'enfer"


Rédigé par - Angers, le Mercredi 4 Novembre 2015 à 07:11


Son film, « Le Fils de Saul », a reçu le Grand Prix lors du dernier festival de Cannes et sort aujourd'hui dans les salles. A la fin de l'été, le réalisateur hongrois et francophone Laszlo Nemes était venu le présenter aux 400 Coups, dans le cadre des Ateliers d'Angers. Il nous avait alors parlé de son travail et de son engagement dans ce premier long-métrage coup de poing...



Laszlo Nemes est venu présenter "Le Fils de Saul" aux 400 Coups, dans le cadre des Ateliers d'Angers
Laszlo Nemes est venu présenter "Le Fils de Saul" aux 400 Coups, dans le cadre des Ateliers d'Angers
la rédaction vous conseille
Comment a germé l’idée de ce film ?
 
« Lors du tournage de mon premier court métrage, en 2005 à Bastia, c’était le 60e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. Et j’ai découvert à cette occasion les manuscrits des Sonderkommandos, « Les voix sous la cendre » en français, qui retracent le quotidien de détenus juifs chargés par les nazis de brûler les cadavres sortis des chambres à gaz, puis de disperser leurs cendres. Bref, de faire disparaître les traces de l’extermination. Certains de ces détenus ont écrit ce qu’ils vivaient et enterré ces souvenirs dans le sol, qui ont ensuite été retrouvés. C’est quelque chose de saisissant : vous y êtes, ce sont les premiers écrits bruts sur le sujet, on est au cœur de l’enfer, d’un système mis en place pour tuer. J’ai tout de suite su que je voulais en faire un film. »
 
Beaucoup de choses ont été dites, écrites ou filmées sur l’horreur nazie. Comment avez-vous appréhendé toute cette matière ? Elle vous a aidé, inspiré, nourri ?
 
« Je trouve d’abord que la Shoah, en Hongrie comme ailleurs, est à mon sens encore assez méconnue. Concernant le cinéma, j’ai fait ce film contre les films qui ont déjà été réalisés sur le sujet, « Shoah » (de Claude Lanzmann NDLR) mis à part. Ils évitent de parler du vrai sujet et parlent presque toujours de survie. J’ai essayé dans mon film de mettre en place une stratégie, une approche développée sans doute inconsciemment dans mes premiers courts métrages. Avec le chef opérateur, nous nous sommes faits une sorte de guide pour nous-mêmes : ne pas faire un film beau, pas de cadrage iconique, une caméra dynamique à l’épaule… De la même manière, j’utilise le même objectif quasiment tout au long du film. »
"J’ai fait ce film contre les films qui ont déjà été fait sur le sujet, et qui évitent de parler du vrai sujet et traitent presque toujours de survie"

Le scénario, et donc le film, renferment à la fois la réalité des faits, mais également  une histoire créée de toute pièce. Comment avez-vous travaillé ces deux aspects ?
 
« J’avais le cadre, avec les manuscrits des Sonderkommandos. Mais j’ai mis deux ans à essayer de trouver une histoire là-dedans. Et puis j’ai eu l’idée de ce détenu juif qui croit reconnaître le visage de son fils parmi les cadavres et se bat pour pouvoir l’enterrer. C’était important de trouver une histoire archaïque, très simple parce que pour raconter une machine à tuer qui tourne à plein, nous n’avions simplement pas la possibilité d’autre chose. »

Cette volonté de dépouillement, on la retrouve également dans les choix de plans, tout au long du film ?
 
«  Nous ne voulions pas faire un film historique, mais suivre une personne du début à la fin, tout en restreignant les possibilités de vision du spectateur, pour qu’il s’appuie sur son imagination, qui est beaucoup plus féconde que ce que l’on peut représenter. »
 
Quel souvenir gardez-vous du long chemin qu’a été la création de ce film ?
 
