Les agriculteurs angevins contrôlent les prix d'Auchan


Rédigé par Yannick SOURISSEAU - Le Vendredi 1 Mars 2013 à 15:23


Toujours très remontés, les producteurs de lait et viande dont les difficultés s’accroissent au fil des ans, ont contrôlé les prix de la grande surface Auchan récemment ouverte à Avrillé, au nord d’Angers. Même s’il s’agit d’une opération d’envergure nationale, c’est l’affichage proposant des produits alimentaires discount qui a retenu leur attention.



Les représentants des syndicats et principales filières devant l'affiche Auchan
Les représentants des syndicats et principales filières devant l'affiche Auchan
Alors qu'au Salon de l’Agriculture à Paris, représentants des syndicats agricoles, des pouvoirs publics et des distributeurs discutent autour de l'augmentation des prix à la production, les agriculteurs de l’Ouest, particulièrement excédés, ont choisi d'occuper le terrain pour contrôler les prix des principales enseignes de la grande distribution. Près d'Angers, c'est le tout nouveau magasin Auchan de la Croix Cadeau à Avrillé - il a remplacé l'enseigne Intermarché - qui a été visé ce vendredi matin.

« Nous sommes venus avec les données "sortie d’élevage" et nous allons les comparer avec les prix du magasin », déclaraient ce matin Emmanuel Lachaize, secrétaire général de Maine et Loire de la FDSEA et Frédéric Vincent, représentant des Jeunes Agriculteurs. « Ce qui nous a interpellé c’est la grande affiche posée sur la façade du magasin qui propose des produits alimentaires et notamment du lait et de la viande, à moins de 1€. Nous voulons donc vérifier la provenance des produits ». Des représentants des différentes filières, bovines, ovines, porcs, volailles, lapins, veaux de boucherie, lait de vache et de chèvre accompagnaient les deux intervenants.

« Tous les producteurs crient leur désarroi devant l’augmentation des coûts de productions, notamment de l’alimentation animale », déclaraient les producteurs plutôt calmes. « Nous demandons à ce que les prix à la production soient augmentés, de quelques centimes, pour que nous puissions nous en sortir. Mais nous savons qu’actuellement ce sont plutôt des baisses qui sont envisagées ». La situation n’est donc plus tenable pour les producteurs qui entendent bien le faire savoir auprès des distributeurs locaux afin qu’ils fassent remonter l’information.

« Pour nous il y a trois responsables : les transformateurs, les pouvoirs publics et les distributeurs. Et nous savons que ce sont ces derniers qui ont la plus grosse marge de manœuvre. Nous souhaitons faire pression sur les instances nationales et les obliger à renégocier leurs prix », poursuivaient les représentants des producteurs, avant de rencontrer le Directeur du magasin avrillais, Philippe Ménard. Ce dernier a reçu une délégation pendant qu’un petit groupe se dirigeait vers les rayons concernés.

« L’alimentaire a un prix »

Controle de la provenance et des prix, sous l'oeil du boucher maison
Controle de la provenance et des prix, sous l'oeil du boucher maison
Premiers constats : l’affichage n’est pas toujours conforme et certains produits proviennent du Royaume Uni, voire de Nouvelle Zélande, avec des prix inférieurs à ceux de la production française, notamment pour l’agneau. « Je préfère ces moutons, moins gras et plus faciles à débiter » déclarait le boucher du magasin.

« Nos produits seraient-ils moins bons que ceux des autres pays », répondaient les producteurs angevins mécontents. « Avec ces produits étrangers le magasin fait plus de marge ».

« Le magasin dont l’enseigne a été changée récemment est en plein calage et ne peux donc pas prendre de décision quant à son approvisionnement et à ses tarifs. Je peux le comprendre », déclarait Frédéric Vincent en sortant de la réunion avec la direction de l’enseigne. « Est ce volontaire pour reporter la discussion ? Nous leur accordons le bénéfice du doute sachant qu’ils ont pris note de nos revendications et se sont engagés à les faire remonter auprès d’Eurochan, leur centrale d’achat ».

« Nous avons insisté sur le fait que l’alimentaire a un prix et que l’affiche placée devant le magasin apparaît comme une provocation en faisant croire que nos produits ne coutent pas grand chose ».

Les éleveurs qui vont se concerter à l’échelon régional promettent de revenir plus nombreux et certainement plus remontés s’ils n’obtiennent pas satisfaction. Ces derniers mettent aussi en cause les pouvoirs publics qui intègrent leurs produits dans le calcul de l’indice des prix. « Dès que l’on augmente ces valeurs de référence il y a une levée de bouclier de la part des consommateurs ». Rendez-vous est donc pris dans quelques semaines pour d’autres actions, sans doute plus musclées.





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