"Les primaires à gauche ? Pfffff... Comment dire ?"


Rédigé par - Angers, le 08/09/2016 - 07:00 / modifié le 08/09/2016 - 08:16


Peu médiatique mais souvent critique à l’égard du gouvernement, le député socialiste d’Angers-Mauges Serge Bardy n'est pas le plus connu des parlementaires de Maine-et-Loire. Raison de plus pour s’inviter à sa permanence de Belle-Beille, et sonder son engagement en cette période de rentrée politique.



Serge Bardy, dans les locaux de sa permanence parlementaire à Belle-Beille.
Serge Bardy, dans les locaux de sa permanence parlementaire à Belle-Beille.
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Trois mois après l’adoption sans débat de la loi El Khomri, dans quel état d’esprit abordez-vous cette rentrée politique ?

« Je ne suis plus retourné à l’Assemblée depuis début juillet de façon volontaire et assumée. En considérant à partir du moment où le 49.3 avait été utilisé, que ça signifiait précisément une mise en vacance puisqu’il n’y avait plus rien à décider au niveau national. Je reprends donc le chemin de l’Assemblée serein, mais attaché encore plus fortement à mes engagements qu’hier. Ce que n’on ne m’a pas fait faire hier, on ne me le fera pas faire demain. »

Concrètement ?

« Quand j’estime que ce que l’on me demande de voter ne correspond pas à ce que pourquoi j’ai été élu, je ne vote pas. Je n’ai pas voté des éléments du budget, parfois le budget lui-même, je n’ai pas voté la loi El Khomri… »

… et vous n’avez pas voté la motion de censure déposée par ceux qui la contestaient le plus ?

« Oui. Parce que je suis loyal. Je suis élu avec un engagement socialiste, je ne veux pas contribuer à remettre ce gouvernement en cause de cette façon par un vote associé à l’opposition. »

Vos amis « frondeurs » vous en veulent ?

« Pas du tout. Je les ai eu au téléphone jusqu’à la dernière minute pour leur expliquer le sens de ma position. Elle était très claire : ne pas voter la loi El Khomri dans la forme qu’elle était proposée et voter les amendements qui avaient été déposés par mes amis et moi-même. Reste que cette loi est une erreur fondamentale. Si elle avait été si importante, pourquoi l’a-t-on proposée à dix mois de la fin du mandat ? »

Craignez-vous les conséquences de ce vote pour les prochaines élections ?

« Malheureusement, je ne serai pas étonné que des électeurs nous sanctionnent. Mais une chose  m’étonne toujours, c’est la volatilité de la mémoire en politique : elle est forte sur des points sensibles comme la violence ou le terrorisme, et beaucoup plus légère sur d’autres points. Il suffit de constater l’attractivité que génère un parti d’extrême alors même qu’il ne se manifeste pas, simplement du fait que des débats tournoyant autour du terrorisme, de l’islam et d’autres sujets ne sont pas abordés de façon saine et sereine. Je suis interloqué de voir au niveau gouvernemental, une ministre prendre une position différente du chef du gouvernement et un Président de la République s’installer entre eux deux pour dire « ni pour, ni contre » ».

Dubitatif sur la façon dont se présente la primaire à gauche, Serge Bardy l'est tout autant sur l'intérêt d'une candidature de François Hollande à la présidentielle.
Dubitatif sur la façon dont se présente la primaire à gauche, Serge Bardy l'est tout autant sur l'intérêt d'une candidature de François Hollande à la présidentielle.
Vous faites référence au débat qui a entouré le burkini et à la prise de position de Najat Vallaud-Belkacem (la ministre de l’Education Nationale opposée au burkini comme à son interdiction). Mais quelle est la vôtre, vous le député du quartier de Belle-Beille où cohabitent athées, musulmans, catholiques, femmes voilées et non voilées... ?

« J’ai une conviction, c’est que dans ce quartier le vivre-ensemble est quelque-chose de très, très fort. Sa mixité sociale, ethnique, cultuelle est très importante et ne fait pas l’objet d’attitudes de rejet. Je suis le premier député à avoir ouvert sa permanence au cœur du quartier et je n’ai jamais identifié un problème comme celui dont certains de nos grands politiques veulent faire un sujet national. »

Un grand pataquès pour rien donc, cette affaire de « burkini » ?

