Le burlesque ou l’art de divertir tout un public

Festival Premiers Plans 2011


Rédigé par Julie Cadeau - Angers, le 26/01/2011 - 17:53 / modifié le 26/01/2011 - 22:23


« Le rire est satanique, il est donc profondément humain » disait Baudelaire. Ce mardi matin, le festival Premiers Plans d’Angers accueillait Louis Mathieu ainsi que Stéphane Le Roux, tous deux enseignants de cinéma, pour une leçon de cinéma sur le burlesque.



Stéphane Le Roux et Louis Mathieu lors de la leçon de cinéma sur le burlesque
Stéphane Le Roux et Louis Mathieu lors de la leçon de cinéma sur le burlesque
Selon les mots de Claude-Éric Poiroux, venu introduire la rencontre, et ceux de Stéphane Le Roux, le burlesque est « l’une des choses les plus difficiles à faire au cinéma ». Mais que signifie réellement ce terme ? Du latin « farce grossière », ce genre cinématographique permet de dédramatiser une situation. C’est une fonction du rire, qui pour Henri Bergson est « ancré dans les mœurs de toute société ». Le gag est ainsi au cœur d’un film burlesque.

Buster Keaton : incapacité de l’homme à anticiper les choses

Le burlesque ou l’art de divertir tout un public
La première partie de cette leçon de cinéma, présentée par Stéphane Le Roux, était axée sur Buster Keaton. Personnage important du genre burlesque, il désirait s’échapper de la dimension sociale du gag, qui pour lui était « un petit scandale pour l’esprit, mais aussi pour son fonctionnement ». L’intervenant nous explique que l’être humain a tendance à trop se baser sur les apparences. L’impassibilité du personnage face à sa chute renforce le côté drôle de la scène et provoque ainsi le rire des spectateurs.

Pour rendre cette leçon de cinéma plus interactive, trois extraits du court-métrage « One Week » (1920) ont été projetés, puis analysés. Il en découle une certaine incapacité chez l’homme, étonné, à anticiper la chute d’un gag. Gags « cartoonesques », voire même potaches, ce qui renforce l’aspect comique du film. Cette caractéristique est très classique dans ce genre cinématographique. Pour Keaton, l’esprit est un outil pour l’esprit, et non pour la connaissance. Stéphane Le Roux appuiera sur le fait qu’on « rit de notre propre incapacité à anticiper le gag ».

Charlie Chaplin : le burlesque, Art impur

La seconde partie de cette conférence, présentée par Louis Mathieu, était principalement centrée sur Charlie Chaplin, créateur et interprète du plus célèbre personnage comique de l’histoire du cinéma : Charlot. A la différence de Buster Keaton, pour Chaplin le burlesque se caractérisait comme la concrétisation de toute une pensée. C’était en quelque sorte un art du corps, mal mené par le monde. Louis Mathieu, insistera que dans tout film burlesque « le corps du personnage n’est jamais disséqué, mais juste cogné ou légèrement blessé ». Il poursuivra en exprimant le rapport entre deux genres cinématographiques : le burlesque et le merveilleux, puisque rien de grave ne peut arriver tant il y a un éloignement de la réalité.

Il notera que le gag contredit la question d’ordre du monde, car en effet le comique a longtemps été un genre méprisé. La projection d’une séquence de « La Ruée vers l’or » (1925) permettra au public – très réceptif aux gags des extraits diffusés – d’instaurer l’importance de l’illusion dans le film. « Il faut sortir de l’illusion » est le message porteur des films de Chaplin selon L. Mathieu. C’est pour cela, qu’à la différence de chez Keaton où l’impassibilité des personnages règne, on retrouve une évolution des personnages grâce au suspens de Chaplin.

Vers une modernisation du burlesque ?

Stéphane Le Roux nous expliquera que l’arrivée du son détruira certaines carrières du cinéma muet à l’instar de Buster Keaton. Par la suite, Jacques Tati reprendra les choses en main en alliant son et cinéma dans ses films comme l’incontournable « Les Vacances de Monsieur Hulot » (1953), qui sera l’élément déclencheur de ce « nouveau burlesque ». On remarque que la matière sonore devient importante (notamment pour les bruitages), tout comme la variation des cadrages et des changements de plans.

Louis Mathieu conclura la leçon par l’analyse d’un extrait de « Rumba » (2008), de D. Abel, F. Gordon et B. Romy, en précisant sur le rire devient ludique, à l’image de notre époque moderne. On y repère un épanouissement de soi. Selon ses propos, le burlesque devient ainsi un « art libérateur », voire même une invitation à l’humour et au partage. Partage qui a d’ailleurs été le mot de la fin de cette conférence très enrichissante avec un court échange entre les intervenants et le public de la salle, qui était comble.

Pour information

• La rétrospective « Keaton en courts », comprenant trois de ses courts-métrages, sera projetée pour la seconde fois le dimanche 30 janvier, à 17h aux 400 Coups.

• « La Ruée vers l’or » (1925) de Charlie Chaplin sera projetée une dernière fois le jeudi 27 janvier, à 14h aux Variétés.

• Le long-métrage « Rumba » (2008) sera projeté au Multiplexe dès 19h30 le jeudi 27 janvier.



















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