Laurence Browaeys : “Une ligne de conduite, le projet régional de santé”


Rédigé par - Angers, le 27/02/2014 - 07:56 / modifié le 22/12/2014 - 10:30


Depuis 2010, année de leur création, les Agences régionales de santé (ARS) suscitent de nombreuses interrogations de la part des professionnels de santé et une méconnaissance totale de la part des usagers. Laurence Browaeys, déléguée territoriale de l'ARS pour le Maine-et-Loire, n'élude aucune question.



Laurence Browaeys, 47 ans, déléguée territoriale de l'ARS pour le Maine-et-Loire
Laurence Browaeys, 47 ans, déléguée territoriale de l'ARS pour le Maine-et-Loire
la rédaction vous conseille
Pouvez-vous nous rappeler dans quel cadre ont été créées les Agences régionales de santé (ARS), et quels sont leurs objectifs ?
« La création des 26 ARS remonte au mois d'avril 2010 et fait suite à la loi “Hôpital, patients, santé, territoires”, dite “loi Bachelot”, en 2009. L'objectif est de fédérer l'ensemble des acteurs qui ont en charge la santé sur le territoire. L'ARS a été créée pour rassembler et créer des synergies entre le sanitaire (hôpitaux), le médico-social (EPHAD, Maison d'accueil spécialisée...), l'ambulatoire et les acteurs de la prévention. Il fallait que la gestion de la santé se passe de manière plus transversale. »

N'y avait-il pas, aussi, un objectif d'économie d'échelle ?
« Il y a eu des économies d'échelle, mais ce n'était pas le but en soi. Notre challenge était, et est toujours, de redéfinir une façon de percevoir la santé de manière plus globale : comment trouver la bonne organisation pour répondre à cette mission ? Il y avait beaucoup d'énergie perdue, de superpositions de missions et des problématiques de pilotage. »

Mission réussie selon vous ?
« Je vous rappelle que nous n'avons que 4 ans ! Il faut du temps pour mettre tout en oeuvre et travailler sur les mentalités. Notre chantier des deux premières années a été de donner une identité professionnelle à chacun des agents de l'ARS, ingénieurs, techniciens, médecins ou administratifs, qui avaient des statuts et des métiers très différents. Nous avons passé un cap, et il me semble que la dynamique est enclenchée. »

Que pèse l'ARS dans les Pays de la Loire ?
« Sur l'ensemble de la région, 440 personnes, dont 31 qui travaillent à la délégation territoriale de Maine-et-Loire. Du point de vue comptable, les actions de l'ARS influencent directement près de 9 milliards d'euros de dépenses de santé. La grande majorité concerne les établissements de santé et les soins de villes, mais elles couvrent également les établissements et services médico-sociaux, les prestations invalidité, décès ou encore la prévention et la promotion de la santé, l'une de nos missions souvent méconnue. »

"Nous travaillons principalement autour du Contrat local de santé (CLS), pour sensibiliser les élus sur la nécessité d'avoir une démarche globale en santé, et de la mise en place des Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP)".

Pouvez-vous justement définir le champ d'action de l'ARS ?
« Le document phare, c'est le Projet régional de santé, établi en 2010. Il définit trois axes principaux : 1. La personne au coeur du système de santé, avec la prise en compte d'un parcours de santé, de manière globale. 2. La proximité organisée, à savoir la prise en charge graduée du généraliste au plus expert, de la médecine de proximité au CHU. En clair, que doit-on trouver au coin de la rue, à 5 min, à 30 min ou à une heure de route ? 3. La maîtrise du risque en santé, du point de vue de la prévention et de la sécurité sanitaire. C'est un volet souvent oublié mais qui doit être transversal à toutes nos actions. La santé de la population, à 80 %, c'est la prévention environnementale ou comportementale. »

N'est-ce pas trop « pour un seul homme » ? C'est le reproche qui vous est adressé ?
« C'est un champ d'action très important, d'où la nécessité d'une bonne organisation au niveau régional. »

L'ARS a-t-elle une marge de manœuvre vis-à-vis de l'Etat ?
« Oui ! Nous ne sommes pas un service déconcentré de l'Etat, mais une agence avec une autonomie de fonctionnement. Après, l'Etat a une tutelle totale au travers des politiques de santé publique. Le dernier exemple en date, c'est le pacte santé territoire, avec, pour les ARS, une obligation de résultats non négociable à fin 2013. Je précise également que l'ARS bénéficie d'une indépendance politique totale. Nous n'avons qu'une seule ligne de conduite, le Projet régional de santé. Aussi, nous n'avons aucun état d'âme à l'heure de prendre nos décisions. »