« Ce n’est pas un pataquès. On manipule et on utilise des sujets sensibles qui vont à l’inverse du vivre-ensemble. Je suis atterré de voir des hommes politiques s’inscrire dans cette pensée à droite, ou à gauche : on n’a pas à avoir de telles attitudes à une époque où il est nécessaire de pacifier plutôt que de mettre à l’index des personnes qui ont fait des choix différents des nôtres. »
"Je ne suis pas pour, mais je ne suis pas opposé à ce que les gens qui veulent se mettre en burkini se mettent en burkini, et à ce que les gens qui veulent se mettre en topless se mettent en topless !" 

Maintenant que le débat est sur la table, il vous faudra peut-être malgré tout vous positionner sur le burkini ?

« Je ne suis pas pour, mais je ne suis pas opposé à ce que les gens qui veulent se mettre en burkini se mettent en burkini, et à ce que les gens qui veulent se mettre en topless se mettent en topless ! Qu’importe, à partir du moment où les gens se respectent et que ça ne devienne pas une manière d’imposer son mode de vie. Comment voulez-vous demain dans ce pays construire réellement quelque-chose qui donne envie aux étrangers de venir, aux investisseurs d’investir chez nous si nous ne sommes pas en capacité de croire en ceux qui y sont déjà ? »

Difficile de ne pas évoquer la perspective présidentielle. Les primaires à droite vous intéressent ?

« Oui. Parce qu’elles seront aussi déterminantes pour le second tour. On sait bien que celui-ci réunira de toute façon le Front National, et un candidat de gauche ou de droite. Si on peut éviter cas de figure, ce ne sera qu’un bonheur mais ça me paraît très difficile. Donc, je ne peux pas me désintéresser des primaires de droite… »

Et les primaires à gauche ?

« Alors, pour ce qui est des primaires à gauche… (un silence, il soupire) Pfffff… (nouveau silence) Aujourd’hui, ces primaires, comment dire ? Pffff… »

Et bien ! Vous n’avez pas l’air emballé ?

« Non, je ne le suis pas du tout. J’aurai pu prendre position pour un ou une des candidat(e)s qui se sont déclarés. Mais leur prolifération, le passé de l’un ou de l’autre, me font douter qu’ils soient capables de porter un vrai changement de politique vis-à-vis des citoyens. Aujourd’hui, je ne m’engagerai donc pas. Ce qui est sûr, c’est que j’aurai beaucoup de difficulté à soutenir ceux qui n’ont pas conduit les politiques qu’ils avaient annoncées. Mon engagement sera très lié à un véritable projet en termes d’emploi, de réduction des inégalités et d’écologie. »

François Hollande doit-il se présenter ?

« Je crois que j’ai répondu à cette question indirectement. »
Le système parlementaire ? "Je pense qu’il est temps de le repenser pour faire en sorte qu’il intègre véritablement la participation aussi bien du Parlement que du citoyen."

Revenons à votre mandat député. Est-ce que la réalité de cette fonction correspond à ce que vous en aviez imaginé avant d’être élu il y a quatre ans ?

« En partie, oui. Et puis, il y a des différences. Un mandat parlementaire, c’est porter au niveau national les aspirations des citoyens de sa circonscription. J’ai eu la chance de pouvoir le faire par exemple sur la loi relative à l’Economie Sociale et Solidaire, pour laquelle j’ai réuni plusieurs groupes de citoyens avec lesquels on a réfléchi, fait venir Benoît Hamon (le secrétaire d’Etat ad-hoc, avant sa démission), proposé des amendements qui ont été repris dans la loi. Bref, j’ai pu partager un véritable travail de terrain sur un enjeu national et je me suis éclaté. J’ai pu le faire aussi pour l’enseignement supérieur et la recherche. »

Vous avez aussi déposé avec le député de Meurthe-et-Moselle, Dominique Pottier, une proposition de projet de loi sur le devoir de vigilance des entreprises donneuses d’ordre. De quoi s’agit-il ?

