"Le radicalisme ne touche pas que les jeunes en difficulté"

LA TRIBUNE DU LUNDI - #TRIBUNE DU LUNDI


Rédigé par Rachida OUATTARA, directrice de l'Aptira - Angers, le 18/04/2016 - 07:00 / modifié le 17/04/2016 - 22:48


L'Aptira - en partenariat avec la Ville d'Angers et l'Université d'Angers - organise ce soir une conférence consacrée aux "phénomènes de radicalisation et dérives sectaires", en présence de la juriste Lylia Bouzar, fille de l'anthropologue Dounia Bouzar, toutes deux très engagées sur ces thématiques. A cette occasion, Rachida Ouattara, directrice de l'Aptira, signe [La Tribune du Lundi].



"Nous voulons comprendre pour agir avec tous, notamment les parents", Rachida Ouattara.
"Nous voulons comprendre pour agir avec tous, notamment les parents", Rachida Ouattara.
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Nous voulions organiser cette conférence depuis au moins deux ans. D’abord parce qu’ici et là, la question de la laïcité était évoquée avec nos partenaires professionnels et associatifs et avec notre public. L’Aptira travaille avec un public primo-arrivant ayant besoin d’apprendre le français et avec lequel nous abordons les valeurs du pays France : égalité, liberté, fraternité et laïcité. Nous lui expliquons pourquoi la laïcité est une valeur importante pour la société française. Il y en a pour qui cela paraît évident et d’autres qui ont besoin davantage de pédagogie. Nous expliquons alors pourquoi un pays comme la France en est arrivé à cette conception de la société, et en a fait son ciment.

Et puis, nous sommes concernés comme tout le monde par la question de la pratique religieuse : jusqu’où va-t-elle ? Dans l’espace public ou non ? …. Nous nous interrogeons aussi sur les phénomènes de radicalisation. Même si l’Aptira n’y a pas été confrontée sur Angers, nos partenaires nous font part de postures qui les questionnent. Ils disent que parfois, au lycée ou au collège, il y a des sujets difficiles à aborder. Alors nous nous sommes demandé comment réfléchir sur cette question. Faire appel à Dounia Bouzar (anthropologue, à l’initiative du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'Islam, mère de la juriste Lylia Bouzar. Toutes les deux œuvrent pour le cabinet Bouzar expertises et ont écrit plusieurs ouvrages sur le sujet, NDLR) nous paraissait évident parce que ça fait plus de 15 ans qu’elle travaille sur le sujet. Certaines de ses publications sont épuisées.
 
Il faut savoir que le public avec lequel nous travaillons, pour une part issu de l’aire géographique, culturelle et confessionnelle musulmane, était horrifié par les attentats. Même si tous ne sont pas sortis dans la rue pour le dire, ils ont eux aussi peur que leurs enfants soient pris dans la nasse des jeunes qui vont vers le jihad. Ce public a besoin d’être reconnu pour ce qu’il est. Aussi pour nous, cette soirée conférence est synonyme d’aide à l’intégration : faire en sorte que les personnes étrangères s’intègrent en France et que la société française les comprenne.

Par ailleurs, le radicalisme ne touche pas que les jeunes d’origine étrangère, qui sont en difficulté. Il touche aujourd’hui tout le monde. Dounia Bouzar estime que 50 % des jeunes partis faire le Jihad sont issus de la classe moyenne. Il y a des autochtones et des Français issus de l’immigration. C'est-à-dire la 3e génération, qui a grandi ici, qui ne connaît – pour la plupart – que la langue française.  Qu’est-ce qui est donc en train de se jouer ? Nous voulons comprendre pour agir avec tous, notamment les parents.
 
Le « contrat social » c'est autant de droits que de devoirs qui nous obligent les uns et les autres à construire ensemble.

Comment la France peut-elle se départir de ses amalgames ? Il y a plusieurs choses. Il y a le besoin de connaissance de l’autre, de sa culture, de sa confession… : suscitons la curiosité intellectuelle de tous ! Il y a la question des mosquées : comment la société française peut y répondre ? Mais aussi comment s’organisent les musulmans dans l’espace français pour que ce culte puisse avoir lieu dans les meilleures conditions et dans la transparence ?

Il y a la question de nos rapports avec les pays musulmans de manière générale, et avec le Maghreb en particulier : importation d’enseignants d’arabe et de turc et importation d’imams non francophones, à l’usage de citoyens pour la plupart français !
Il y a les rapports nord-sud dans un monde en mutation : comment considérer l’autre, au 21e siècle ?

Il y a l’histoire : quelle histoire pouvons-nous partager tous ensemble, qui ne soit pas celle des ‘’Gaulois’’ d’un côté et celle des ex-colonisés de l’autre ? Pour cela, nous avons besoin de pare-brise plus grands que les rétroviseurs. Or aujourd’hui, beaucoup de décideurs - du fait de leur âge, mais pas seulement - regardent dans le rétroviseur. Certains n’ont pas soldé la question coloniale et/ou de discrimination. Comme d’autres peinent à sortir de la victimisation…

Pourtant, tous se doivent de travailler ensemble car il nous faut construire une histoire commune. Et c’est une très grosse urgence. Le monde des médias doit également prendre le temps d’analyser davantage; de revenir sur un événement qui s’est passé il y a un mois, il y a un an; de nous éclairer pour nous rendre plus intelligents. Tout le monde a sa place et sa part de travail à faire.
 
Nous souhaitons que la conférence de ce soir ne soit pas simplement une « occasion, un coup ». L’Aptira souhaite démarrer un temps qui participe à une vraie réflexion sur le terrain. Il en va du contrat social. Je ne parle pas du « vivre ensemble » mais du « contrat social ». Car évoquer le « vivre ensemble » c’est privilégier l’émotion et le bon vouloir de chacun. Or on ne peut pas évoquer la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité en se contentant de parler du « vivre ensemble ». Cette expression a une connotation davantage religieuse que politique, au sens noble du terme. Or quand je parle de « contrat social » je parle autant de droits que de devoirs qui nous obligent les uns et les autres à construire ensemble. C’est une expression que l’on utilise peu et cela donne déjà une idée sur le pourquoi du dysfonctionnement actuel.

Les phénomènes de radicalisation et les dérives sectaires, des repères pour comprendre, des repères pour agir; en présence de Lylia Bouzar. Le lundi 18 avril à 20 heures. Amphi Ardoise, Faculté de Droit, 13, allée François Mitterrand.












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