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Jeudi 2 Octobre 2014





Le Chabada examine son public : des chiffres, des êtres et des maux


Rédigé par Cyrille GUERIN - Le Mardi 24 Juin 2014 à 07:19


De septembre à avril, le Chabada a passé son public au crible. La semaine dernière, devant une vingtaine de curieux, la salle de musiques actuelles présentait les résultats de l'étude menée par une société rennaise, spécialiste du genre. Derrière des données cliniques, se sont nichés quelques diables sur lesquels François Delaunay et son équipe vont devoir se pencher.



Fauve en concert le 20 mars dernier, l'une des plus grosses affluences du Chabada cette saison (photo Fred Lombard, indiemusic.fr)
Fauve en concert le 20 mars dernier, l'une des plus grosses affluences du Chabada cette saison (photo Fred Lombard, indiemusic.fr)
Vingt ans étant l'âge des raisonnements et autres remises en question, l'idée était judicieuse de la part du Chabada, de s'attarder sur son auditoire. "Nous n'avions pas mené un tel exercice depuis 2000", commence François Delaunay. A l'époque, ce sont des étudiants de l'ESSCA qui avaient chapeauté le travail, "un peu approximatif", glisse avec sympathie le co-gérant du Chabada.

Aujourd'hui, la salle de musiques actuelles, qu'il dirige avec François Jonquet, est devenue une véritable institution, passée en classe supérieure. Aussi, quand à la rentrée 2013, appuyée par une batterie de bénévoles, la Chab' team décide d'ausculter sa fréquentation, c'est logiquement à des chevronnés qu'elle fait appel. En l'espèce, le Groupe d'études culturelles et économiques (GECE), fondé en 2005 et basé à Rennes.

Mardi soir dernier, Olivier Allouard et Arnaud de la Villarmois, deux de ses responsables, ont fait le déplacement à Angers pour exposer leur travail d'après e.sondage, le tout "fondé sur une méthodologie solide et scientifique". Sur 2 800 mails envoyés, il y a eu 1 500 retours alors que les initiateurs en attendaient 700 : pas mal ! Cinq styles musicaux ont été passés au rayon X, deux critères - gratuité et payant - ont été retenus et les chiffres qui suivent s'inscrivent dans une marge d'erreur de 3 %. Depuis 2002, et ce à tous niveaux, on fait bien d'être vigilants...

Que nous révèle cette étude donc ? Pêle-mêle, que "les femmes sont devenues prescriptrices en termes de musiques actuelles", observe Olivier Allouard. Un exemple : si les Inrocks ou Télérama restent les news cultureux les plus appréciés par le public chabadesque, "Elle" est lu à 8%. Le public, globalement parlant, est de proximité "mais pas que" : "si 62% sont issus de la métropole, indique l'étude du GECE, 17% viennent de Nantes, Rennes voire Paris". De même, en terme de proximité pure et dure, 43% des locaux habitués des lieux viennent du centre-ville d'Angers, avec une forte représentativité des quartiers St-Léonard et Lafayette.

Seulement 18% d'étudiants...

Plus embêtant et plus étonnant : 18 % d'étudiants (seulement) composent le public du Doyenné. Sur une ville moyenne comptant plus de 30 000 étudiants, c'est pas bézeff. "Longtemps, j'ai entretenu cette idée d'un large public jeune" admet François Delaunay. Mauvaise pioche. Ainsi, l'âge moyen du spectateur adepte du Chabada tourne autour de 32 ans. CQFD.

Mais les chiffres bruts cachent bien entendu des complexités et des nuances : ainsi les soirées électro drainent des foules de djeuns. Autre information qui devrait, doit, faire réfléchir les responsables du Chabada, "une majorité du public désire voir des têtes d'affiche" et "61% (...) n'hésitent pas à se délocaliser dans des Stéréolux (ndlr : la salle de musiques actuelles de Nantes), des Zénith et des bars". Dans la même veine, selon le GECE, "le public du Chabada fréquente fortement les festivals pour aller voir des formations et des têtes d'affiche non programmées par le Chabada". Re-CQFD.

