Le Bruit des glaçons : l'amour plus fort que la mort !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Dimanche 12 Septembre 2010 à 18:57


Cette fable presque poétique, de Bertrand Blier, portée par l'humour noir, est avant tout optimiste : l'amour peut triompher de la mort.



Claude Faulques, écrivain alcoolique, surveillé par son Cancer (Albert Dupontel).
Claude Faulques, écrivain alcoolique, surveillé par son Cancer (Albert Dupontel).
la rédaction vous conseille
Un homme (Albert Dupontel) marche sur le chemin qui le mène à sa nouvelle victime, un écrivain alcoolique (Jean Dujardin). L'homme sonne à la porte et dit : "Bonjour, je suis votre cancer.". Voilà comment commence le nouveau film de Bertrand Blier, à l'instar de ses autres réalisations : une amorce vive, pertinente qui entraîne le spectateur dans le film.

Dès le début, nous rencontrons le Cancer de Charles Faulques, un écrivain censé avoir remporté le Goncourt mais qu’on imagine mieux utilisant sa main pour la descente de verre de blanc que pour la descente de mots. En voyant sa gueule atypique, ses vêtements aux couleurs passées et son teint blafard, arborant sa grimace préférée, impossible de ne pas tomber malade, tout en lui est mauvais et même quand il raconte une de ses histoires sordides qui le fait tant rire, son sourire se limite à un rictus.

C'est aussi un Cancer qui veut qu'on respecte la politesse, et qui n'hésite pas à menacer sa victime d'un cancer du pancréas pour arriver à ses fins. La performance "mortelle" d'Albert Dupontel est impressionnante, et certains de ses échanges avec Jean Dujardin sont à "mourir" de rire. Mais pas d'un rire franc et joyeux, plutôt d'un rire noir, très noir. On retrouve ici l'un des nombreux traits de caractères des films de Blier, l'humour noir. Cet humour ressort surtout des dialogues, pour une bonne partie absurdes, entre le Cancer et l'écrivain.

Notre romancier se retrouve comme ça, du jour au lendemain, accablé par un cancer pour le moins "pot de colle". Désormais il lui est impossible de boire tranquillement ses bouteilles de blanc, s'enchaînant à une cadence d'enfer dans le seau de glaçons qui lui sert de troisième main. En voyant la vie dépravée que mène l'écrivain, le Cancer ne manque pas de lui dire, non sans un ricanement, qu'il possède une "vie de merde". Une aubaine, il ne s'accrochera sûrement pas à son existence.

C'était sans compter sur la présence de la bonne du romancier, qui aime secrètement son patron. Louisa (Anne Alvaro, remarquable), moins belle et plus âgée que toutes les autres conquêtes de Charles - des minettes écervelées qui lui servent de masques contre sa solitude - est toujours là pour tout le monde. Elle, touchée et visitée par un cancer s'attaquant à son sein, ne manque pas de tendresse ni de clairvoyance. C'est à elle que tout le monde se confie et c'est d'elle dont Charles est amoureux.

La tendresse, nouveau registre de Blier, se concrétise lors d'un plan séquence : la caméra partant du bas de la maison monte les escaliers jusqu'à la chambre de l'écrivain où les deux amants sont en train de s'unir. C'est l'amour antidote qui permettra aux amants de chasser leurs cancers, mais pas seulement l'amour qu'ils se portent l'un pour l'autre. Non, c'est l'amour que Charles a pour l'art : il possède un Rodin dont il n'hésite pas à faire orchestrer le vol pour se libérer de la maladie. Pendant que les voleurs opèrent, les amants simulent leur propre mort et le Cancer n'a qu'un mot à la bouche : "Je ne supporte pas la vue du sang".

Ainsi se concrétise la victoire de l'amour sur le Cancer, c'est aussi celle du cinéma. Le bruit des glaçons est sans contexte un film à voir cul-sec !

Tristan












Angers Mag