« Le 10 août, je pense aux Américains qui ont libéré Angers. »

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Rédigé par Guy STEFANINI, administrateur du musée du Génie d'Angers - Angers, le 10/08/2015 - 08:30 / modifié le 10/08/2015 - 13:31


Contribuer au débat public sur le territoire angevin et, à notre niveau, participer à l'indispensable vie des idées, c'est l'objet de [La Tribune du Lundi]. A l'occasion du 71e anniversaire de la Libération d'Angers, la parole est donné à Guy Stefanini, administrateur du musée du Génie et fin connaisseur de cette page d'histoire. L'occasion pour lui de rendre hommage aux libérateurs américains qu'il a contribué à faire revenir sur les lieux des opérations en 1987.



« Le 10 août, je pense aux Américains qui ont libéré Angers. »
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"Si je garde un lien d'affection aussi fort pour les militaires américains impliqués dans la Libération d'Angers, au delà des faits, c'est aussi probablement lié à ma propre histoire. Fils de pied-noir, j'ai grandi en Algérie à Philippeville (aujourd'hui Skikda) dans un environnement bercé par la présence militaire. Enfant, j'ai vu d'imposants bateaux dont le Jean-Bart débarquer dans le port de Philippeville. Mon père avait fait toute la guerre, notamment la campagne de Tunisie, après le débarquement d'Afrique du Nord, avec les Anglais et les Américains. A leur retour, les troupes françaises ont été formées par ces Américains en prélude des campagnes d'Italie et de Provence, ce qui a provoqué de grands changements que ce soit en terme de matériel, d'habillement, de stratégie pour une armée qui avait vieilli. J'ai souvent entendu mon père et des amis parler de cette période.

Mon intérêt pour la Libération d'Angers est venu plus tard, après mon arrivée en France. Ca été bien entendu un événement pour les Angevins mais il faut reconnaître que ça ne s'est pas vraiment bien passé pour les Américains. Ils y ont laissé 108 hommes dont six sont disparus, peut-être prisonniers ou enterrés dans le coin. Je ne pense pas que l'armée américaine ait perdu autant d'hommes dans beaucoup d'autres villes de moyenne importance dans l'Ouest. Pour les Américains, cette opération a pourtant été courte. Une partie d'entre eux - les unités de la 5e Division du Général Irwin - avait mené d'autres combats en Normandie, en particulier du côté de Saint-Lô. Mais pour la plupart, c'étaient des jeunes gens, âgés entre 18 et 24 ans, qui n'avaient pas connu beaucoup d'autres expériences, contrairement à la 1ere Division US qui a eu beaucoup de pertes le 6 juin 1944 sur la plage d'Omaha beach et a participé aussi à la campagne de Tunisie  puis de Sicile.
"J'imagine que pour un jeune de 20 ans, évoquer des événements qui remontent à 70 ans, paraît bien éloigné."

Commémorer les événements reste essentiel pour ne pas oublier. Mais force est de constater qu'il n'y a pas grand monde à ces cérémonies. On n'y peut rien probablement. J'imagine que pour un jeune de 20 ans, évoquer des événements qui remontent à 70 ans, paraît bien éloigné. Et que cela lui parle moins que les nombreux conflits qui perdurent encore dans le monde. Les témoins directs ne sont plus très nombreux. Les témoignages que je peux recueillir encore parfois sont des récits de deuxième main, du fils de Monsieur Untel ou de Madame Untel, et ça n'a pas la même valeur. Même s'il y a parfois de bonnes surprises. L'an passé, à l'occasion des célébrations du 70e anniversaire, quelqu'un m'a confié des notes rédigées par son père dans les dernières heures de la Libération d'Angers. Il était descendu sur les quais au pied du château à la fin des combats, ce qui m'a permis de confirmer une anecdote reçue d'un vétéran américain, faisant état de la mise en place d'un état major tout près du château lors des opérations.

Soldats américains pointant leur mitrailleuse en direction de l’église Saint-Jacques en août 1944, lors des combats de la libération (Collection Michel Lemesle. Archives départementales de Maine-et-Loire).
Soldats américains pointant leur mitrailleuse en direction de l’église Saint-Jacques en août 1944, lors des combats de la libération (Collection Michel Lemesle. Archives départementales de Maine-et-Loire).
L'importance de l'implication de la Résistance dans la Libération d'Angers a été, à mon sens, un peu enjolivée. Je sais que le sujet est sensible et fait débat car on a mis en avant le rôle de deux hommes, Jacques Bordier et Pierre-Yves Labbé. Dire cela, ce n'est pas remettre en cause l'engagement bien concret des résistants angevins dans les années qui ont précédé la Libération, en 1941, 1942... Il y a eu à Angers à l'époque, on le sait, de nombreuses arrestations. Mais plusieurs historiens le reconnaissent aujourd'hui, Marc Berger en particulier, le rôle actif de la résistance est resté ensuite très relatif. D'abord, ils ont été pris de court par l'avancée américaine. Ensuite, ils n'avaient ni armement, ni moyens de transmission. Maintenant, il faut souligner que certains angevins, sans être de la Résistance, ont accompagné et guidé les troupes américaines.

Même s'il existe quelques ouvrages, l'histoire de la Libération d'Angers reste probablement à écrire. Le petit-fils de l'ancien chef d'état major de l'Ora (Organisation de résistance de l'armée), Jean Eynaud de Faÿ, a publié il y a deux ans un ouvrage (1) très bien fait mais qui repose principalement sur les notes de son grand-père. Ce dernier m'avait écrit pour me préciser que son groupe ne comptait qu'une cinquantaine de personnes, alors que certains ouvrages évoquent entre 450 et 475 résistants associés à la Libération d'Angers.
"Même s'il existe quelques ouvrages, l'histoire de la Libération d'Angers reste probablement à écrire."

Le 10 août, je pense aux Angevins mais aussi beaucoup aux Américains à qui je voue un sentiment de reconnaissance fort. On les a beaucoup critiqués après la Libération, mais à mon sens plus par jalousie qu'autre chose. Mais personne d'autre qu'eux n'aurait pu nous sortir de là en 1944, avec les moyens industriels et matériels qu'ils ont mis en oeuvre. J'ai contribué à faire venir pour la première fois des vétérans américains à Angers en 1987 et à faire poser une stèle du souvenir au Pont de Pruniers. Ces vétérans sont revenus en 1989, 1992 et 1994 soulignant à chaque fois la qualité de l'accueil qui leur avait été réservé."

(1) "Angers ne sera pas détruit !" de Frédéric Destremau (Geste Editions)

A lire aussi sur le sujet : "La Libération d'Angers "pour les nuls" (08/08/2014)












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