Il y a là tout un écheveau de questions sous-jacentes sur lequel, nous n'en doutons pas, le Chabada va s'attarder. Après tout, ainsi qu'il en était fait mention dans le dossier de presse accompagnant la Birthday Party XXL, "20 ans, c'est le bon âge pour se remettre un peu en question et prendre en compte [de nouvelles évolutions".

... et un public "très qualifié"

De gauche à droite : Arnaud de la Villarmois et Olivier Allouard (GECE) accompagnés par Charlotte Pioger, stagiaire en charge des statistiques, les trois protagonistes de l'étude "public" du Chabada.
De gauche à droite : Arnaud de la Villarmois et Olivier Allouard (GECE) accompagnés par Charlotte Pioger, stagiaire en charge des statistiques, les trois protagonistes de l'étude "public" du Chabada.
Parmi les autres enseignements tirés par cette passionnante étude, le plus problématique peut-être pour l'équipe du Chabada, porte sur la diversité socio-professionnelle de ses spectateurs : "En terme de Catégorie Socio-Professionnelles (les CSP), indique Olivier Allouard, le Chabada dispose d'un public très qualifié". Dans le détail, cela donne un inactif pour quatre actifs; 2/3 de cadres ou de professions intermédiaires; une sous-représentation des ouvriers et des retraités, et 50 % de Bac +3.

Ces vérités qu'une césure croissante et patente avec les quartiers dits populaires vient entretenir, à l'image d'un pays clivé, fragmenté et composé d'auto-exclusions massives, "ne sont pas propres au Chabada", tiennent à souligner Olivier Allouard et Arnaud de la Villarmois. Malheureusement, serait-on tenté d'ajouter. Le duo aligne ainsi quelques exemples similaires telle cette étude menée au festival marseillais Marsatac : "Nous avons remarqué que même dans cette ville métissée, on se brassait difficilement". Il y a pire : cela vaut aussi pour le non-payant "où l'on retrouve la même typologie". Blanche, bien propre sur elle et aux revenus confortables pour faire simple.

D'où cette petite question : comment en est-on arrivé là ? A cette évidence frappante que la culture, loin d'une fiction footbalistique rassembleuse - cf juillet 98 vs. avril 2002 - est faite par et pour une élite ? Les observateurs du GECE ont bien leur petite idée, que nous approuvons : "Il y a tout un travail d'éducation à faire". A re-composer. Pour Olivier Allouard, "cela peut passer par un travail hors-les-murs". Accueillir des résidences d'artistes est certes louable mais reconquérir périodiquement les quartiers le serait tout autant. Sortir d'un entre-soi culturel dénoncé par l'auteur et metteur en scène Philippe Fenwick dans Libération et dont "le 25 mai (et son FN s'installant, NDR) est aussi le prix".

Nous ne ferons surtout pas ce procès de l'entre-soi au Chabada qui, niveau programmation pluraliste et pour tous, ne cesse de s'intéresser à toutes les oreilles. Mais plutôt à tous ces discours condescendants, cyniques voire fascisants à l'égard des plus faibles, type : "C'est pas pour vous, mais pour les bobos." Mais qu'est-ce-qu'un bobo ? Qu'est-ce qu'un spectacle ne s'adressant pas aux manipulés auxquels ces gens-là, belliqueux, s'adressent ?

Recréer du lien ? Réinjecter du civisme et du collectif dans l'institutionnel ? Comment ? En brisant "la différenciation des êtres" , comme l'affirme justement le poète Thomas Deslogis, toujours dans Libération, ce journal de bobos vivotant parfois sous le seuil de pauvreté... Pour lui, le salut est dans "un ravalement de façade et un universalisme qui est le plus engagé des actes et la plus juste des luttes". Concluons en choeur avec lui et en appliquant ces mots aux musiques actuelles : "La poésie, c'est pour toi, qui que tu sois, c'est un programme qu'il est temps de mettre en action". Chiche !?

Pratique : l'étude complète et détaillée sera bientôt en ligne sur le site Internet du Chabada.








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