« J’essaie aujourd’hui de laisser le film partir… Mais ça a été difficile du début à la fin : écriture, 28 jours de tournage difficile, pareil pour la post-production. Même chose pour la production : au début, je voulais faire un film français, dont le personnage principal aurait été français, mais on a été refusé partout. »
 
Pour quelles raisons ?
 
« Il y a pas mal d’éléments. Je voulais absolument tourner en Hongrie, parce que pour une somme donnée, on peut en faire plus là-bas qu’en France, que je connais les équipes de techniciens, la manière de travailler. Tout ça est très utile lorsque l’on a à tourner des scènes compliquées.
Je pense aussi que les producteurs que l’on a rencontrés voyaient d’abord ce que je leur présentais comme un sujet –celui de la Shoah- et pas comme un film. Et l’ambition était un problème pour un premier film, malgré le fait que je leur montre mes courts-métrages, qui étaient en fait des études pour le long. Je crois en fait que les refus essuyés reflètent le refus du risque en France, alors que c’est quand même le pays du cinéma ! A Cannes, le jury a envoyé un signal, montrant qu’il comprend ce risque et l’encourage. C’est important de le dire : je me bats pour le cinéma. Et la pellicule ! »
"Du côté des producteurs français, l’ambition était un problème pour un premier film. Je crois en fait que les refus essuyés reflètent le refus du risque en France, alors que c’est quand même le pays du cinéma ! A Cannes, le jury a envoyé un signal, montrant qu’il comprend ce risque et l’encourage"

Comment a été reçu « Le Fils de Saul » dans les endroits où vous l’avez présenté, et notamment en Hongrie ?
 
« Déjà, il a fait un nombre d’entrées beaucoup plus élevé que ce à quoi on pouvait s’attendre. Il y a bien sûr l’effet Cannes, mais on sent que les gens en parlent. C’est un film inhabituel, qui dérange beaucoup les néo-nazis –et il y en a beaucoup en Hongrie- mais également les initiés du cinéma. »
 
Pourquoi être venu faire votre première avant-première française –hormis Cannes- à Angers ?
 
« Je tenais à revenir ici parce que Premiers Plans y a crû dès le début, lors de ma venue en 2008. Lors de la remise du Grand Prix (pour son court-métrage With a little patience, qui a également obtenu le prix Arte et le prix d’interprétation féminine pour Virag Marjai NDLR), Jorge Semprun m’avait dit des choses que je n’ai pas oubliées… Avant Cannes, je n’avais pas eu d’écho en France, je n’avais pas réussi à créer d’attentes. Hormis ici, à Angers. »
 
Quels sont vos projets du moment ?
 
« Je travaille à l’écriture d’un film qui se déroule dans le Budapest de 1910. Un thriller avec une jeune femme comme personnage principal. En sous-texte, c’est un film sur la fin de la civilisation, quelque chose qui m’intéresse énormément. » 


La présentation des Ateliers d'Angers...

"Le Fils de Saul"

Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d'assister les nazis dans leur plan d'extermination. Il travaille dans l'un des crématoriums quand il découvre le cadavre d'un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d'accomplir l'impossible : sauver le corps de l'enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag












Angers Mag : RT @UnivAngers: À l'occasion du colloque #BonDroit qui se déroule auj. et demain à la Faculté de droit. Avec Félicien Lemaire @AngersCjb ht…
Jeudi 8 Décembre - 13:04
Angers Mag : Le Bastringue Général, collection automne-hiver à Montreuil-Juigné: A la fois marché de... https://t.co/wSJrT0YxQH https://t.co/uk6Li4S9nu
Jeudi 8 Décembre - 09:22
Angers Mag : Pourra-t-on un jour revendiquer le "droit au bonheur" devant les tribunaux ?: Avec cette... https://t.co/QpibQ65W2u https://t.co/6akmJkPlta
Jeudi 8 Décembre - 07:56
Angers Mag : A Coutures, les maternelles s’activent: Dans sa classe de l’école maternelle publique de... https://t.co/bJ1C27TEZX https://t.co/HH0RAzp80Q
Jeudi 8 Décembre - 07:46







cookieassistant.com