Les Poilus soignent leurs "mots" au Musée Joachim du Bellay


Rédigé par Pierre-Antoine LEFORT - Angers, le Mardi 28 Avril 2015 à 07:15


L’association « Les Lyriades de la langue française », en partenariat avec le musée Joachim du Bellay de Liré organise une conférence sur « les mots de poilus » jeudi 30 avril. Elle sera animée par Jean-Pierre Colignon, longtemps chef du service correction du Monde, aujourd’hui chroniqueur, critique et conseiller linguistique du journal. Interview.



Jean-Pierre Colignon - Photo Editions Albin-Michel
Jean-Pierre Colignon - Photo Editions Albin-Michel
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Le langage des Poilus a t’il des caractéristiques propres ?
"Bien sûr ! Les mots sont intimement liés à leur époque, et ceux des poilus étaient le plus souvent issus de l’armée d’Afrique ou de la Coloniale (unités françaises qui stationnaient dans les colonies), et de l’argot de 1900-1915, qui n’est plus du tout celui d’aujourd’hui, que ce soit à Barbès ou ailleurs (rires). Ce langage, on va d’ailleurs le retrouver dans les chansons des Poilus. La société civile s’est enrichie ensuite de ces mots venus d’Afrique noire et d’Indonésie, du moins pendant un certain temps."
 
Les poilus ont-ils ressenti le besoin de créer de nouveaux mots ?
"Ils avaient quelques mots à eux, notamment dans le domaine militaire. Ils sont assez peu nombreux, on peut citer  le très connu « gueules cassées » ou « saucisses » qui désignaient les Zeppelins. Mais les poilus, ce sont à la fois des gens des provinces, des campagnes (mis en première ligne d’ailleurs), qui avaient assez peu de vocabulaire et dont les mots et les expressions ne se rependront pas, et les gens du milieu parisien avec leurs expressions argotiques, qui elles se diffuseront. A ces mots, il faut ajouter le vocabulaire militaire, qui décrit toutes les « perfections », qui sont en fait des engins de mort. Saviez-vous qu’à  l’époque, une « lucarne » c’était le trou d’une balle dans le casque ?"
 
"Les mots que l’on retrouve aujourd'hui sont ceux qui ont été adaptés à la vie civile"

Pourquoi c’est important d’en parler aujourd’hui ?
"C’est très important car notre vocabulaire se perd un peu, remplacé par du « globish », de l’anglo-américain.  Pourtant ces mots ont une saveur, il ne faut pas perdre de vue que ces mots ont du sens, et sont souvent liés à des anecdotes. C’est toujours dommageable de perdre une partie de son identité, de son histoire. Le mot « pinard » est un bon exemple : il est resté dans le langage courant, pourtant on oublie souvent qu’à la fin de la guerre, beaucoup de poilus étaient alcooliques ! En 1917-1918, on pouvait leur donner jusqu’à 1 litre de vin par jour !"

Le français a t’il gardé d’autres traces de ces évolutions de langage ?
"On va retrouver beaucoup de mots : cagnard, gourbis (petit appartement, pas forcement bien rangé), mais aussi des mots liés à la cuisine, comme cuistot ou cuistance. Autre mot beaucoup utilisé, les bastos qui signifiaient les balles et les cigarettes, dont les formes se rapprochaient. Des mots comme « bled » sont restés car popularisés par les troupes d’Afrique, comme les boites de « singe », dont la légende voudrait que le singe fut une entreprise de fabrique d’ouvre-boites, pour les conserves. On peut résumer en disant que les mots qui sont restés sont ceux les plus courts. Les aphérèses et les apocopes ont aussi modifié les mots qui sont dans le langage courant aujourd’hui.
Les mots que l’on retrouve sont ceux qui ont été adaptés à la vie civile, alors que ceux qui ont disparu sont au contraire tous ceux qui appartenaient au champ militaire, notamment aux obus, qui avaient tous leur surnom (« grosse bertha », « marmites », « fourneaux »)."
 
Si vous aviez une expression, un coup de cœur à retenir, ce serait lequel ?
"Je pense que ce serait « bouthéon », qui s’est ensuite parfois transformé en « bouteillon ». Bouthéon, c’était le nom d’un intendant de l’armée, inventeur d’une marmite à fond aplati utilisée par les cuistots. Quand les poilus avaient droit à un peu de détente, ils « cassaient la croute », et discutaient, colportant ainsi des rumeurs comme « la guerre est finie, on rentre chez nous ».  L’expression est restée et aujourd’hui, « bouthéon » est synonyme de rumeur, d’histoire à dormir debout, de racontar. Ce mot je l’ai d’ailleurs beaucoup entendu dans les années 80-90, dans le milieu de la presse. "

"Les mots des poilus" par Jean-Pierre Colignon, jeudi 30 avril 2015 à 18h au Musée Joachim Du Bellay à Liré (entrée libre et gratuite)
Jean-Pierre Colignon, Petit Abécédaire de la Grande Guerre : ces mots qui racontent l'Histoire, éditions le Courrier du Livre, 2014.












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