"Le Fils de Saul" sélectionné pour l'Oscar du Meilleur film étranger


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le Vendredi 15 Janvier 2016 à 07:00


En janvier 2008, un court-métrage –« With à Little Patience » (Türelem)- révélait à Angers l’audace d’un cinéaste hongrois inconnu. Sept ans plus tard, László Nemes a été sélectionné ce jeudi pour l’Oscar du meilleur film étranger avec "Le Fils de Saul", une œuvre sincère et terrifiante sur la Shoah.



"Le Fils de Saul" est en lice pour l'Oscar du "Meilleur film en langue étrangère" (crédit photo : Lenke Szilagyi)
"Le Fils de Saul" est en lice pour l'Oscar du "Meilleur film en langue étrangère" (crédit photo : Lenke Szilagyi)
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Comment représenter l’horreur des camps d’extermination nazis ? Comment illustrer l’indicible, sans « pétrifier la pensée et tuer toute puissance d’évocation », comme le déplore des images d’archives de l’Holocauste, Claude Lanzmann ? En adoubant « Le Fils de Saul », l’intransigeant réalisateur de « Shoah » ne pouvait envoyer signal plus clair à la critique et au public.

Trente ans après la sortie de son film-documentaire, LA référence cinématographique –en France, du moins- sur l’entreprise génocidaire du IIIe Reich, Claude Lanzmann a perçu dans le premier long-métrage de László Nemes, sinon un héritier, la « forme nouvelle » qu’il a longtemps appelée de ses vœux et que ni « La liste de Schindler » de Spielberg, ni « La vie est belle » de Benigni n’avaient réussi à incarner à ses yeux. « László Nemes a inventé quelque chose. Et a été assez habile pour ne pas essayer de représenter l'holocauste. Il savait qu'il ne le pouvait ni ne le devait, justifie-t-il dans l’entretien accordé alors à Télérama (1), ajoutant « il a fait un film dont je ne dirai jamais aucun mal. Ce « Fils de Saul » mérite une place au palmarès. »

Le Jury de Cannes, que présidaient les frères Coen, en a pensé de même, attribuant son Grand Prix à la fiction du réalisateur hongrois, inspirée des récits des Sonderkommandos, ces « équipes spéciales » de juifs affectées au nettoyage des chambres à gaz et au traitement des cadavres. En lice pour l’Oscar du meilleur film étranger, László Nemes saura le 28 février s'il remporte la statuette. Il figure parmi les favoris comme l'atteste la victoire il y a quelques jours du "Fils de Saul" lors des Golden Globes, l'autre cérémonie phare du cinéma américain. « Je pense qu’il a ses chances. Les Américains sont assez sensibles à ces questions et le film a des qualités et un format qui le rendent universel », estimait déjà en décembre Claude-Eric Poiroux, délégué général du festival Premiers Plans, fier qu’Angers ait contribué, une nouvelle fois, à révéler en France un talent du cinéma européen.

C’était en janvier 2008. László Nemes était venu présenter sur les bords de Maine son deuxième court-métrage, « With à little patience » (Türelem), un film inspiré déjà par la Shoah « Je l’avais repéré à la Mostra de Venise. Au milieu de tous les courts que nous avions reçus, il surnageait », se souvient Arnaud Gourmelen, le programmateur de Premiers Plans. « D’abord parce que rares sont les réalisateurs qui osent se saisir de ce sujet, casse-gueule par excellence. Ensuite parce que la gestion des plans-séquence y relevait d’un véritable tour de force : c’était visuellement puissant sans tourner à la démonstration technique. »
« Votre film, « Le Fils de Saul », est un monstre. Un monstre nécessaire, cohérent, bénéfique, innocent. » - le philosophe Georges Didi-Hubermann

László Nemes avait brillé à Angers en 2008. (crédit photo : Lenke Szilagyi)
László Nemes avait brillé à Angers en 2008. (crédit photo : Lenke Szilagyi)
Comme un travail préparatoire de peintre, « With a little patience » préfigure –à l’évidence aujourd’hui- « Le Fils de Saul ». Dans l’un comme dans l’autre, le spectateur y est happé par le regard d’un personnage, filmé à hauteur d’épaule dans un environnement dont l’horreur tragique se dévoile en arrière-plan, par touches impressionnistes visuelles et sonores. Le film avait fait carton plein à Angers, remportant le Grand Prix du jury, présidé par Sandrine Bonnaire, le Prix Arte et le Prix d’interprétation féminine pour Virág Marjai. Un accueil enthousiaste que n’a jamais oublié László Nemes. « Avant Cannes, je n’avais pas eu d’écho en France, je n’avais pas réussi à créer d’attentes. Hormis ici, à Angers », nous avait-il livré à la fin de l’été, justifiant son retour pour la projection en avant-première du « Fils de Saul » dans le cadre des Ateliers d’Angers. Surtout, le cinéaste se souvenait encore des mots de soutien d’un membre du jury angevin : l’écrivain franco-espagnol Jorge Semprun, depuis décédé. Entre le résistant espagnol, qui a survécu au camp de concentration de Buchenwald et le jeune cinéaste hongrois, dont une partie de la famille a été assassinée à Auschwitz, une évidence commune en dépit de leurs 54 années d’écart : face à l’horreur nazie, « se taire est impossible » (2).

Une démarche instinctive chez László Nemes, dont Clara Royer a été le témoin direct. Directrice (française) du centre de recherches en sciences sociales de Prague, cette spécialiste de la littérature d’Europe centrale a co-signé le scénario du Fils de Saul. Une histoire d’amitié - László Nemes a été son professeur de hongrois- et de passions communes. « Avant « Le Fils de Saul », nous avions commencé à travailler sur un autre projet, ça n’a pas abouti, mais nous savions comment travailler l’un avec l’autre avant 2010 et le début de l’écriture du « Fils de Saul ». Il est venu me voir avec une idée d’histoire, à partir « Des voix sous la cendre » (3) et des Sonderkommandos. J’ai tout de suite pensé qu’il avait trouvé son histoire. Je n’ai pas eu de doute, c’était viscéral et j’ai eu conscience qu’il allait se révéler là en tant qu’artiste. » Un artiste radical et fédérateur.

Vivement opposé à Claude Lanzmann quant à l’usage de photos de Sonderkommandos retrouvées à Auschwitz, le philosophe Georges Didi-Hubermann a adressé une lettre (4) à László Nemes : « Votre film, « Le Fils de Saul », est un monstre. Un monstre nécessaire, cohérent, bénéfique, innocent. »  
 
(1)   Claude Lanzmann : « Le Fils de Saul » est l'anti-« Liste de Schindler » (Télérama, 24 mai 2015)
(2)   « Se taire est impossible », essai de Jorge Semprun, co-écrit avec Elie Wiesel (Gallimard, 1995)
(3)   Titre du livre retranscrivant les manuscrits des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau, retrouvés enfouis sous la terre, réédité depuis la sortie du film.
(4)   Editée depuis aux Editions de Minuit, sous le titre « Sortir du noir »

Et maintenant ?
"Il n'y a pas de vacances avec Laszlo, c'est un gros travailleur. Et dès avant Cannes, nous avions le désir de faire le deuxième film", souligne Clara Royer. De quoi traitera-t-il ? "Laszlo a une obsessions : la question du mal absolu et de l'Europe, de sa capacité à s'autodétruire, qui s'est malheureusement vérifié tout au long du siècle".












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