Les traits bonnes ondes de Mathou Virfollet


Rédigé par - Angers, le Vendredi 16 Décembre 2016 à 07:45


Graphiste et illustratice, la jeune femme de 33 ans sort ces jours-ci son deuxième album, "Tout plaquer, et aller prendre un bain". Rencontre avec cette "illustratrice des petits moments".



Mathou a publié à la fin du mois de novembre "Tout plaquer et aller prendre un bain" chez Monsieur Pop Corn. Crédit : Fabien Tijou
Mathou a publié à la fin du mois de novembre "Tout plaquer et aller prendre un bain" chez Monsieur Pop Corn. Crédit : Fabien Tijou
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Des yeux verts, grand ouverts, que surmonte une chevelure explorant les nuances du rouge. Le sourire immédiat, un contact direct. Mathilde Virfollet accueille sur son nouveau terrain de jeu, à deux pas de la Place du Ralliement. C’est là qu’elle et son compagnon Yohann ont posé leur Fabrique rouge, entreprise de graphisme et d’illustration, au début de l’été.

Là aussi qu’elle attend, la pétoche en bandoulière, la sortie de son deuxième album d’illustrations, le deuxième en moins d’un an. Les Wondermomen aussi mettent une culotte gainante est venu couronner au début de l’année 2016 le succès de son blog, Crayon d’humeur et de la page Facebook associée. Ce qui se joue avec la parution de Tout plaquer et aller prendre un bain, c’est tout autre chose. « Ce sont des dessins inédits, c’est réellement mon bébé ». On y retrouve le trait de Mathou, ses obsessions graphiques et pratiques, sa vie de femme et de famille… le tout enveloppé de plus de précision dans les décors, dans les détails. Mais toujours dans la veine girly des figures tutélaires du genre, Pénélope Bagieu et Margaux Mottin.
« Ça énerve beaucoup les puristes, parce que ce n’est pas de la BD. C’est hyper « mainstream », hyper « populaire ». Mais moi je suis très bien là-dedans ». Là-dedans, comprendre dans ce format carré qu’elle a longtemps cherché, composé d’un bon mot, d’un bon dessin. « Plus synthétique, plus efficace » que ce qu’elle avait fait jusqu’alors.
« Je crois que mon besoin à moi s’est révélé être plus universel que ce que je pensais. Je trouve que l’on est dans une espèce de morosité ambiante, alors j’essaie pour moi-même de voir le côté positif… »

La preuve ? En janvier 2015, Crayon d’humeur -créé 8 ans plus tôt- explose littéralement. De 4 000 j’aime sur la page Facebook dédié, on passe en un trait –du destin celui-ci- à 20 000, puis 40 000. Virale, jusqu’au compteur présent et au 183 000 qu’il affiche.
Mathou et ses crayons d’humeur sont dans l’air du temps plutôt qu’ils ne le captent à tout prix. A ce succès, la jeune femme livre une raison aussi sincère que simple : « Je crois que mon besoin à moi s’est révélé être plus universel que ce que je pensais. Je trouve que l’on est dans une espèce de morosité ambiante, alors j’essaie pour moi-même de voir le côté positif… »

Les mots sont teintés de modestie, parfois lâchés dans un sourire d'excuse, où l’on sent poindre une angoisse de toujours. Et un manque de confiance ad hoc. Une faille ? Sans doute, mais qui vient nourrir son credo, immuable : « On n’a pas des vies parfaites. Elles sont régies par des contraintes, l’obligation de réussir sa vie de mère, sa vie professionnelle ou amoureuse. Au final, on fait comme on peut, en merdant à des degrés divers. »

Mathilde, devenue Mathou pour tous, a la formule qui claque, spontanée et rafraîchissante. S’affranchissant des questions parfois pesantes : Mais au final, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? « Je fais de mon mieux ». Balayant d’un rire communicatif le doute s’il tend à faire son nid dans  sa tête chercheuse.
Mathilde, dont les parents médecin et prof souhaitaient qu’elle fasse des études. Elle en fera, une hypokhâgne suivie des concours de sciences po, direction Aix-en-Provence et une ambiance qu’elle ne goûte guère, bien loin de ses terres angevines. La stratégie et le marketing politique s’offrent à elle, à mille lieues des copies double de dessins qu’elle n’a cessé de remplir, ou des cours du mercredi, aux Beaux-Arts d’Angers. Puis le moment clé arrive à la faveur d’un contrat dans une agence nantaise de communication politique. « J’avais déjà créé mon blog, et je me suis formé là-bas aux outils de communication ».

Nous sommes fin 2010. Désormais en couple avec Yohann, le projet Mathou est prêt à décoller : La Fabrique Rouge s’impose peu à peu, avant l’explosion du blog il y a deux ans. Les deux activités sont intimement liées, se nourrissent mais nécessitent une jonglerie périlleuse et parfois dévorante. Le vertige est pourtant ailleurs, dans la crainte du lendemain : "J’aime le rapport que ça crée avec les gens. Ce qui m’arrive, c’est trop beau, ça va forcément s’arrêter, non ? Je veux juste continuer à faire des livres, des petits dessins », Plaquer les bonnes ondes sur du papier.

Tout plaquer... et aller prendre un bain, édition Monsieur Pop Corn, 144 pages, 12 €.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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