Le Louvre selon Etienne Davodeau


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le 10/11/2013 - 09:32 / modifié le 10/11/2013 - 09:33


Après l’énorme succès de ses « Ignorants », le dessinateur angevin Etienne Davodeau revient avec « Le chien qui louche », une comédie ficelée autour du Louvre. Nous l’avons suivi trait à trait dans les dédales du fameux musée... Les planches du « Chien qui louche » sont exposées à la Collégiale Saint-Martin à Angers jusqu’au 19 novembre.



Près du « Radeau de la Méduse » de Géricault, la « basilique » de Marius Granet a du mal à exister. C’est pourtant elle qui a retenu l’attention d’Etienne Davodeau.
Près du « Radeau de la Méduse » de Géricault, la « basilique » de Marius Granet a du mal à exister. C’est pourtant elle qui a retenu l’attention d’Etienne Davodeau.
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Salle 72, deuxième étage de l’aile Sully, rue de Rivoli, Paris Ier. Il fallait un GPS, ou des gens du cru, pour retrouver Etienne Davodeau, en ce mercredi après-midi d’octobre. Le dessinateur angevin recevait au Musée du Louvre... sa résidence secondaire depuis près de deux ans. N’exagérons rien, « je me perds encore, et il y a des salles où je n’ai jamais mis les pieds au sein du musée », tempère Etienne Davodeau.

Il n’empêche, le papa de « Lulu, femme nue » et des « Mauvaises gens » ne compte plus ses allers-retours entre son Anjou de résidence et le prestigieux établissement parisien. Lui voulait depuis un moment s’embarquer dans la grande aventure de la bande dessinée au Louvre, inaugurée au milieu des années 2000 par Nicolas de Crécy, puis Marc-Antoine Mathieu. « J’ai en quelque sorte postulé pour cela », résume-t-il.

Pas une commande, donc, mais une contrainte : Le Louvre. Fini le visiteur, même avisé, qui déambule au gré du temps dans les couloirs du musée, « ce rapport glissant aux œuvres d’art. Aller au Louvre, c’est une sorte de visite de surf avec différents arrêts sur des spots aimantants : La Joconde, Géricault, La Victoire de Samothrace... »

Un regard différent

Etienne Davodeau s’est inspiré de tableaux existants pour donner du corps à son « Chien qui louche ».
Etienne Davodeau s’est inspiré de tableaux existants pour donner du corps à son « Chien qui louche ».
Badge en main, Davodeau s’imprègne du musée, prend des milliers de photos (« je n’ai pas fait un seul dessin au Louvre... »), passe une nuit sur place, parcourt les toits avec les pompiers..., bref, à partir « d’une vague idée », il construit peu à peu son « Chien qui louche ».

« Je voulais prendre un peu le contrepied de ce lieu majestueux et imposant, en écrivant une comédie », explique-t-il, installé face aux scènes du quotidien de la peinture française qui lui ont offert la chute de son récit. « L’idée, c’est un cambriolage à l’envers : il ne s’agit pas de faire sortir un tableau du Louvre, mais d’en faire entrer un, qui n’a rien à faire ici. » En creux, c’est la légitimité de l’art que Davodeau interroge : qui et quoi font que celui-ci aura sa place au Louvre ? Quelle autorité avons-nous là-dessus ?

Démonstration par l’exemple : du 2e étage de l’aile Sully, la visite se poursuit au 1er étage de l’aile Denon, qui abrite l’une des stars du musée, « Le Radeau de la Méduse », de Géricault. Une foule de scolaires, puis de touristes s’y agglutinent, les appareils photos crépitent. à deux mètres à peine, « l’Intérieur de la basilique basse de Saint-François d’Assise », de Marius Granet, est abonnée à l’oubli depuis des années. Davodeau a pourtant choisi de lui accorder une large place dans son récit. Un regard différent, original, la patte de l’auteur en somme. « C’est tout l’intérêt de cette collection BD du Louvre, explique Fabrice Douar, le patron des Editions du Louvre. Etienne a apporté une autre dimension, en humanisant son travail ».

De la salle des Cariatides à la Cour Puget, les deux hommes s’en donnent à cœur joie, complices devant l’un des « nues » exploitées par Davodeau dans la BD, « les plus belles fesses du Louvre, selon Fabrice », glisse-t-il.

Jamais un auteur ne s’était à ce point intéressé aux gens qui travaillent au Louvre. Cour Puget, justement, Etienne Davodeau retrouve Yves, l’un des agents de surveillance, en pause pour quelques minutes. « J’ai rencontré une quinzaine d’agents, assez longuement, pour construire un personnage crédible, celui de Fabien. Yves est la personne avec laquelle j’ai le plus correspondu, en le harcelant de textos et de mails ! » Le résultat de ce « travail documenté », c’est une série d’anecdotes, plus insolites les unes que les autres, des fétichistes du pied (si, si !) qui hantent le Louvre, à la récurrente question des visiteurs : « Où est La Joconde ? »

De l’endroit où il venait « de temps en temps » à l’époque où il était étudiant, admirant « les toiles de Rembrandt ou les cabinets de dessins du XVIIe », Davodeau a fait un véritable terrain de jeu, enrichissant son récit au gré des visites, trouvant l’inspiration dans des salles souvent méconnues. « Je dessine d’où je vis », aime à répéter Etienne Davodeau. A la lecture de son « Chien qui louche », nul doute qu’il s’est senti au Louvre comme chez lui...
Le Louvre selon Etienne Davodeau

CHRONIQUE

Le Louvre selon Etienne Davodeau
Une BD hors cadre au Louvre

L’honneur des Benion, c’est quelque chose. Conquérante, directe, un brin rustaude, la famille angevine a réussi dans le meuble et entend bien le faire comprendre à Fabien, le petit ami de Mathilde, la petite dernière. Lui est agent de surveillance au Louvre et donc, compétent, selon les Benion, pour juger de la qualité d’une toile remisée au fond d’un grenier : « Le chien qui louche », tableau du trisaïeul Gustave, l’artiste de la famille.

Pire encore, voilà Fabien en mission, qui doit savoir si ledit chien peut faire son entrée au Louvre ! Impossible ? Pas pour la République du Louvre, une mystérieuse organisation réunie autour d’un inconditionnel des lieux, M. Balouchi. Comédie légère, très enlevée, le dernier opus de Davodeau interroge sans avoir l’air d’y toucher le rapport de chacun au Louvre et à l’art, au gré de bulles savoureuses. Une BD au Louvre ? On répond oui.
Futuropolis et éd. Louvre, 20 euros

Avant-première et expos…

• Une avant-première de « Lulu, femme nue », film adapté de la BD d’Etienne Davodeau, a lieu aux 400 coups d’Angers, le lundi 18 novembre, à 20 h 30.
• Les planches du « Chien qui louche » seront exposées au Musée du Louvre, du 27 novembre à fin février et à la Collégiale Saint-Martin à Angers jusqu’au 19 novembre.



















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