« Le Portrait d’Esther » : une BD numérique comme lieu de mémoire…


Rédigé par - Angers, le Jeudi 14 Janvier 2016 à 09:02


Les Musées d’Angers ont développé une BD numérique retraçant l’histoire d’une œuvre spoliée durant la Seconde guerre mondiale. Un travail artistique, historique et mémoriel innovant, dont Angers Mag avait relaté l’actualité dès juillet 2015, qui éclaire d’un jour nouveau un sigle aux résonances parfois oubliées : MNR. Le premier épisode est en ligne depuis mercredi.



"Le portrait d'Esther", épisode 1, planche no 57 © Pierre Jeanneau, 2015
"Le portrait d'Esther", épisode 1, planche no 57 © Pierre Jeanneau, 2015
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Paris, années 2010. Iris a 15 ans, une adolescence commune mais bientôt bousculée par le dialogue qui s’instaure avec sa mère, Léa. Au cœur des discussions, un secret de famille : une collection de tableaux spoliés à ses grands-parents juifs durant la Seconde guerre mondiale.

Un passé douloureux sur lequel Iris cherche à lever le voile en partant sur la trace de l’un de ses tableaux : un portrait de sa grand-mère, Esther. L’enquête de mémoire commence, qui conduira la jeune adolescente –en même temps que le lecteur- d’un atelier d’artiste impressionniste au château de Chambord, en passant par le Musée du Jeu de Paume, véritable plaque tournante de l’ERR, l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, en charge de la confiscation des biens juifs et francs-maçons. Bref, l’itinéraire « classique » d’un MNR (Musées nationaux récupération) retracé à travers également des destins de femmes, la personnalité de Rose Valland irriguant le récit.
 
Voilà la trame du « Portrait d’Esther », la BD numérique qui constitue l’aboutissement d’un travail de18 mois, piloté par les Musées d’Angers. « Nous attendions la bonne opportunité, le bon moment pour aller plus avant sur le sujet des MNR », explique Julie Guillemant, médiatrice culturelle aux Musées d’Angers. « L’appel à projet du Ministère de la culture sur un produit culturel et innovant nous a offert cette occasion. » Retenu au titre de l’année 2015, le projet porte plusieurs objectifs : « Il s’agit de sensibiliser d’une part les non-visiteurs de musée à ce pan de l’histoire et de réveiller les interrogations autour des œuvres spoliées. »

Sujet dense, complexe, l’histoire de ces œuvres d’art ne doit pas être pour autant une affaire de spécialistes. « Depuis le début de ce projet, nous sommes accompagnés par des élèves de plusieurs établissements angevins, qui s’en sont emparés et n’hésitent pas à donner leur avis. Nous avions pensé à l’origine faire de ce projet un jeu vidéo : c’est eux qui nous en on dissuadé en nous faisant comprendre l’importance d’un vrai parti pris ! » sourit Julie, qui anime une page Facebook privée sur le sujet. Totalement investis dans cette initiative, les élèves du collège Jean Lurçat, des lycées Joachim du Bellay et Jean Bodin, ont ainsi suivi, étape par étape, l’évolution de cette BD numérique, destinée, bien au-delà des simples frontières d’Angers, à être utilisée par tous les musées qui le souhaitent. « Ils auront  à leur disposition une exposition de planches (qui seront acquises par l’Artothèque), un site internet et une application », précise Julie Guillemant.
"Avec la BD numérique, le rapport à l’espace et au temps est différent. L’œil doit s’habituer à une lecture différente, prendre le temps de la décrypter… et d’apprécier le trait moderne et dynamique de Pierre Jeanneau."

C’est Pierre Jeanneau (dit Jano), avec l’aide de Mosquito, agence de création numérique (et le soutien de la plateforme Idev, basée à l'abbaye de Fontevraud), qui a mis en dessin et en animations un scénario ficelé par Romain Bonnin -30 minutes de consultation découpées en 5 épisodes- à partir d’une base documentaire établie par Julie et un comité scientifique. « J’ai traduit graphiquement la documentation sur le sujet. Le travail suit les codes BD, mais le support numérique change le rythme de lecture », souligne Pierre.