« C’est la prise de conscience du Rana Plaza au Bangladesh (du nom d’un bâtiment de Dacca au Bangladesh abritant des ateliers de confection de grandes marques internationales, dont l’insécurité était connue, et qui s’est effondré en avril 2013 provoquant plus d’un millier de morts, NDLR). Cette proposition vise à inscrire simplement la responsabilité sociale et écologique des entreprises, à l’égard des sous-traitants auxquels elles donnent des ordres. Je suis allé à l’ONU à Genève présenter ce rapport, mais nous attendons maintenant l’accord du gouvernement -et, en particulier, d’un ministre a dit qu’il n’était pas socialiste- pour amener ce projet devant le Parlement. L’espace est très réduit. »

Mais…

« Mais ça, c’était au tout début du mandat. A un moment, le rythme législatif passe à une vitesse qui rend très difficile le partage des réflexions avec les citoyens. Ca été compliqué par exemple pour la loi d’avenir pour l’agriculture ou sur le logement. Le temps passant, j’ai vécu cette dichotomie qui existe entre l’exécutif et le Parlement. »

Vous avez touché aux limites de notre système parlementaire ?

« Je pense qu’il est temps de le repenser pour faire en sorte qu’il intègre véritablement la participation aussi bien du Parlement que du citoyen. Celle du Parlement fonctionne quand vous êtes dans la ligne de l’Exécutif. Dès que vous sortez de l’ornière, vous n’êtes pas exclu mais la considération à votre égard se réduit au fur et à mesure. »

Arrêtons-nous sur le rapport que vous réalisé sur l’économie circulaire dans l’industrie papetière. Pourquoi avoir choisi ce sujet ? Et dans quel but ?

« Ca peut paraitre bizarre qu’un élu qui n’a pas d’industriel papetier sur son territoire s’engage sur ce terrain. Mais tout est parti d’un constat : la baisse d’activité des entreprises d’insertion qui collectent et recyclent le papier, faute de marché, et ses conséquences directes sur des postes pourtant indispensables à des personnes éloignées de l’emploi. J’ai estimé qu’il n’était pas possible de ne rien faire, mais en quelques mois, je me suis rendu compte que le métier de l’industrie papetière était en perdition. Et il m’a paru important de prendre un engagement sur toute la filière, en considérant que l’enjeu se situait dans la transition écologique et l’économie circulaire. »

Précisez…

« Il n’y a pas en France d’application des principes de l’économie circulaire à l’ensemble d’une filière industrielle. Cet enjeu s’applique bien à notre territoire proche en particulier dans les Mauges, avec le Sirdomdi (le syndicat de traitement des déchets du secteur, NDLR) mais aussi Mauges Communauté (la nouvelle entité qui réunit les six ex-communautés de communes des Mauges). Le but est de rendre de nouveau l’industrie papetière compétitive pour sauver les emplois qui peuvent encore l’être et les emplois induits, en soutenant une écologie industrielle et en jouant la mutualisation des ressources et pas seulement des déchets. »

Un exemple pour mieux comprendre ?

« Dans le secteur de Beaupréau, un garagiste qui enlevait du carton et du papier tous les jours, a pris la décision d’acheter une presse il y a quelques années, pour réduire ces enlèvements à deux fois par semaine. Tout simplement, il a réalisé que cette presse pouvait servir à d’autres pour peu que cette mise à disposition soit encadrée. Ce principe peut valoir pour des mètres carrés : d’autres entreprises ont des locaux qui servent quelques heures par an pour de la formation, alors même que leurs voisines envoient leurs collaborateurs se former à Nantes ou ailleurs. Pourquoi ne pas les louer ou les prêter ? La Chambre de commerce et d’industrie a lancé un recensement des ressources sur le territoire de Beaupréau pour mettre en regard les besoins et les ressources. »

Devant le centre Jacques Tati à propos de l'absence de centralité du quartier de Belle-Beille : "Ça n’est plus pris en compte et je trouve que la réflexion actuelle manque de souffle. »
Devant le centre Jacques Tati à propos de l'absence de centralité du quartier de Belle-Beille : "Ça n’est plus pris en compte et je trouve que la réflexion actuelle manque de souffle. »
D’ici à la fin de votre mandat, quelles seront vos priorités pour votre circonscription ?

