“Les questions du génocide au Rwanda nous concernent tous”


Rédigé par - Angers, le Jeudi 17 Avril 2014 à 07:53


Avec « La Fantaisie des Dieux », coécrit avec l’auteur Hippolyte, le journaliste Patrick de Saint-Exupéry revient, par le prisme de la BD, sur le génocide qui a frappé le Rwanda il y a 20 ans. Un événement tragique « qui nous interroge tous », insiste celui qui est aussi le cofondateur de la Revue XXI. Il sera à Angers ce vendredi à la librairie Richer.



Longtemps « journaliste debout, reporter les pieds par terre et le nez au vent », Patrick de Saint-Exupéry a « changé de position : je suis un journaliste assis, qui fait des choix, en accord avec mes expériences. Mais la plus belle position, c’est celle du journalisme debout… » Crédit photo : F. Mantovani
Longtemps « journaliste debout, reporter les pieds par terre et le nez au vent », Patrick de Saint-Exupéry a « changé de position : je suis un journaliste assis, qui fait des choix, en accord avec mes expériences. Mais la plus belle position, c’est celle du journalisme debout… » Crédit photo : F. Mantovani
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Patrick de Saint-Exupéry, vous avez écrit nombre d’articles, des livres, réalisé un film sur le Rwanda et l’Opération Turquoise. Qu’est-ce qui a motivé ce projet de BD ?
« Ça fait 25 ans que je suis ce dossier, depuis l’automne 1990. J’y étais avant, pendant et après le génocide et je suis convaincu qu’il s’agit d’une histoire très importante pour nous, Français. Ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 nous pose d’importantes questions, qui doivent entrer dans le débat et devenir publiques. Elles nous concernent tous. L’autre raison, c’est que ça fait désormais 20 ans : c’est une période extrêmement importante. Nous n’avons entendu les mots Shoah, Nuremberg, génocide et juif que 20 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, avec le procès Eichmann… Au Rwanda, il s’agit bien d’un pur génocide, que l’on va commencer à pouvoir aborder en France ».

De ce point de vue, le procès qui s’est déroulé au mois de mars à Paris est une première étape ?
« Oui, même s’il n’avait aucun contenu politique et n’abordait pas le rôle de la France, ce procès aura des conséquences politiques dans un mois, un an ou dix ans : c’est une évidence, j’y vois quelque chose de mécanique. Védrine, Juppé, Balladur, Mitterrand…, même si ce sont les militaires qui attaquent nos témoignages en justice, ce sont bien eux, au plus haut sommet de l’Etat, qui sont concernés au premier chef, refusent ce qui s’est passé et tiennent des discours démentiels sur le sujet. Cette histoire m’a révolté et me révolte encore ».

Revenons sur « La Fantaisie des dieux ». Pourquoi la bande dessinée ?
« Parce que la BD est un univers en soi, avec une langue extrêmement intéressante, d’une force considérable. Lorsque j’ai parlé du projet à Hippolyte, il a eu cette phrase très juste : “ J’avais 17 ans lorsque j’ai vu le Rwanda à la télévision, mais je n’ai rien compris à ce qui s’est passé…” C’est cela qu’il est allé chercher. Le deuxième avantage était qu’il n’avait jamais été au Rwanda. En juillet 2013, pendant dix jours, nous avons confronté nos regards pour livrer un nouveau témoignage, mais sous une autre forme… »

Et que pensez-vous du résultat ?
« Hippolyte a réalisé un travail formidable, avec une construction pertinente, amassant une somme d’informations considérable en 10 jours. Son dessin est d’une justesse totale, restituant la beauté merveilleuse de ce territoire que les Rwandais appellent la Fantaisie des Dieux. Le retour des premiers lecteurs est souvent le même : ils ne veulent pas y croire, mais pourtant tout est vrai. Lorsque l’on parle de génocide, la tendance naturelle est d’imaginer des univers très sombres, pas des paysages magnifiques. Ça nous amène à nous interroger sur nos représentations ».

"Ce qui me frappe, c’est de voir de nombreux jeunes reporters frapper à notre porte, qui n’ont aucune envie de rejoindre la presse traditionnelle."

“Les questions du génocide au Rwanda nous concernent tous”
Interroger les représentations, c’est aussi l’un des objectifs de la Revue XXI, lancée il y a maintenant six ans ? Et dans laquelle on aurait tout à fait pu retrouver un reportage graphique sur le Rwanda ?
« L’ambition de XXI, c’est de faire du journalisme, en donnant la possibilité à chacun de la faire à son maximum d’intensité. Ça veut dire de la place et du temps, mais plus encore une autre approche. Nous avons créé la Revue XXI alors que tout l’univers des médias s’orientait vers le News, avec un vertige de la vitesse et l’impression que le monde venait vers nous et que nous n’avions plus besoin d’aller vers le monde. Il ne s’agit pas de s’opposer aux News ou à Internet, mais de revenir à l’essence du métier. »

Un parti pris qui a fonctionné au-delà de vos espérances ?
« XXI est sain et équilibré, un autre magazine – 6 mois – a vu le jour et nous travaillons sur un autre projet… En janvier 2008, nous faisions face à une porte fermée avec un immense panneau sens interdit. Nous avons entrouvert cette porte et il y a eu un appel d’air, avec 25 ou 30 projets – certains malheureusement de simple opportunité – de la même veine qui sont apparus. Cela témoigne d’un appétit et d’une envie formidable, que l’on retrouve parmi les jeunes journalistes ».

C’est-à-dire ?
« Ce qui me frappe, c’est de voir de nombreux jeunes reporters frapper à notre porte, qui n’ont aucune envie de rejoindre la presse traditionnelle : ils en parlent comme d’un cadavre presque mort. En créant, en grattant sous le vernis ou en partant au bout du monde, ils savent qu’ils partent au casse-pipe et qu’ils vont se prendre des claques, mais ils y vont avec un enthousiasme incroyable ! La situation de la presse est compliquée aujourd’hui, mais je suis persuadé que dans 10, 15 ou 20 ans, tous ceux-là auront recréé quelque chose, reconstruit autre chose, à leur manière ».

Vous êtes donc optimiste ?
« Quand je constate cet appétit, oui. Mais ce qui me frappe en même temps, c’est la totale déconnexion, qui ne cesse de s’aggraver, entre la presse traditionnelle et le politique d’une part et le public de l’autre. Ils ont oublié à qui ils parlaient et « en bas », il y a des gens qui entendent de moins en moins de mots dont ils se disent qu’ils sont honnêtes, sincères et justes. »

Rencontre ce vendredi 18 avril, à 18 heures, à la librairie Richer à Angers.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Bruno Goua le 17/04/2014 13:12 | Alerter
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Je vais sans doute enfoncer des portes ouvertes mais XXI est une revue passionnante, foisonnante. 6 mois est aussi une réussite. Je ne manque jamais une occasion de promouvoir ces revus qui démontrent, à l'heure d'internet, que le support papier a encore de beaux jours devant lui et que la recherche de la qualité peut aussi être payante.
Bravo !

2.Posté par Bruno Goua le 17/04/2014 13:19 | Alerter
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Désolé pour le E manquant à revuEs, faute d'autant plus impardonnable que ce qu'on lit dans XXI n'a jamais été vu ailleurs.








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