"Le portrait d'Esther", épisode 1, planche no 25 © Pierre Jeanneau, 2015
"Le portrait d'Esther", épisode 1, planche no 25 © Pierre Jeanneau, 2015
Visuel, virtuel, pédagogique, mémoriel… le résultat est à la hauteur des ambitions du projet. Le premier épisode est en ligne depuis mercredi matin, ouvrant de manière remarquable une nouvelle approche : avec la BD numérique, le rapport à l’espace et au temps est différent. L’œil doit s’habituer à une lecture différente, prendre le temps de la décrypter… et d’apprécier le trait moderne et dynamique de Pierre Jeanneau, qui accompagne idéalement des planches en noir et blanc.

L’autre gros point fort de cette BD numérique, c’est le « Carnet noir » que chacun peut, à son gré, aller chercher dans le menu. Il offre un éclairage aussi accessible que rigoureux sur des thèmes « seulement » abordés par le récit, qui doit suivre son cours. Ainsi en est-il, dans le premier épisode de la série, du post-impressionnisme, de l’arbre généalogique de la famille de Léa et Iris, du discours de Pétain, de la Résistance et de De Gaulle ou de la confiscation des collections par l’administration nazie. Une contextualisation visuelle et narrative à l’exigence historique absolue, qui apporte corps au scénario de base.
 
Bref, en plus d’être nécessaire, « Le Portrait d’Esther » est fichtrement bien pensé.
 
Le 2e épisode sera dévoilé le 20 janvier, le 3e le 3 février et les 4e et 5e le 23 février prochains. La sortie du Portrait d’Esther s’accompagnera, du 3 février au 17 avril, d’une exposition au Musée des Beaux-Arts, regroupant notamment des planches originales de la BD, mais également les MNR mis en dépôt au sein du Musée. 

Pour en savoir plus, le site internet : http://portrait-esther.fr/ et la page Facebook : http://www.facebook.com/leportraitdesther/

Oeuvres MNR, salle des Primitifs, musée des Beaux-Arts d’Angers. © Pierre David, 2013
Oeuvres MNR, salle des Primitifs, musée des Beaux-Arts d’Angers. © Pierre David, 2013
Les œuvres d’art ont de la mémoire…
Beaucoup a été dit et écrit sur l’horreur de l’Holocauste, et la barbarie nazie. L’opération parallèle d’élimination de la mémoire est pour sa part moins connue. Par quoi passait-elle ? Par la réécriture, notamment, de l’histoire de l’art, mais également par la spoliation systématique des œuvres d’art, issues des collections publiques ou privées, dans les pays occupés.
 
Le cadre, d’abord. En France, la création de la Commission de récupération artistique, en 1944 –qui s’appuie entre autres sur le travail de recensement de Rose Valland au Musée du Jeu de Paume, devenu sous l’Occupation la gare de triage des œuvres confisquées aux Juifs - débouche sur un Répertoire des biens spoliés, qui regroupe 85 000 fiches. Dans les quatre années qui suivent, jusqu’en 1949, « 45 441 œuvres ou objets culturels ont été restitués, soit 74 % des œuvres récupérés », souligne la sénatrice écologiste (et historienne) de Maine-et-Loire, Corinne Bouchoux, dans la note de synthèse de sa Mission d’information sur les œuvres d’art spoliés par les Nazis.
« 15 792 n’ont donc pas retrouvé de propriétaires ». Parmi eux, près de 13 500 ont été vendues par le service des Domaines, parfois dans des conditions douteuses. Les quelque 2 143 restants bénéficient, depuis 1949, du statut de MNR, pour Musées nationaux récupération. Sélectionnés par une « Commission des choix », ils sont depuis le milieu des années 50 répartis dans les musées de France, qui n’en sont que les détenteurs. Les Musées d’Angers abritent ainsi 7 de ces MNR, essentiellement dans la salle des « Primitifs » italiens.
 
Histoire positive. D’aucuns auraient évoquer les milieux interlopes du marché de l’art ou les raisons qui ont encouragé, 40 ans durant, beaucoup de musées à poser un voile pudique sur ces MNR. C’est oublier que, durant les cinq années qui ont suivi la guerre, « la très grande majorité des œuvres spoliées a été restituée », explique Corinne Bouchoux, qui parle « d’histoire déséqulibrée ».

L’équilibre, justement, et le devoir de mémoire trouvent un écho tout particulier dans le Maine-et-Loire. L’Anjou et ses châteaux, Brissac notamment, destination essentielle d’un plan d’évacuation mis en place, à l’aube de la Seconde guerre mondiale, des collections d’art privées ou publiques. C’était, il y a plus de 70 ans.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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