"Le Front National, symptôme et phénomène aggravant de la crise politique"


Rédigé par - Angers, le 07/12/2015 - 18:45 / modifié le 07/12/2015 - 23:11


Maître de conférence en sciences politiques à l'Université de Nantes, Goulven Boudic commentait en direct dimanche soir pour France 3 Pays-de-la-Loire, les résultats du 1er tour des élections régionales. Un poste d'observation privilégié pour percevoir toute la tension et l'électricité qui ont animé la soirée électorale. Une tension liée à l'incertitude du scrutin et à la percée du Front National.



Pour Goulven Boudic, la vivacité et la tension de la soirée électorale témoignent de l'incertitude qui règne autour de l'issue du scrutin.
Pour Goulven Boudic, la vivacité et la tension de la soirée électorale témoignent de l'incertitude qui règne autour de l'issue du scrutin.
la rédaction vous conseille
Quels grands enseignement tirez-vous de ce premier tour des élections régionales en Pays-de-la-Loire ?

"Ce qu'a montré l'ambiance ce soir (dimanche soir, NDLR) à Nantes sur la plateau de France 3 comme sur d'autres lieux, c'est une forme de tension, une vivacité dans les échanges et parfois des propos qui débordent sur l'invective et sur l'insulte. Je crois qu'il y a deux éléments d'interprétation pour expliquer tout cela. D'une part, on est dans une situation d'incertitude sur ce qui peut sortir comme résultat définitif dimanche prochain, car les deux camps de la gauche parlementaire et de la droite parlementaire peuvent prétendre aujourd'hui gouverner la Région. D'autre part, c'est l'irruption du Front National dans le paysage politique régional."

Peut-on parler vraiment d'irruption ? La progression du FN n'est plus un phénomène tout à fait nouveau...

"C'est vrai puisqu'on l'avait vu venir depuis les élections européennes, les départementales, et déjà lors des élections municipales avec l'entrée de plusieurs élus frontistes dans des grandes villes de la région. Mais on va vu à quel point cette irruption produit des effets délétères sur le débat public, sur la forme même du débat. Il va falloir sortir de tout ça, en ayant en tête que ce qui s'est révélé d'une certaine manière ce soir sur les plateaux, c'est tout simplement la crise politique dans laquelle on se trouve et dont le Front National est à la fois un symptôme et un phénomène aggravant. C'est l'un des enjeux, au delà des élections régionales, des mois et des années à venir."

Comment analysez-vous cette progression du Front National ?

"Le FN bénéficie dans la période actuelle d'un atout, il a nationalisé cette élection comme il l'a fait pour toutes les élections locales depuis plusieurs années en affichant Marine Le Pen et le Front National plus que les enjeux régionaux. Et on voit bien qu'il y a une forme de coïncidence et de correspondance entre ce qui forme l'agenda traditionnel du Front National, sa haine de l'immigration, sa haine des étrangers, sa xénophobie très fortement ancrée sur laquelle la dédiabolisation n'a absolument pas joué, et le problème des migrants et la vague d'attentats qui ont certainement contribué à pousser des électeurs vers lui. Evidemment, comme toute la classe politique court depuis plusieurs années derrière le FN, ça contribuer à crédibiliser ce parti et ses idées. Et il ne faut pas s'étonner qu'il y ait plus de 20% des électeurs qui se tournent vers lui."
"Les élections régionales n'ont pas intéressé plus qu'autrefois, c'est la seule nouveauté qu'on peut en tirer. Mais cette abstention est révélatrice aussi de la crise dans laquelle on est."

Un mot sur le taux d'abstention. Il était déjà très fort en 2010, on pouvait penser que les récents événements terroristes allaient engendrer une réaction civique, mais il n'en a rien été.

