"Le projet de mosquée mérite un débat public"


Rédigé par Yves BOITEAU et Marie-Dominique GUIHARD - Angers, le 03/01/2013 - 07:30 / modifié le 05/01/2013 - 00:35


Attendu par des centaines de musulmans, le projet de création de la mosquée d'Angers tarde à se concrétiser. Directrice de l'Association pour la promotion et l'intégration de la région d'Angers (APTIRA) et conseillère municipale, Rachida Ouattara est convaincue qu'il mérite un débat public. S'exprimant à titre personnel, elle nous a accordé un long entretien pour nous expliquer pourquoi.



"Le projet de mosquée mérite un débat public"
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Angers-Mag : Pourquoi plaidez-vous pour un débat public sur le projet d’une mosquée à Angers ?

Rachida Ouattara : "Parce qu'à Angers comme ailleurs, ce n’est pas qu’une affaire de musulmans, voire de musulmans pratiquants. Parce qu’il s’agit de la 2ème religion de France. Parce que tant que les demandes de mosquée ne sont pas satisfaites, on ne pourra pas s’attaquer au problème autrement plus grave qui est celui des replis identitaires et des intégrismes qui s’expriment chez les musulmans, les catholiques, les juifs et d’autres. Aussi, parce que beaucoup de citoyens se sentent concernés, et pensent que le droit de prier dans un lieu conçu à cet effet doit être identique pour tous."

Angers-Mag : "Conçu à cet effet", dites-vous bien. La question matérielle est l'un des éléments qui justifie le besoin de débat public ?

Rachida Ouattara : "Pour répondre aux besoins exprimés et dans l’attente (ou non) de trouver un lieu plus adéquat et un financement approprié, des locaux ont été aménagés, dans beaucoup de villes. En ce qui concerne Angers, il s’agit d’anciens abattoirs. Tous ces lieux sont vécus symboliquement comme violents. Il faut y être attentif. Car si la génération des anciens pouvait s’en accommoder, leurs enfants, nés ou ayant grandi en France - (trentenaires et quadragénaires, déjà ! - ne l’acceptent pas, et ce à deux titres : en tant que citoyens français et donc électeurs d’une part, en tant que croyants ou non (il en existe) pratiquants ou pas, d’autre part. Aussi les réunions autour des constructions de mosquée doivent être publiques et le plus larges possible et d’abord avec les riverains du lieu choisi…"

Angers-Mag : "Quels avantages voyez-vous à un débat public sur le sujet ?"

Rachida Ouattara : "Les collectivités concernées tout comme les pratiquants y gagneraient. Les premières en y rappelant le caractère laïque de notre Constitution et de nos institutions, démontreront si besoin est, qu’il y a effectivement égalité de traitement. Les seconds, rassurés quant à leur droit à l’exercice de leur culte dans des lieux conformes et valorisants, accepteraient de travailler sereinement, concrètement et efficacement à la solution des problèmes posés : l’architecture de la mosquée qui doit s’insérer harmonieusement dans son environnement; les espaces clairement dédiés au cultuel ou au culturel; l’ancrage nécessaire en France et donc l’indépendance des mosquées vis-à-vis de pays tiers (Algérie, Arabie Saoudite, Maroc, Turquie,…); la formation des imams; le mode de financement qui se doit d’être transparent..."

Angers-Mag : "Mais des réunions publiques, ce n'est pas sans risque ?"

Rachida Ouattara : "Elles ne sont évidemment pas la panacée, mais elles auront le mérite de la transparence, contribueront à la connaissance et au respect des instances élues. Car on voit bien que les négociations sur le mode de la discrétion, entamées depuis des années par beaucoup de villes, ont porté peu ou pas de fruits. En revanche, les postures radicales se sont développées, rendant plus complexes les solutions."

"Le recours aux experts est nécessaire"

Angers-Mag : Comment expliquer vous les difficultés de dialogue entre notre société française et ses musulmans ?

Rachida Ouattara : "Ces difficultés sont de plusieurs ordres. Entre autres, l'islam souffre depuis les années 80, d’une mauvaise image sur le plan international : crise et repli identitaire, développement du fondamentalisme... De manière générale, les français n’ont pas été préparés pour accueillir de façon durable, cette immigration en provenance des anciennes colonies, sur leur territoire, et donc l’islam. Ce qui explique qu’aujourd’hui encore, tout en invoquant ‘’l’intégration’’, l’Etat continue de faire venir des enseignants du Maghreb et de Turquie, pour enseigner la langue et la culture d’origine (arabes ou turques), à des enfants (3ème génération) pour la plupart français ! Beaucoup de parents soucieux de transmettre leur langue à leurs enfants auraient préféré que ces cours soient assurés de la même manière et dans les mêmes conditions que l’anglais, l'espagnol... A Angers, ces cours sont dispensés dans les écoles P. Valery, Voltaire..."

Angers-Mag : Un problème de méconnaissance donc ?

Rachida Ouattara : "Beaucoup d’élus, alors même qu’un certain nombre de leurs administrés se revendiquent comme musulmans, méconnaissent les rudiments de cette religion. Or, pour dialoguer et décider, il y a besoin de s’appuyer sur des islamologues, des experts qui ont fait leur preuve. Le recours au ‘’musulman(e) de base’’ est important pour établir un bon contact, si besoin, mais il ne suffit pas : être musulman, ne confère pas en soi une expertise sur l’islam, cela permet tout au plus, le témoignage quant à une pratique personnelle. La situation de Mayotte, 100ème département de France, à très grande majorité musulmane, permettra-t-elle, sans crainte d’entorses à la laïcité, d’entrouvrir de nouvelles pistes de solutions ?"

Angers-Mag : "La communauté musulmane n'a t-elle pas elle-aussi a balayé devant sa porte ?"

Rachida Ouattara : "Les musulmans sont originaires de plusieurs pays ou régions : Maghreb, Afrique de l’Ouest, Turquie. Et depuis quelques années, Kosovo, Tchétchénie, Soudan, Somalie... S’organiser pour désigner des interlocuteurs représentatifs est compliqué, complexe et difficile."

Angers-Mag : "Pourquoi ?"

Rachida Ouattara : "Les logiques d’appartenance aux pays d’origine dominent dans la vieille génération, arrivée en France dans les années 60-70, peu alphabétisée, et peu encline à passer véritablement le relais aux plus jeunes (dont les femmes), qui connaissent mieux la société française, ses lois, le fonctionnement de ses institutions, l’organisation et la gestion d’associations. Ces derniers sont pourtant autant, sinon mieux en capacité de dialoguer avec les collectivités."












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