Le chat du rabbin : Un film au poil (du chat) !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Samedi 11 Juin 2011 à 17:14


Un chat curieux, caustique et clairvoyant, nous emmène dans les méandres de la réflexion religieuse au travers d’un formidable voyage initiatique dans l’Afrique des années 20, remontant le niveau des rares « odyssées» de ces dernières années. Surprenant par son approche comique, intéressant par son point de vue, génialissime dans son analyse des hommes, la patte (du chat) de l’auteur est bien présente.



Le rabbin déambule accompagné de son chat devant un restaurant colonial © Autochenille Production - TF1 Droits Audiovisuels - France 3 Cinéma
Le rabbin déambule accompagné de son chat devant un restaurant colonial © Autochenille Production - TF1 Droits Audiovisuels - France 3 Cinéma
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Joann Sfar, prolifique auteur de BD reconnues par l’intelligentsia de ce milieu comme novatrices, se réessaye au cinéma. Toujours derrière la caméra, comme pour le très culotté « Gainsbourg (vie héroïque) », Sfar continue dans l’originalité avec l’adaptation de sa Bd éponyme, qui commence par un contraste vertigineux, la transposition d’un conte méditerrano-magrébin sur le style de la 3D.

Pari risqué qui porte ses fruits, avec une 3D timide au premier abord mais qui apporte une dimension bien réelle de féerie, de rêverie au film. Malgré l’inconfort, elle nous plonge dans les reliefs du dessin et prend à bras le corps le potentiel très puissant du style graphique employé. Elle prendra un sens encore plus étonnant lors de scènes très subjectives (rêve du chat, découverte de la Jérusalem africaine…).

Un film donnant un rendu fichtrement étonnant mais aussi très juste dans sa galerie de personnages. Tous de religions différentes, de caractères incompatibles, les protagonistes donneront lieux à de nombreuses situations détonantes, à commencer par le chat provocateur. Ayant capté la parole au moyen d’un festin dont le plat principal est le perroquet du rabbin, ce chat farceur transgressera les limites talmudiques, et implorera son maître pour faire sa barmitsvah dans l’espoir de revoir sa maîtresse adoré.

En effet le rabbin trouvant le chat trop subversif, lui en interdit les visites et tente de lui apprendre les fondements judaïques. Ce rabbin représentatif d’une religion ouverte et tolérante aura bien du mal à refuser quoi que ce soit au félin toujours réprobateur et rationaliste dans ses réflexions sur la religion.

Au long du film la galerie de personnages emblématiques s’allongera : le maître du rabbin ultra-conservateur et obscurantiste, un cheik sage et plein de bon sens toujours suivi de son âne fidèle à Allah, des extrémistes musulmans qui font penser au genre de propagande encore répandu dans certains pays arabes, un peintre juif/russe, poète et tête en l’air qui s’enfuit des pogroms tsaristes, un ex-soldat russe, lui, pour le Tsar et avide de sensations fortes, un Tintin raciste, reflet de la pensée occidentale de l’époque, et bien d’autres …

Le tout magnifiquement orchestré par une multitude de voix pétillantes de réalisme, je m’incline notamment devant le soutien considérable que la voix de François Morel (le chat) apporte au film mais c’est surtout la prestation du comique Fellag (le cheik) qui laisse bouche bée et ferait presque ressentir la chaleur d’Alger à nos tympans. Et pour garder ce ressenti justement, on se laisse emporter par un flot de musique africaine, très différente des BO habituelle.

Bien ficelé, le scénario met surtout en avant l’aspect conte philosophique, à grand coups de tranches de vie et d’explosions de couleurs, mené par de nombreuse tirade sur le sens de la religion. Souvent réduit à sa forme la plus pure, le dialogue ne s’embarrasse pas de prologue pour les naïfs du bon Dieu, et permet de désintégrer le préjugé souvent rabâché du dessin animé pour enfant. De plus, certaines scènes peuvent parfois être très crues ou violentes et donc incompréhensibles pour un enfant.

Quelques bémols cependant, le prêche pour la tolérance toujours omniprésent peut, à mon humble avis, en énerver plus d’un et quelques symboles reviennent en des redondances un peu trop poussives à mon goût.
Malgré ces quelques points légèrement agaçants, le chat du rabbin reste une épopée prenante, haletante et passionnante, toujours ponctuée d’un humour et d’une légèreté appréciable. Enfin un chat met un miroir devant les irrégularités de l’Homme et c’est le spectateur qui lui en est reconnaissant. Fantastiquement cathartique, le chat apporte son faisceau d’exotisme et son lot de réflexion sur le sens et les croyances de cette drôle de bête qu’est l’Homme.

Axel.












Angers Mag