Le majordome : un point de vue, deux univers


Rédigé par Option Cinéma Audio-visuel Lycée Renoir - Angers, le Mardi 1 Octobre 2013 à 16:23


Que se trame-t-il là où l’on ne peut normalement « rien voir ni rien entendre » ? Le dernier film de Lee Daniels propose une immersion totale dans le bureau ovale, grâce au regard impartial de Cecil Gaines (Forest Whitaker), majordome pendant trente années consécutives.



Forest Whitaker (Cecil Gaines) et son fils David Oyelowo (Louis Gaines) se font face, main sur le cœur, les yeux dans les yeux.                                     © Metropolitan FilmExport
Forest Whitaker (Cecil Gaines) et son fils David Oyelowo (Louis Gaines) se font face, main sur le cœur, les yeux dans les yeux. © Metropolitan FilmExport
la rédaction vous conseille
Producteur émérite, Lee Daniels s'est fait surtout connaître grâce à Precious, l'histoire d'une jeune fille noire, obèse et analphabète. Pour ce film, il a obtenu six oscars, dont celui du meilleur scénario adapté. Il nous invite à présent à découvrir, comme avec Precious, une histoire vraie, inspirée de la vie d'Eugène Allen. Le majordome est un biopic efficace pour remettre en perspective la vie des noirs au vingtième siècle aux Etats-Unis.

Le majordome, est donc tiré de la vie de Cecil Gaines (joué par Forest Withaker), né dans les champs de coton, et en quête de liberté. C’est dans les années 20, victime de la ségrégation raciale, qu’il décide de prendre son envol pour une vie meilleure. Pris sous l’aile d’un commerçant, il acquiert des compétences dans le service et l’hôtellerie et se retrouve, grâce à sa persévérance, majordome à la maison blanche. A partir de ce moment-là, nous suivons l’évolution de la présidence américaine à travers le regard discret de Cecil. Sous la pression de deux univers, celui où « l'on ne doit rien voir et rien n'entendre » et celui où il faut être maître de sa maison, son cocon familial se délite petit à petit. Il est alors partagé entre les conflits politique et sa vie personnelle.

Lee Daniels, nous amène au cœur de sept mandats présidentiels entre 1952 et 1986. En effet, Eugène Allen, a été majordome durant trente-quatre années consécutives, il a suivi l'histoire des États Unis depuis le bureau ovale. Nous nous immisçons avec lui dans les « coulisses » de la maison blanche et découvrons la vie et les drames des familles présidentielles.

Le majordome, aurait pu être un biopic sans particularités comme le cinéma américain aime à en montrer ces derniers temps, pourtant il ne laisse pas réellement indifférent. En effet, au delà de la ségrégation raciale ou même des violences faites aux afro-américains, le scénario parvient à restituer un point de vue intéressant. Il met ainsi en parallèle deux mondes auxquels appartient le même homme. L'utilisation soignée des couleurs nous fait passer des tons orangés du cadre familial aux tons sombres et très épurés de la maison blanche. Diamétralement opposées, ces couleurs nous transportent dans un univers différent à chaque plan. L'ambiance calfeutrée des maisons des années soixante, les lumières tamisées, les postes de télé, la décoration et surtout le style vestimentaire, nous invitent à découvrir cette époque de plus près. En revanche, à la Maison Blanche, tout est impersonnel, froid et sans vie, on peut constater que les présidents n'y sont que de passage.

Deux univers différents, l'un professionnel, l'autre familial. Le majordome a deux enfants à charge, comment faire pour allier professionnalisme et vie familiale ? Lee Daniels montre bien la difficulté de l'équilibre, en variant les plans et les compositions. Le réalisateur passe des plans serrés pour les scènes de dialogue, ou les moments de solitude du personnage, à des plans plus larges pour montrer le décor et camper les oppositions. Si tout n'est pas d'une finesse à couper le souffle, le travail de mise en scène est vraiment très agréable à observer.

La grande Histoire au détour de la petite histoire, c'est là que réside tout l'intérêt du film. Lee Daniels parvient avec émotion à articuler la difficile et longue lutte collective des noirs avec le destin personnel d'un homme pris dans le tourment de cette lutte. Nous revisitons l'Histoire américaine grâce à des images d'archives, comme lors des manifestations du Klu Klux Klan, qui s'en prennent aux bus des noirs. Comme dans La couleur des sentiments de Tate Taylor : la ségrégation, l'abus de pouvoir des blancs sur les noirs, sont rappelés au souvenir du peuple américain. Voici pourtant le même sujet sous un autre angle. Le film de Lee Daniels offre, en effet, une vision plus solennelle et sérieuse de la lutte des noirs, et parvient à mêler le général et le particulier avec habilité.

Le majordome, est un film remarquable par son souci de restitution minutieuse des ambiances historiques ainsi que par sa manière de raconter trente d'une vie et d'Histoire en seulement deux heures. Lee Daniels a parfaitement retranscrit les rouages des bouleversements américains, ou comment un peuple réussit à se fédérer et dépasser ses penchants les plus sombres. Un film élégant et plein de bon sens, une leçon d'histoire vivante et incarnée : à voir.


Léa









1.Posté par Leblond G le 01/10/2013 20:34 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Ce film est à couper le souffle du début a la fin nous pouvons remarquer le très très grand travail de ce grand Lee Daniels un énorme respect à lui et ses acteurs qui ont aussi tellement de charisme ... Forest Whitaker nous avait pourtant habituer maintes fois à jouer des roles méchants et là quelle finesse ...
UN des meilleurs film de l'année 2013 pour mon avis .

2.Posté par lecritiquedepub le 02/10/2013 10:33 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
“Au service de sept présidents, il a traversé trente ans d’histoire”.
Voici le slogan policé placardé sur l’affiche de sortie du film “Le Majordome”, en tout cas en France.
Car, une fois n’est pas coutume, les affiches de teasing américaines sont bien plus engagées (et aussi plus réussies selon moi).
Pour lire la critique de l'affiche du Majordome, c'est par ici http://www.lecritiquedepub.com/majordome/








Angers Mag