Quel est le rôle précis de la délégation territoriale ?
« Elle met en oeuvre les objectifs fixés par l'ARS. Confrontés au terrain, notre rôle est d'expliquer, d'accompagner, de renseigner. Nous sommes aussi un guichet unique pour les professionnels de santé du territoire et les usagers. »

Avec une relation d'autorité vis-à-vis de ces professionnels, qui peut créer une certaine défiance ?
« C'est sans doute dû au fait que notre organisation n'est pas encore suffisamment lisible. Nous donnons des autorisations aux établissements ou allouons des budgets, mais sur le territoire, ce qu'on vit, c'est de la négociation. Nous ne sommes absolument pas dans une perspective de subordination. »

Du point de vue opérationnel, quelles actions menez-vous sur le territoire ?
« Nous travaillons principalement autour du Contrat local de santé (CLS), pour sensibiliser les élus sur la nécessité d'avoir une démarche globale en santé, et de la mise en place des Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP). Cela répond à l'une des priorités fixées, celle de l'accès au soin pour les publics précaires et fragiles. A l'heure actuelle, deux CLS existent, à Angers et Trélazé ; trois autres sont en instance, à Baugé, dans le Grand Saumurois et à Cholet. Depuis 2010, 11 maisons de santé ont été créées ou sont en instance de l'être, et 4 sont en examen... C'est une vraie voie d'avenir pour l'enjeu de proximité. Le seul bémol, c'est qu'elles s'organisent toujours autour d'un médecin, et que dans certaines zones, il n'y pas de médecin. »

Justement, en terme de démographie médicale, comment se porte le Maine-et-Loire ?
« Il n'y a aucune inquiétude sur la moitié du département, notamment autour des grandes villes. D'autres zones sont sous vigilance et nécessitent une politique volontariste de la part de tous les acteurs. Enfin, si l'on analyse les métiers de médecins, kinés, dentistes, infirmiers et pharmaciens, trois zones sont en alerte : le Baugeois, le Pouancéen et autour de Saint-Pierre-Montlimart. »

Quoi faire dans ces situations ?
« Des projets de Maisons de santé pluridisciplinaires sont bien avancés sur ces secteurs, mais nous incitons aussi financièrement les professionnels à s'installer dans ces zones. Un autre dispositif concerne les étudiants en médecine : nous aidons financièrement le paiement de leurs études s'ils s'engagent à s'installer dans ces zones en alerte. »

Et ces dispositifs fonctionnent ?
« Pas réellement, notamment parce que l'incitation financière n'est pas assez forte, mais également parce que l'on doit plus communiquer sur ces sujets. Reste que nous y croyons encore et que la voie de sortie, c'est la maison de santé. La tentation pour certains maires peut être de faire appel à des médecins étrangers, mais dans la plupart des cas, ils restent six mois et repartent. »

Vous axez une grande partie de votre action sur la proximité, mais le regroupement de certaines associations, ou le démantèlement des réseaux de prévention mis en place il y a une dizaine d'années ne vont-ils pas à l'encontre de cette priorité ?
« C'est un problème difficile... La plupart du temps, les acteurs de ces réseaux sont arrivés à un tel niveau de maturité qu'ils peuvent chacun être autonomes. Nous avons mené une réflexion sur la pertinence de cette multitude d'acteurs, qui induit une tendance générale à la régionalisation des fonctions d'appui et d'expertise et une localisation de la prise en charge. Mais nous prenons du temps pour expliquer nos choix aux intéressés. »

Ces regroupements permettent aussi de faire des économies ?
« Oui, mais je parlerais plutôt d'efficience. Au coeur de tout, il y a l'usager, qui doit s'y retrouver au milieu de tous ces acteurs. Dans tous les arbitrages que nous faisons – sur le démantèlement des réseaux, le nombre de places pour les personnes âgées ou en situation de handicap – nous prenons en compte la pérennité des établissements mais également l'équité d'accès aux soins pour les usagers. Il ne faut pas oublier que nous fonctionnons, au mieux, à enveloppe constante. »

"Nous menons dans chacun des départements de la région un diagnostic, avec le Conseil général et la Maison départementale des personnes handicapées, sur l'offre d'accueil des personnes handicapées. Il débouchera sur un plan d'actions avant la fin de l'année.”