« Sur sa partie rurale, nous travaillons sur le tourisme. Car je suis persuadé qu’il y a des atouts touristiques fabuleux dans les Mauges qui ne sont pas valorisés. Il suffit de voir les résultats de la Loire à Vélo : il y a 140 000 vélos entre Saumur et Angers, plus que 60 000 entre Angers et Montjean et 40 000 après. Le deuxième point, c’est l’écologie industrielle dont je vous ai parlé et en laquelle je crois fortement. Le troisième, c’est l’agriculture qui vit des moments très difficiles. Je pense qu’elle ne s’en sortira pas avec un système productiviste et céréalier sur des zones de bocage. Il faut aider, comprendre et faire en sorte que l’agroforesterie, la permaculture deviennent une agriculture de territoire. »
Le tramway à Belle-Beille : " J’ai un premier regret, c’est de ne pas voir cette 2e ligne de tramway se réaliser aussi rapidement qu’il était prévu initialement.

Et pour la partie urbaine de votre circonscription ? Belle-Beille attend le tramway et une nouvelle phase de sa rénovation urbaine : qu’en attendez-vous ? Etes-vous en phase avec les projets de la municipalité d’Angers ?

« J’ai un premier regret, c’est de ne pas voir cette 2e ligne de tramway se réaliser aussi rapidement qu’il était prévu initialement. Je pense que c’est une erreur vis-à-vis du développement de ce quartier et pour une question d’équilibre urbain. »

Mais quand il n’y a pas les moyens ? Des élus de gauche à l’agglo ont voté eux-aussi le principe du report…

« C’est un choix. Et plus que d’autres, des élus de gauche me paraissent avoir une responsabilité sur ce mauvais choix. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’argent, l’Etat investit sur la mobilité et les priorités de la métropole sont ailleurs. On construit de nouvelles écoles et on ne donne pas les moyens de nouvelles mobilités, j’ai du mal à comprendre cet anachronisme. »

Mais cette 2e ligne se fera…

« Pour moi, pas assez vite. »

Et sur le plan urbain ?

« Belle-Beille est un quartier qui va de la voie rapide à l’Etang Saint-Nicolas et de Montesquieu à l’Université, mais n’a pas de centre. La municipalité précédente avait prévu d’en réaliser un à partir de Jacques Tati, ce qui aurait permis de créer les transversalités qui manquent aujourd’hui. Ça n’est plus pris en compte et je trouve que la réflexion actuelle manque de souffle. »

Et sur la vie associative ?

« Je trouve là aussi qu’on en fait peu de cas. La qualité du vivre-ensemble à Belle-Beille est le fruit des associations. Mais la baisse des subventions ne les encourage pas - je pense aux chantiers d’insertion et au centre Jacques Tati- et j’ai peur cela participe à créer un environnement plus difficile. »

BIO-EXPRESS
6 novembre 1947. Naissance à Mésanger (Loire-Atlantique).
1965. CAP de mécanicien-automobile.
1972. Se reconvertit, passe un CAP puis un Brevet d’électronique, et entre chez Bull à Angers comme technicien électronicien
1973. Se syndique à la CFDT et devient délégué du personnel de l’usine Bull.
1975. S’engage au Parti Socialiste.
2003. Devient secrétaire fédéral du PS de Maine-et-Loire (jusqu’en 2009).
2004. Est élu conseiller régional (il y restera jusqu’en 2010)
2012. Contre le choix du PS dont il est exclu, il se présente aux législatives et bat au 2e tour Hervé de Charrette sur la 6e circonscription (Angers-Mauges). 




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Antoine le 15/09/2016 19:36 | Alerter
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Ce qui est curieux dans les propos de ce député, c’est qu’il affirme à la fois être contre la Loi El Khomri, être contre l’usage de l’art. 49-3 pour faire passer ladite loi MAIS qu’il n’a pas voté la censure du gouvernement pour ne pas être « associé à l’opposition ».

Mais il s’agit du député Serge BARDY, tout fraîchement réintégré au sein du Parti Socialiste et l’idée d’être « associé à l’opposition » ou « frondeur » a peut-être un prix qu’il n’est, personnellement, pas très enclin à payer …....

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