"Les migrations sont un puissant facteur d’innovation culturelle"

LA TRIBUNE DU LUNDI - #TRIBUNEDULUNDI


Rédigé par Gwénola SEBAUX, professeur en civilisation allemande, spécialiste de la politique migratoire de l’Allemagne. Université catholique de l’Ouest - Angers, le 12/10/2015 - 08:20 / modifié le 13/10/2015 - 00:52


Contribuer au débat public sur le territoire angevin et, à notre niveau, participer à l'indispensable vie des idées, c'est l'objet de [La Tribune du Lundi]. La parole est aujourd'hui à Gwénola Sebaux, professeur en civilisation allemande à l'Université catholique de l’Ouest (UCO), spécialiste de la politique migratoire de l’Allemagne. Responsable scientifique d'un colloque pluridisciplinaire* qui se tiendra à l'UCO les 15 et 16 octobre, elle apporte son regard sur une question d'actualité : celle des migrations.



Il y a un peu plus d'un mois, quelque 500 personnes s'étaient réunies, place du Ralliement à Angers, pour sensibiliser les élus locaux à l'accueil des réfugiés.
Il y a un peu plus d'un mois, quelque 500 personnes s'étaient réunies, place du Ralliement à Angers, pour sensibiliser les élus locaux à l'accueil des réfugiés.
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"La réflexion pluridisciplinaire que nous allons mener lors du colloque est d’une extrême actualité scientifique, à l’heure où l’Europe est confrontée à la plus grave crise migratoire de son histoire. Et alors qu’elle essaie de mettre en place une stratégie globale en matière de gestion migratoire : patrouilles en Méditerranée, lutte contre les passeurs, sauvetages en mer des bateaux de migrants, début de coopération avec les pays d’origine et les pays de transit, (difficile) mise en place de quotas d’asile, création en Italie et en Grèce, de hot-spots pour l’accueil et l’hébergement des réfugiés. La « crise des réfugiés », pour reprendre le discours médiatique, est montée en puissance durant toute l’année 2015, s’est aggravée durant l’été, et a culminé en septembre. Ainsi notre réflexion est-elle ancrée dans une actualité migratoire intense.
 
Que peut apporter l’analyse croisée d’experts des migrations, au plan local et régional ? Notre région illustre particulièrement bien l’actualité migratoire. En effet, la région des Pays de la Loire est devenue un territoire à fort dynamisme migratoire. Longtemps peu concernée par l’immigration, elle compte aujourd’hui parmi les régions accueillant la part la plus élevée d’immigrés arrivés récemment en France (cf. Insee Flash Pays de la Loire n°22, février 2015). Depuis 2006, le nombre d’immigrés y augmente de 4,5 % par an en moyenne. Ils viennent surtout du Maghreb, mais aussi, de plus en plus, d’Afrique sub-saharienne. La diversité des origines tend elle-même à s’accentuer, avec l’augmentation sensible de l’immigration asiatique (ex-Indochine).
"Il est crucial pour la région d’élaborer une stratégie, afin de gérer à son avantage cet apport démographique"

Selon l’Insee, la population immigrée représente entre 6% et 8% des habitants des villes de Nantes, Angers, Cholet, Le Mans et Laval. Au total, le Maine-et-Loire accueille 24% des immigrés (derrière la Loire Atlantique 42%, mais devant la Sarthe 15%). Il est donc crucial pour la région d’élaborer une stratégie, afin de gérer à son avantage cet apport démographique. Si celui-ci constitue en effet un atout certain (rajeunissement de la population), il génère aussi de graves difficultés. Citons-en ici les deux principales :
  • le chômage des immigrés – près de trois fois supérieur (27,6%) au taux régional (10,5%)
  • la répartition très inégale sur le territoire : entre communes rurales, et villes centre, la proportion des immigrés triple (de 0,9% à 2,7%).
À cela s’ajoute l’angoisse sécuritaire, qui s’est accentuée depuis les attentats terroristes d’ampleur inédite perpétrés à Paris en janvier 2015. Elle n’est pas sans corrélation avec la question migratoire.

Gwénola Sebaux.
Gwénola Sebaux.
La question cardinale n’est pas pour nous la gestion ponctuelle de l’immigration, mais les processus secrets que celle-ci déclenche, les mutations qu’elle engendre pour les individus et les sociétés. En nous intéressant aux anciennes et aux nouvelles configurations migratoires, nous voulons avant tout chercher à identifier leur impact, à court ou plus long terme, tant pour les individus que pour les sociétés. Les études qui vont être présentées durant ces deux jours le seront souvent par le biais de couples migratoires (France/Algérie, Allemagne/Italie, France/Cameroun), mais aussi dans des perspectives triangulaires (Bulgarie/Grèce/Allemagne), voire également multipolaires (Arménie/Azerbaïdjan/Géorgie/France).

De telles analyses croisées laissent augurer une amplitude analytique apte à éclairer significativement les processus de transmission. S’agissant toutefois de phénomènes par définition dynamiques, évanescents, et toujours en cours, l’analyse n’a rien d’évident, et ne saurait bien-sûr être définitive.
 
Pourquoi alors s’intéresser à ces problématiques, de surcroît en pleine crise migratoire, sur fond d’enjeux démographiques, économiques et géopolitiques inédits en Europe ? Je répondrai en risquant l’hypothèse que la diversification et l’intensité actuelles des flux sous-tendent, à plus ou moins long terme, de nouvelles modalités des processus de transmission – tant pour les individus que pour les collectivités, tant pour les États d’origine que pour les États d’accueil. De ce point de vue, la compréhension des processus déjà engagés avec les migrations plus anciennes constitue un outil de choix pour appréhender, à la fois plus rationnellement et plus sereinement, l’inédite pression migratoire qui pèse aujourd’hui sur l’Europe. Les migrations sont un puissant facteur d’innovation culturelle, pour tous les acteurs concernés. La grande question est alors de déterminer si une culture gagne à se réinventer, et jusqu’à quel point elle peut se transformer sans se perdre. Tel est l’enjeu aujourd’hui. Et il concerne l’Europe, la France, notre région et notre ville."

*Colloque international « Processus de transmission dans les familles de migrants ou issues de l’immigration. Regards croisés dans les États de l’Union Européenne ». 












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