"Faut-il en déduire qu'il n'y a pas de réaction civique ? Ca voudrait dire que seul le vote est civique mais il y a des tas d'autres attitudes dans la vie quotidienne qui le sont. Donc, il faut se méfier de ce type de jugement hâtif. Les élections régionales n'ont pas intéressé plus qu'autrefois, c'est la seule nouveauté qu'on peut en tirer. Mais cette abstention est révélatrice aussi de la crise dans laquelle on est. La diversification de l'offre politique -avec dix listes dans cette région- n'a pas produit plus de mobilisation mais il y a une vraie difficulté traditionnelle à identifier les enjeux régionaux, l'institution et le personnel politique régionaux."

Et le débat autour de la réforme territoriale n'a eu, lui aussi, que bien peu d'impact sur le public...

"On le savait déjà quand s'est avancée la question de la taille des régions. Mais surtout le débat sur les compétences a été escamoté et n'a pas été traité véritablement au fond. Il ne faut donc pas s'étonner de ce taux d'abstention même si, encore une fois, c'est l'un des révélateurs de la crise politique. Peut-être, les Régions ne sont-elles pas aussi des institutions dans laquelle la question de l'alternance est centrale et qu'il est difficile de faire apparaître de vraies différences entre la gauche et la droite. En tout cas, pas au point de mobiliser des électeurs. Peut-être se mobiliseront-ils dimanche prochain au vu des éléments de ce 1er tour avec un sursaut républicain ou une volonté de minorer le score du Front National, mais c'est trop tôt pour le dire.

Revenons, sans chercher à lire dans la boule de cristal, au deuxième tour. Là où la victoire de Bruno Retailleau apparaissait acquise avant dimanche, les choses se révèlent plus incertaines.

"Oui. Et on voit bien que la campagne a déjà commencé dès le soir du premier tour avec l'argument sur Notre-Dame-des-Landes très agité par la droite, avec la nécessité aussi pour le PS de faire alliance avec Europe-Ecologie-les-Verts pour espérer renverser la dynamique qui se trouve tout de même du côté de Bruno Retailleau. Mais pour ce dernier, le score peut être un petit peu décevant par rapport aux espérances car c'est en réalité un des plus faibles historiquement si on additionne les voix du centre et du centre-droit qui n'ont pas toujours été ralliées par le passé. Et ce score ne s'explique que par la montrée du Front National. La droite doit comprendre aujourd'hui que c'est le Front National qui l'handicape et la fragilise nettement. Pour Bruno Retailleau, ça rend délicate la question de savoir où placer le curseur pendant cette deuxième partie de campagne.
Quant à la gauche, elle est se retrouve elle-aussi fragilisée et pas en grande forme dans ce scrutin intermédiaire qui sanctionne traditionnellement les partis au pouvoir. Les Verts ont subi eux-aussi le sort qu'on attendait dans la mesure où leurs bisbilles ont beaucoup occupé l'agenda politique. Mais au final, les deux ont sans doute intérêt à aller à l'accord (c'est chose faite depuis lundi soir, NDLR - voir notre article)"




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur















Angers Mag











Angers Mag : Séance critique : "Ma'Rosa" de Brillante Mendoza: Dans Séance critique, deux fois par... https://t.co/UXYZ0kjrdt https://t.co/JrsEK1vwBv
Samedi 10 Décembre - 11:00
Angers Mag : « Ces pédagogies ne sont pas ignorées »: Et l’Education Nationale ? Quel regard... https://t.co/JnPQWXILNL https://t.co/5glkXOM6T3
Samedi 10 Décembre - 07:45
Angers Mag : #JPEL "Contre le complotisme, on ne peut pas enrayer tout (...) Mais on peut entraîner les cerveaux." 👏👏JB Schmidt… https://t.co/6pn23fJUHD
Vendredi 9 Décembre - 15:01
Angers Mag : L'indépendance, un état d'esprit ? #Angers Mag bien chez soi à la journée de la presse en ligne à Paris. #JPEL https://t.co/EpAgR2dt6N
Vendredi 9 Décembre - 12:17



cookieassistant.com