L'année 2014 sera importante, dans le Maine-et-Loire, vis-à-vis de la dépendance ?
« Au plan national, des lois sur la santé et la dépendance influenceront certainement les mois à venir. Nous menons dans chacun des départements de la région un diagnostic, avec le Conseil général et la Maison départementale des personnes handicapées, sur l'offre d'accueil des personnes handicapées. Il débouchera sur un plan d'actions avant la fin de l'année. Concernant les personnes âgées, l'ARS a lancé des appels d'offres pour des structures d'appui, afin de mailler encore mieux le territoire. Parce que c'est toujours la meilleure solution, nous travaillons également pour favoriser le maintien à domicile... »

... qui coûte moins cher qu'une place en maison de retraite ?
« Oui, mais ce n'est pas la première raison ! Du point de vue du maintien à domicile, il y a eu de gros progrès dans le département, mais il y en a encore à faire. »

Un dernier mot, enfin, sur l'actualité brûlante d'Enity*, à Châteauneuf-sur-Sarthe ?
« Il faut d'abord rappeler que la société a été placée en liquidation judiciaire, en fin d'année dernière. L'ARS a été saisie car il s'agit d'un problème de santé publique. Nous avons indiqué que cette structure n'était pas viable à 34 places : le seuil minimal se situe autour de 80 places. C'est une question d'équilibre entre le nombre de places pour assurer les meilleurs soins et l'efficience de l'établissement. Depuis le mois de décembre, nous avons étudié la situation de chaque résident et les avons replacés dans différents établissements, en tenant compte de leur famille. Reste le cas du personnel, qui n'a absolument jamais démérité dans cette histoire. Nous travaillons à un redéploiement sur d'autres structures, mais il va falloir un peu de temps. Je le redis : ceux qui avaient un CDI retrouveront un CDI. Je comprends l'incompréhension et la colère des familles et du personnel, mais nous avons joué notre rôle de structure autonome, garante de l'équilibre des territoires ».

* L'établissement situé à Châteauneuf-sur-Sarthe a fermé définitivement ses portes le 29 janvier, après la liquidation de la société Enity. L'ARS a refusé l'autorisation à un éventuel repreneur de la structure.

BIO-EXPRESS

1966 : naissance à Roubaix (Nord).
1984 : baccalauréat C à Nantes.
1989 : DESS de gestion de l'emploi et du développement social à Sciences-Po Paris
1990 : assistante ressources humaines chez GAN courtage.
1993 : assistante ressources humaines à la Caisse nationale d'assurance maladie de Paris (CNAM).
1995 : directrice des ressources humaines de la Caisse régionale d'assurance maladie de Nantes (CNAM).
2005 : diplômée de l'Ecole nationale supérieure de la Sécurité sociale, à Saint-Etienne.
2010 : directrice des ressources humaines de l'Agence régionale de santé des Pays de la Loire.
2013 : déléguée territoriale de l'ARS pour le Maine-et-Loire.

FAÇON PROUST

Laurence Browaeys : “Une ligne de conduite, le projet régional de santé”
Le bonheur parfait selon vous ?
« Un ranch avec l'homme que j'aime et mes enfants. ».
Le trait de caractère dont vous êtes la plus fière ?
« La curiosité ».
Votre qualité préférée chez une femme ?
« L'humour ».
Et chez un homme ?
« L'humour ».
Votre personnalité préférée ?
« Clint Eastwood ».
Votre artiste préféré ?
« Tom Waits ».
Votre film culte ?
« “Into the wild”, de Sean Penn (2007) ».
Le livre qui a changé votre vie ?
« “Nous sommes éternels”, de Pierrette Fleutiaux ».
Votre chanson préférée ?
« “La nuit je mens” d'Alain Bashung ».
Votre plat préféré ?
« Un plateau de fruits de mer ».
Votre meilleur souvenir d’enfance ?
« La chasse le dimanche avec mon père ».
Votre meilleur souvenir professionnel ?
« L'animation d'un séminaire de directeurs d'établissement sur leur vision de la qualité ».
Que détestez-vous le plus au monde ?
« La violence ».
Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
« La gourmandise ».




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag















Angers Mag : Le SCO passe à l’orange: Tenus en échec à Jean Bouin samedi par la lanterne rouge du... https://t.co/QADPR1iLiN https://t.co/YP52GPOoB9
Dimanche 4 Décembre - 13:50
Angers Mag : #Angers En panne d'idée de cadeaux ? @Revue_BDM #carnetsdevoyage #publicité https://t.co/VsebE5LDp8
Samedi 3 Décembre - 18:56
Angers Mag : RT @IncroyableSCO: Angers SCO à la pêche aux points face aux Merlus du @FCLorient ce soir (20h) à Jean-Bouin ! #SCOFCL #VibrezSCO https://t…
Samedi 3 Décembre - 12:56
Angers Mag : ChroniK'Ô Noir - #18 : "Plateau", de Franck Bouysse: Chaque mois, la journaliste Martine... https://t.co/V0soKdy4ie https://t.co/07YeiZrSfq
Samedi 3 Décembre - 09:00


cookieassistant.com