Les adoptés : pour le meilleur comme pour le pire.


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 9 Décembre 2011 à 11:23


« Les adoptés », c’est l’histoire d’une famille de 3 femmes, s’aimant d’un amour fusionnel, qu’un tragique accident va séparer et pousser à se reconstruire avec ceux qui restent : s’adopter pour mieux surmonter.



Denis Ménochet (Alex), Mélanie Laurent (Lisa),  Marie Denarnaud (Marine)
Denis Ménochet (Alex), Mélanie Laurent (Lisa), Marie Denarnaud (Marine)
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Le film commence par un long plan séquence dans les coulisses d’un concert, plan séquence qui ne saurait renier une influence de Wong Kar Wai. Il nous fait pénétrer dans un univers où le rouge est prédominant, couleur renvoyant à la passion, car la musique est le loisir favori de Lisa. Puis 3 femmes côte à côte apparaissent, complices. Enfin la caméra s’éloigne avec Lisa qui s’avance seule devant le public.

Cette scène résume l’histoire du film, l’histoire de ces 3 femmes soudées par un amour passionnel, qui vont brutalement être séparés par une réalité funeste.

Le film commence comme une comédie romantique : un amour qui naît entre deux individus, en l’occurrence Marine et Alex. Cependant l’intrusion de cet homme va bouleverser l’équilibre entre ces trois femmes et plus spécialement Lisa. Les personnages vont se révéler au grand jour : leurs sentiments, leurs personnalités sont dévoilés au spectateur. C’est ainsi que vont se succéder de nombreux gros plans, technique parfaite pour révéler les sentiments de personnages,et que nous apparait par exemple une Marine rayonnante ou encore des regards complices, des parfums d’enfance, des fous rires… Nous entrons dans leur vie, dans leur intimité, nous nous attachons à eux (notamment au petit Léo).

L’atmosphère réconfortante est soulignée par des lumières chaudes et les dialogues nous font rire. Les personnages restent pratiquement toujours à l’intérieur, ils évoluent dans un cocon, en dehors de toute préoccupation extérieure. Face à cette « bulle féminine », Alex tente de se faire adopter, accepter dans cette famille où les hommes sont absents et peuvent même être objet de méfiance.

Puis très brutalement le film, suite un accident, change de genre : la comédie se transforme en drame sans tomber dans le pathos. Les plans s’élargissent, laissant des personnages seuls, désemparés perdus dans le cadre. Quand par exemple l’enfant apprend la nouvelle du coma, il est dans sa chambre, dans un coin, et les imprimés de la tapisserie nous sont anxiogènes, angoissants. Les arrière-plans deviennent plus flous, comme si le reste n’existait plus. Les personnages se renferment sur eux, personne d’autre qu’eux ne peut comprendre leur désespoir. Cette nouvelle famille construite autour d’un être cher en sursis : Marine devient un support, une source de repli sur soi. Cette solitude, mise en valeur aussi par des ralentis, et cette absence, deviennent pour eux insupportables. La mélancolie s’installe notamment dans la musique.

Chacun espère et réagit différemment : la mère (d’une blondeur hitchcockienne) boit encore plus, Lisa se remet en question et se remet à la musique grâce aux chansons de sa sœur et Alex devient violent, ne supportant pas de ne plus entendre sa voix, de ne plus lui parler. Le tragique est présent et même amplifié lorsqu’Alex s’emporte à cause de l’optimisme de Lisa, les paroles et la gifle résonnent, font écho. Les dernières minutes du film, grâce au montage alterné montrant tour à tour Marine et Lisa enfants main dans la main puis Marine transportée au bloc, sont prenantes. Ces deux fillettes partageant secrets, rires, et qui, devenues femmes, sont séparées, nous émeuvent.

Malgré tout, Mélanie LAURENT nous transmet un message plutôt optimiste, car ces souvenirs, ces albums photos, ces riens restent et font que les personnages arrivent à se reconstruire et vivre avec ceux qui restent.

« Les adoptés » se révèle être un joli film intimiste qui nous fait aussi bien rire qu’il nous émeut avec une bonne mise en scène, une esthétique des plans et une performance des acteurs lumineuse !

Juliette.












Angers Mag