"Les Amazoniques" : Boris Dokmak en récidive, aux frontières de l'humanité


Rédigé par - Angers, le Jeudi 28 Mai 2015 à 07:50


Professeur agrégé de philosophie dans un lycée angevin, Boris Dokmak trace un sillon singulier dans le monde du thriller français. Deux ans après le brillant Ovni "La femme qui valait trois milliards", il revient avec "Les Amazoniques", un polar ethnique dense et oppressant. Il sera ce jeudi soir à la librairie Richer, à partir de 18 h. Rencontre.



Boris Dokmak signe avec "Les Amazoniques" un deuxième thriller qui vient confirmer la singularité de son travail.
Boris Dokmak signe avec "Les Amazoniques" un deuxième thriller qui vient confirmer la singularité de son travail.
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La chronique
 
Son premier roman, « La femme qui valait trois milliards », avait marqué les esprits. Boris Dokmak, Angevin d’adoption, revient ce printemps avec « Les Amazoniques ». Cette fois-ci, on quitte les ors de la jet-set pour se plonger –au sens littéral du terme- dans les profondeurs de la forêt amazonienne. Toujours aussi iconoclaste, Dokmak évoque, dans un style direct non dénué d’humour, la mission impossible de Saint-Mars, un flic au passé trouble muté de Paris à la Guyane française pour avoir cogné la mauvaise personne.
Son rôle : enquêter aux frontières du monde civilisé (l’est-il seulement ?) sur un ethnologue un brin perché, accusé du meurtre d’un de ses collègues. Inspiré d’une histoire vraie, « Les Amazoniques », se situe quelque part entre le travail de Lévi-Strauss et la moiteur d’Apocalypse Now. Où la violence brute n’est pas forcément celle que l’on croit…
« Les Amazoniques », se situe quelque part entre le travail de Lévi-Strauss et la moiteur d’Apocalypse Now. Où la violence brute n’est pas forcément celle que l’on croit…

L'auteur

Né en 1967 à Kiev, Boris Dokmak est passionné de littérature noire et de jazz West Coast. Agrégé de philosophie, il est marié, père de quatre enfants et vit actuellement en Anjou. Il se consacre à l’écriture depuis 2009. Voilà pour la présentation officielle, telle qu'elle figure sur le site de sa maison d'éditions, Ring. Assez peu disert sur son parcours à l'heure de défendre son premier thriller, "La Femme qui valait trois milliards", Boris Dokmak a pourtant fini par se dévoiler, devant le succès remporté par cette nécrographie singulière de... Paris Hilton (retrouver la chronique  que nous lui avions consacré en 2013).

Boris Dokmak enseigne la philosophie au lycée Joachim du Bellay d'Angers. Se considère-t-il désormais plus comme un écrivain ou un enseignant ? Les deux, mon colonel ! "Il est hors de question d'arrêter d'enseigner et de s'enfermer : j'ai besoin de voir des élèves, d'avoir avec eux des échanges qui peuvent être intéressants", avance l'agrégé de philosophie. Dans le même temps, "je sais que l'écriture fait partie de ma vie depuis  l'aventure de "La femme qui valait trois milliards".

Une aventure assez singulière, elle aussi, puisqu'elle a fait entrer Boris dans le monde du polar par la grande porte. "On peut dire que je suis entré dans le monde littéraire par la porte de saloon", s'amuse-t-il. "Mais c'était volontaire. Paris Hilton, comme héroïne d'un premier roman, c'est clivant. Mais au moins, ça interpelle." Et pas seulement le petit microcosme du thriller à la française... Boris vient de signer trois synopsis et scénario pour l'adaptation sur grand écran du livre. "C'est la première fois que je mets les pieds dans le monde du cinéma", avance-t-il, sans assurance aucune que le projet voit le jour.

Reste que le bonhomme -grand amateur de littérature décadente, comme son épouse, elle aussi agrégée en la matière (elle a commis il y a quelques années un "Petit musée des horreurs", remarqué chez Robert Laffont)- n'entend pas se limiter à l'univers du "noir" en littérature. "Je pense que je mettrai un pied ailleurs", détaille Boris. "Le thriller, c'est très codifié, assez fermé, même si ça me plaît de jouer avec les limites."

Le polar ethnique

"Les Amazoniques" explore un genre en vogue dans le petit monde du polar hexagonal : le polar ethnique. Deux exemples, parmi les meilleurs : le travail de Caryl Férey -et son impeccable trilogie "Haka", "Utu", "Zulu"- ou le plus récent "Yeruldelgger" de Ian Manook. "A mon sens, la plupart sont de bons bouquins, mais timides dans la mesure où on ne se sert du côté ethnique que pour élargir le genre. Quitte à faire ethnique, autant le faire à fond", avance Boris Dokmak.
Et de ce point de vue, "Les Amazoniques" se pose là, Dokmak mêlant avec réussite son goût pour l'œuvre de Conrad -il y a du colonel Kurtz dans le personnage du professeur Loiseau-, des éléments issus de la vie de l'explorateur Raymond Maufrais -mystérieusement disparu en Amazonie en 1950- et ses lectures des classiques de l'ethnologie : Lévi-Strauss bien sûr, mais également "Pierre Clastres et surtout Philippe Descola, l'un des plus précis et des plus analytiques". Le résultat, c'est La Marquise -le surnom du lieutenant Saint-Mars- lancé à la recherche "d'un simple bonhomme", aux frontières de l'humanité, "mais sur le territoire de la République (en Guyane)", insiste Boris Dokmak.
"La deuxième baffe", selon l'auteur (et le journaliste qui écrit ces lignes), "c'est la découverte du projet Sunshine", sans doute l'un des plus grand scandales humanitaires de l'histoire contemporaine. "J'ai construit le bouquin comme le flic progresse", explique l'écrivain-philosophe. "Les suspicions de scandale, je les ai découvertes en cours d'écriture, en lisant Napoleon Chagnon, une figure romantique à la rigueur scientifique proche de zéro, et sans doute le plus grand salopard que la terre ait porté" (lire l'article  de Sciences Humaines à ce sujet).
 
« Les Amazoniques », Boris Dokmak, éd. Ring, 19,95 €. Rencontre et dédicace ce jeudi à la librairie Richer, à partir de 18 h.





Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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