Laurent Joffrin : « Il s’agit d’organiser la liberté sur Internet, pas de l’étouffer »


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le 19/05/2016 - 08:20 / modifié le 28/05/2016 - 09:58


Le journal Libération installe samedi son Forum à la Cité de l’Objet connecté. Au programme : une journée de conférences pour tenter de répondre à la question « Qui gouverne Internet ? ». Laurent Joffrin, directeur de la publication du journal, nous éclaire en amont de ce Forum.



"Est-ce que les états souverains démocratiques ont encore leur mot à dire ?", c'est l'une des nombreuses questions qui cherchera une réponse samedi à la Cité de l'Objet Connecté. (de gauche à droite : Thierry Sachot, président de la Cité de l'Objet connecté, Christophe Béchu et Laurent Joffrin).
"Est-ce que les états souverains démocratiques ont encore leur mot à dire ?", c'est l'une des nombreuses questions qui cherchera une réponse samedi à la Cité de l'Objet Connecté. (de gauche à droite : Thierry Sachot, président de la Cité de l'Objet connecté, Christophe Béchu et Laurent Joffrin).
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Libération a choisi Angers pour y installer son Forum samedi, et se demander « Qui gouverne Internet ? ». Quelle est votre réponse ?

Laurent Joffrin : « Il n’y a pas de gouvernement, évidemment : il n’y a pas une personne ou un organisme précis ,mais il y a le poids considérable de que l’on appelle les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Ces entreprises ont aujourd’hui une puissance comparable à celle de certains états, en termes financiers et en termes d’influence, puisque chacun compte désormais ses clients en milliards : c’est colossal.
Donc la question qui se pose, c’est non pas d’entraver leur développement puisqu’ils sont très utiles, mais c’est la question de leur légitimité démocratique. Qui décide finalement de l’orientation, non seulement d’Internet, mais des influences que le numérique a sur les sociétés ? Est-ce que les états souverains démocratiques ont encore leur mot à dire ? Est-ce qu’ils peuvent encore réguler cette activité ? Est-ce qu’ils peuvent orienter la recherche ? Est-ce qu’ils peuvent décider de ce que l’on publie ou ce que l’on ne publie pas, à travers des lois votées par un parlement, ou est-ce que ce sont des organismes privées qui vont organiser eux-mêmes leur propre régulation, c’est-à-dire leur propre censure ? Toutes ces questions, c’est de savoir si le citoyen garde un peu de pouvoir sur notre devenir collectif ou si ce sont les actionnaires de ces boîtes qui vont prendre leur place. »

Internet pourrait logiquement être synonyme de liberté d’expression et de démocratie. Mais dans la présentation du Forum, vous avez évoqué une « censure privatisée à l’échelle mondiale» ? Qui régit cette censure ?

« En principe, il y a des lois qui s’appliquent. Les lois organisent la liberté - on n’est pas là pour demander à ce que l’on censure les choses. Il y a une loi qui dit que l’expression est libre, à trois exceptions : la vie privée, la diffamation, l’appel à la haine… Ces lois sont difficile d’applications sur le net pour une raison pratique : cela va très vite donc il ne peut pas y avoir de contrôle a priori. Personne ne peut demander aux diffuseurs d’Internet de soumettre les contenus avant qu’ils soient diffusés, ce n’est pas possible. En revanche, s’ils sont diffusés illégalement, il faut que l’on puisse faire quelque chose et donc que les états puissent intervenir. 
"Sur Facebook, il y a des choses que vous pouvez mettre en ligne et d’autres non. Mais qui décide de ça ? C’est Facebook et non les états."

Le paradoxe de l’affaire c’est que maintenant, à cause de leur statut d’extra-territorialité, souvent ces entreprises elles-mêmes décident de ce qui est acceptable ou non. Par exemple, sur Facebook, il y a des choses que vous pouvez mettre en ligne et d’autres non. Mais qui décide de ça ? C’est Facebook et non les états. Donc ça pose un problème de principe. Cette liberté, qui est la plus grande possible, ne doit pas être régulée par des opérateurs privés mais par des gens qui sont mandatées pour cela, qui sont les députés normalement. »

Quelles solutions peut-on imaginer ?

