Le cinéma chinois sous la censure financière

Festival Premiers Plans Angers 2012


Rédigé par - Angers, le 25/01/2012 - 21:36 / modifié le 26/01/2012 - 09:56


Deux festivals pour le prix d’un. Cette année le Festival Premiers Plans d’Angers et son homologue pékinois, le « Beijing First Film Festival » permettent de découvrir, en sus des premiers films européens, les premiers films réalisés par les jeunes réalisateurs chinois. Une table ronde, organisée hier après-midi, a permis de prendre connaissance des difficultés rencontrées par les jeunes réalisateurs asiatiques.



Les réalisateurs chinois lors de la table ronde
Les réalisateurs chinois lors de la table ronde
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Il se passe beaucoup de choses en Chine et nous ne sommes pas toujours informés », déclarait en préambule la sinologue Luisa PRUDENTINO, animatrice de la table ronde « Le jeune cinéma Chinois ». Et d’ajouter : « désormais, grâce à WEN WU (cinéaste et organisateur du Beijing First Film Festival) nous avons désormais des informations sur le cinéma chinois ».

Avides d’entrer en relation avec les organisateurs européens, les organisateurs du festival chinois avaient pris contact en 2010 avec le festival d’Angers. Une délégation est même venue au festival 2011 et en fin d’année l’équipe angevine s‘est déplacée à Pékin. Désormais des liens solides sont établis entre la Chine et l’Europe et des films de jeunes réalisateurs chinois sont présentés cette année. Ce sont ces réalisateurs qui sont venus parler cet après-midi de leurs difficultés à tourner des films dans leur pays d’origine.

Et pourtant l’industrie du film se porte plutôt bien en Chine puisque près de 800 films ont été tournés en 2011 pour un budget de 748 millions d’Euros. Ce qui est plutôt conséquent pour un pays assez pauvre en salles. Seul inconvénient, et il est de taille, les scénarios doivent passer devant un comité de censure et seuls les films agréés peuvent bénéficier d’une autorisation de diffusion.

L’autre frein est celui de l’accès aux salles. Avec un ticket d’entrée qui s’élève à 15 € et un salaire moyen à 300 € ce qui équivaudrait à une entrée à 100 € en France. Peu de Chinois peuvent donc s’offrir une séance de cinéma.

« La Chine connaît une forte croissance et les jeunes cinéastes n’en profitent pas », expliquait XU FENG, réalisateur et membre du jury 2012 du Festival Premiers Plans. « Il nous faut sans cesse trouver un compromis entre la création artistique, la censure et le capital ».

L’argent avant la culture, le credo du producteur chinois

Les producteurs chinois, fortement intéressés par le profit, ne financent que les films agréés et susceptibles d’engranger d’importantes recettes. « La production est intéressée par le gain. C’est une nouvelle censure, plus pernicieuse, dont les règles sont dictées par les marchés financiers », ajoute Luisa PRUDENTINO.

« Lorsque j’ai fait mes études de cinéma, ont nous a surtout appris a chercher de l’argent », ajoutait SHANG XIAO, réalisateur. « J’ai perdu un ami aujourd’hui, il est parti chercher de l’argent à Angers ». (rires dans l’assemblée).

Pour WEN WU, même si des progrès ont été constatés, Pékin possède aujourd’hui un seul cinéma d’art et essai, l’argent passe bien avant la culture. « Notre pays à 5000 ans d’histoire, mais au niveau de la culture c’est encore un enfant ».

Aujourd’hui des réalisateurs dits indépendants, essaient de contourner cette censure et le diktat des financiers, mais à leur risque et péril. « Sans acceptation de la censure nous ne pouvant pas tourner en pellicule, car nous ne pouvons pas faire développer. C’est pour cela que le numérique fonctionne bien », ajoutait LU SHEN, un autre producteur chinois, lequel présente cette année « Here There », au festival d’Angers. « Celui qui présente un film à l’étranger sans accord des autorités chinoises risque de ne plus pouvoir tourner pendant six ans ».

Même si la Chine s’ouvre vers l’Europe, la situation des réalisateurs est complexe, chacun s’employant à essayer de contourner la censure, tout en réalisant de véritables petits chefs d’œuvre. Mais devenir auteur en Chine c’est un choix difficile, d’autant que seulement 10% des films sont agréés et distribués en salle. « Mais nous avons bon espoir. Il faut continuer à travailler », poursuivait XU FENG.

Le Beijing First Film Festival, organisé dans les universités chinoises compte bien bouleverser les mentalités et faire prendre conscience auprès des jeunes populations.




Yannick Sourisseau
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1.Posté par Noel GARINO le 26/01/2012 14:38 | Alerter
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Un ticket de cinéma ne coûte pas 15 euros. Son tarif est modulable et la moyenne est d'environ 40 Yuans (4 euros). Il est vrai qu'aller voir un blockbuster dans une grande ville un samedi soir peut coûter 100 Yuans soit environ 10 euros (et deux fois moins cher un autre soir de la semaine). Il est également vrai que cela est cher compte tenu du niveau de salaire mais à lire l'article on a l'impression qu'un ticket coûte systématiquement 15 euros. Par ailleurs tous les jours il y a de plus en ...

2.Posté par Yannick Sourisseau le 26/01/2012 17:32 | Alerter
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Bonjour et merci pour cette information. Il est vrai que les intervenants étaient pékinois et parlaient donc de cette ville. Compte tenu de l'immensité de la Chine, il est certain que les tarifs ne sont pas les même partout.

Quand au nombre de salles 9200, ça peut paraitre beaucoup, mais à l'échelle du pays, bien peu. En France ont comptait 5400 salles en 2009.

3.Posté par Noel GARINO le 26/01/2012 23:55 | Alerter
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Bonjour
En ce qui concerne le nombre d'écrans, cela peut sembler en effet peu à l'échelle du pays mais ce qui est à noter, c'est l'extraordinaire progression. "L'industrie et l'économie" cinématographique chinoise sont très jeunes (autour de 2003) et on part donc de presque rien. Or aucun autre pays pour le moment ne met en service 8,3 écrans par jour. De plus, sur les 9200 écrans actuels, environ 4800 sont équipés en 3D. Je doute que la moitié du parc français soit équipé en 3D. Cela va de p...

4.Posté par Yannick Sourisseau le 27/01/2012 07:28 | Alerter
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Bonjour,
Vu sous cet angle vous avez tout a fait raison et personne ne le démentira, la Chine connait une progression fulgurante, et le cinéma n'y échappe certainement pas. Reste donc a faire en sorte que les chinois aient accès plus facilement au cinéma. Les programmes dont vous parlez vont dans ce sens et c'est très bien. Enfin vu l'immensité du pays, la Chine a tous les atouts pour devenir un grand pays du cinéma et nul ne s'en plaindra, sauf peut-être les américains.















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