Les Adieux à la Reine : God Save the Queen !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Jeudi 29 Mars 2012 à 07:19


En 1789, Versailles vit dans l’insouciance et la désinvolture, loin du tumulte qui gronde à Paris. Quand la nouvelle de la prise de la Bastille arrive à la Cour, le château se vide de ses occupants. Mais Sidonie Laborde, la lectrice de la Reine, ne veut pas croire ces rumeurs, pensant qu’en étant sous la protection de Marie-Antoinette, rien ne peut lui arriver. Elle ne sait pas encore que ce sont les trois derniers jours qu’elle passe à ses côtés…



La comtesse Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen)
La comtesse Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen)
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Pour cette nouvelle interprétation de la vie de Marie-Antoinette, Benoit Jacquot s’est tourné vers l’entourage de la reine, et adapte le roman de Chantal Thomas.
Le film nous emmène donc sur les traces de Sidonie Laborde (Léa Seydoux), jeune lectrice royale dévouée corps et âme à Marie-Antoinette (Diane Kruger). Dans le même temps, la reine s’amourache de la comtesse Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen). Mais au delà de ces intrigues de Cour, Sidonie est confrontée à la marche de l’Histoire. Englué dans le faste et l’insouciance de la Cour, nul à Versailles ne se doute de ce qui est en train de se mettre en marche à Paris : la prise de la Bastille. La Révolution est la toile de fond de ce triangle amoureux passionnel et tragique.

Après « La princesse de Montpensier » et « l’Apollonide », les films en costumes ont le vent en poupe ces derniers temps puisque Benoit Jacquot nous propose cette fois une vision résolument moderne de la déchéance de la monarchie française. Et pour nous emporter dans son récit, il nous livre ici une mise en scène sublime, ne lésinant pas sur les effets de styles. Passant de plans très serrés à des plans larges, de scènes intimistes nous montrant le désespoir de Marie-Antoinette à d’autres de grande envergure dans un château de Versailles en proie à la panique, Jacquot nous montre l’étendue de son talent de conteur et met en valeur aussi bien les magnifiques décors que les costumes d’époque. Il nous offre même quelques plans d’une grandes beauté, bénéficiant de lumières entièrement naturelles qui donnent un aspect très « Barry Lyndon » au film, à l‘image de ce long plan-séquence éclairé à la lumière des bougies dans un couloir avec une tension palpable. De même, son utilisation judicieuse des zooms permet de se recentrer habilement sur l’intrigue.

Mais ce sont avant tout les personnages qui intéressent le réalisateur et pas l’ambiance insouciante et festive de Versailles comme a pu nous le montrer Sofia Coppola dans son film "Marie-Antoinette". Benoît Jacquot capte un univers qui se vide littéralement en même temps que la Cour est désertée. Il s’attache au personnage de Sidonie et ainsi nous plonge avec elle dans ce monde touchant à sa fin.

Enfin, comment aborder ce film sans parler de l’interprétation des acteurs ? Léa Seydoux, étincelante, s’impose naturellement dans ce rôle de servante dévouée dont l’affection pour sa reine confine à l’idolâtrie et porte à bout de bras le film. Diane Kruger incarne ici son plus beau rôle au cinéma, apportant toute sa grâce et sa subtilité au personnage de Marie-Antoinette. Quant à Virginie Ledoyen, elle donne de l’ambigüité au personnage de Gabrielle de Polignac.

Cette chronique crépusculaire et pessimiste traitant de l'effondrement de la monarchie recèle un suspense des plus étonnants compte tenu du fait qu’on en connait déjà le dénouement. On observe fasciné la Cour faire face à l’inévitable soulèvement du peuple et la reine, prise d’un ultime espoir, sauver sa délicieuse passion.

"Les adieux à la reine" est un portrait tout en finesse d’une époque mouvementée ainsi qu’un récit amoureux passionné, intimiste et tragique. La preuve, s’il en est, que le cinéma en costume a encore de longues années devant lui.

Alexandre.












Angers Mag