« Cela a déjà évolué : au départ d’Internet, les gens disaient que les lois ne s’y appliquaient pas, donc que l’on pouvait faire ce que l’on voulait. « On fait ce que l’on veut », cela veut dire qu’on peut faire de la propagande nazie, de la propagande terroriste et que personne ne peut rien dire. Très vite, on s’est aperçu que c’était une situation qui avait l’air séduisante sur le papier mais qui était intenable. Donc petit à petit, l’idée d’une régulation publique a été restaurée, ce qui est le bon sens même. Une régulation légère : il s’agit d’organiser la liberté, il ne s’agit pas de l’étouffer. Mais on ne peut pas privatiser cette fonction, régalienne, publique qui doit être soumise au vote populaire. »

En matière d’innovations technologiques et sociales, est-ce un web plutôt prometteur ou inquiétant qui nous attend demain ?

« Il y a les deux. C’est un monde en soi le web, cela devient une partie de la planète, donc il y a de tout. Oui, il y a des difficultés, il y a des problèmes. Il peut y avoir des problèmes sociaux par exemple. On sait que les conditions de travail ou de fabrication des objets numériques ne sont pas toujours satisfaisantes. Ils sont fabriqués dans des pays où les normes sociales sont très basses. Alors on profite du bas prix d’objets qui ont été produits par des gens qui sont exploités. C’est un problème. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On laisse le marché réguler cela tout seul ou on essaie d’intervenir ? Il y a des ONG qui travaillent sur ce genre de choses et les Gafa ont également été soumis à la critique. Les questions sociales se posent aussi pour ces sociétés qui ont un mode de production mondiale et qui vont donc chercher partout des modes de productions très bas. »

Le programme du Forum Libération du 21 mai
(entrée libre sur inscription)
11h00 à 12h30 : Quelle souveraineté à l’ère du numérique ?
avec Philippe Wahl (Président du groupe La Poste), Christophe Béchu (Maire d’Angers), Pierre Bellanger (Fondateur de Skyrock ), Nicolas Colin (Co-fondateur de The Family ). Modération par Laurent Joffrin.

14h00 à 15h30 : Internet change nos vies
avec Pascal Cagni (Président Fondateur de C4 Ventures, Vice Président, Directeur Général d'Apple Europe 2000-2012), Thomas Meister (Directeur de la communication d'Uber pour l'Europe de l'Ouest), Axelle Tessandier (Directrice de l’agence de communication digitale Axlagency.com), Pascal Picq (Paléoanthropologue au Collège de France). Modération par Christophe Alix.

14h00 à 15h30 : Qui fait le droit sur la toile ?
avec Fadi Chehade (Ancien président de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN)), Constance Bommelaer (Directrice des politiques publiques chez Internet Society), Amal Taleb (vice-présidente du Conseil National du Numérique). Modération par Amaëlle Guiton.

16h00 à 17h30 : Numérique : une autre conception du travail ?
avec Estelle Barthélémy (Directrice générale adjointe de Mozaïque RH), Claude Didry (Sociologue, Directeur de recherche au CNRS, Directeur de l'IDHES-Cachan.), Clara Delétraz (Co-fondatrice de Switch Collective). Modération par Christophe Alix.

16h00 à 17h30 : Des licornes européennes, c’est possible?
avec Eric Leandri (Fondateur de Qwant ), Michel Combes (PDG du Groupe SFR), Rafi Haladjian (fondateur Sens.se). Modération par Sibylle Vincendon.

18h00 à 19h30 : Vers une démocratie ouverte et numérique ?
avec Maurice Ronai (Membre de la CNIL, chercheur à l'EHESS, ancien délégué national du parti socialiste sur les questions numériques), Armel Le Coz (co-fondateur de Démocratie ouverte), Loic Blondiaux (Professeur des Universités au Département de science politique de la Sorbonne Paris I). Modération par Laurent Joffrin.

18h00 à 19h30 : Dessine-moi le futur
avec Bertin Nahum (président et fondateur de Medtech), Thierry Sachot (Président de la Cité de l’objet connecté), Bernard Benhamou (Secrétaire général de l'Institut de la Souveraineté Numérique, fondateur du portail ProximaMobile). Modération par Sibylle Vincendon.












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