"Les territoires qui se développent sont ceux où l'on se cause"

[DOSSIER] Economie angevine : "Ça s'aggrave Docteur ?" (5/5)


Rédigé par - Angers, le 17/10/2014 - 08:34 / modifié le 17/10/2014 - 08:34


La situation économique difficile du bassin d'emploi d'Angers ne peut pas s'appréhender seule, en dehors de son département, estime Eric Groud, le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Maine-et-Loire. Pour le dernier volet de notre dossier sur l'économie angevine, il appelle à plus de dialogue entre les différents territoires de l'Anjou. Et s'attarde sur quelques pistes porteuses d'avenir, selon lui.



"Les territoires qui se développent sont ceux où l'on se cause"
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Notre dossier n'a fait que le confirmer cette semaine, l'économie locale continue de souffrir. Que est le regard du président de la Chambre de commerce sur la situation ?

"On ne peut pas le nier, le contexte est difficile avec des secteurs économiques très exposés. Pour le bâtiment et les travaux publics, avec la baisse des dotations de l'Etat vers les collectivités, ma crainte est que le trou d'air dure plusieurs années. A l'opposé, on a une filière électronique professionnelle, avec WeNetwork (le cluster régional du secteur) et la Cité des objets connectés, qui s'organise pour montrer qu'il est possible de développer et construire quelque-chose. De cela, je tire deux leçons : 1. Le tissu économique se déchire et on doit veiller à le régénérer 2. Nous faisons face à des mutations et des enjeux profonds climatiques, énergétiques, démographiques - avec le vieillissement de la population - qui peuvent faire naitre des nouvelles activités. Et il faut qu'à Angers, on arrive à créer ce bouillonnement dans plusieurs domaines."

Lesquels ?

"Je pense au luxe, un secteur assez porteur pour lequel l'Anjou est reconnu pour son savoir-faire avec des entreprises comme Longchamp à Segré, Textile du Maine à Montilliers (qui produit les robes Gucci), des sous-traitants pour Vuitton à Saint-André-de-la-Marche ou Saint-Laurent à Angers (Mendès). Nous avons des entreprises bien ancrées, qui font un travail de qualité, dans un secteur où le coût de la main d’œuvre n'est pas déterminant comme ailleurs. Je pense qu'on peut capitaliser sur ces réussites et améliorer encore la reconnaissance de l'Anjou dans le domaine. Je pense aussi à l'aéronautique, autre secteur dont la CCI fédère les acteurs dans le département, pour les aider par exemple à être présent au Salon du Bourget, de façon collective et donc plus visible".

La Silver Economie et toutes les activités liées au vieillissement de la population ?

"Aussi. On peut segmenter ces activités en trois : celles dédiées aux seniors actifs qui ont de moyens, celles qui concernent les seniors plus fragiles et enfin, la dépendance. Elles touchent le bâtiment, l'électronique avec la domotique et le service à la personne. Nous pouvons aider ce secteur à se développer et à se professionnaliser, d'autant qu'il demande de la main d’œuvre plutôt qualifiée et qu'il touche une économie non délocalisable."

Angers-Cholet : "On peut mieux faire"

Jean-Pierre Bernheim, le nouveau patron de l'économie à l'agglo répète qu'il faut améliorer le dialogue entre tous les acteurs du territoire...

"C'est une évidence, ces acteurs doivent mieux collaborer. Mais ce qui est vrai sur le bassin d'Angers, l'est aussi sur le reste du territoire de Maine-et-Loire. Il nous faut d'avantage fédérer les agglomérations, la Chambre de commerce, le Comité d'expansion et les autres structures dédiées au développement économique, de manière à partager des stratégies et être plus efficace."

C'était déjà votre diagnostic avant les élections...

"Oui. J'ai toujours dit que je souhaitais qu'Angers dialogue plus avec Cholet, que les écoles, universités et labos angevins travaillent plus en synergie avec les unités de productions et les entreprises du Choletais. Angers-Cholet, c'est une belle Silicon Valley. On peut mieux faire, c'est vrai aussi pour l'axe Angers-Saumur pour le tourisme. On sait que les touristes arrivent par la vallée de la Loire, il nous faut soutenir Terra Botanica, mieux valoriser nos sites protégés et renforcer notre attractivité."

Mais il existe déjà des lieux où tous ces acteurs se parlent...

"C'est vrai. Mais je dirai que nous étions peut-être un peu encore dans la défiance et qu'il faut que l'on se fasse davantage confiance. Quand on s'adresse à la Chambre des commerces, on est pas en train de cirer les pompes des patrons, non ! Il y a bien entendu des chefs d'entreprises, mais ils sont élus, bénévoles et là pour favoriser le développement du territoire eux-aussi. Leur expertise est essentielle et les territoires qui se développent, on le sait bien, sont ceux où l'on se cause et on se respecte."

Depuis sa prise de fonction à la ville d'Angers et à l'agglomération, Christophe Béchu semble bien tenir le même discours. Êtes-vous rassuré par ses premiers pas ?

"Je me réjouis qu'il ait fait du développement économique une priorité. J'ai bien conscience aussi que, pour pouvoir être efficace, il a du réorganiser un certain nombre de ses services, de manière à les rendre plus lisibles et plus performants. Je souhaite que dès que ce processus sera terminé, on puisse se mobiliser sur des axes majeurs."

Une manière préventive d'appeler la future agence de développement économique à ne pas le jouer solo ?

"Complètement. Si on est divisé, on est affaibli. Il faut travailler avec une juste répartition des rôles entre Chambre d'agriculture, chambre de commerce, comité d'expansion, agglo... Je ne fais aucun procès d'intention aux élus, il nous faut concourir ensemble au développement du territoire."

"Ne pas opposer E-commerce et commerce traditionnel"

Et sur la création d'entreprise ?

"Nous n'échappons pas à la crise qu'elle connaît. Ce qui se développe, c'est la création de son propre emploi, notamment sous le statu d'auto-entrepreneur, il nous faut favoriser l'émergence de projets plus importants, plus créateurs d'emplois, en favorisant les vocations, via des chaires entrepreneuriales, le soutien au numérique etc... Il nous faut passer du troupeau à la meute, de telle sorte qu'on ait bien les mêmes visions. Et Angers doit vraiment jouer son rôle de locomotive sur le sujet."

Un mot sur le commerce dont l'avenir vient de donner lieu à un livre blanc de la part de la CCI ?

"La grande leçon à retenir, c'est qu'il ne faut pas opposer le E-commerce au commerce traditionnel. Que le premier doit être aussi au service du second. Un commerce avec un show-room avantageux, plus qu'une grande surface de vente, s'il est capable d'apporter le même service au client, peut être dans une stratégie tout aussi intéressante. Internet est bien au service d'une relation client, pour bien informer ses prospects, suivre ses livraisons et associer son client à sa communauté pour s'enrichir de ses remarques. Ça existe dans la restauration où chacun peut donner son point de vue - parfois avec des dérives - mais l'ensemble est plutôt vertueux."

Que dites-vous aux commerçants ? Qu'ils doivent s'emparer de l'outil ?

"Absolument. J'aime bien dire que la souris a accouché d'une montagne (sourires), le numérique nous envahit, profitons-en, optimisons l'usage de cet outil dans la relation avec nos clients."

Le livre blanc, c'est aussi une alerte sur le surdéveloppement commercial. "Stop aux m2" ?

"Il y a eu des extensions de surfaces logiques pour mettre en valeur leurs produits dans l'automobile, dans l'ameublement et l'équipement de la personne. D'autres - la parfumerie, le bien être - liées à des tendances. Maintenant, le développement du E-commerce doit nous faire réfléchir sur des surfaces de ventes plus petites, plus qualitatives. La deuxième chose, c'est que toute implantation de nouvelle surface - on l'a vu à Angers, même si la crise est aussi en cause - entraine un déséquilibre et déshabille d'autres zones. C'est de notre rôle d'alerter sur la nécessité de réfléchir à la réhabilitation de ces friches, avant de passer à en créer de nouvelles."





Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Vincent le 19/10/2014 10:17 | Alerter
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Un peu ce que disait Emile Joulain dans son poème "On s'cause"








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