Les tranchées à la lumière de l’art Léger


Rédigé par - Angers, le Samedi 26 Juillet 2014 à 08:01


Avec « Le Casque d’Opapi », Géraldine Eschner et Fred Sochard signent un album jeunesse sensible, abouti et éclairant sur la guerre 14-18, par le prisme d’une œuvre de Fernand Léger. Dans son atelier d’Avrillé, Fred Sochard revient sur un travail qui l’a passionné.



Fred Sochard s'est attaché au moindre détail pour imprégner "Le Casque d'Okapi" du travail de Fernand Léger.
Fred Sochard s'est attaché au moindre détail pour imprégner "Le Casque d'Okapi" du travail de Fernand Léger.
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Il faut le voir fouiller dans sa documentation -posée çà et là dans sont garage/atelier- chercher les pages qui illustrent son propos et donner corps en quelques phrases au grand œuvre de Fernand Léger !
Voilà plusieurs mois déjà que Fred Sochard a fini d’illustrer « Le casque d’Opapi », mais la passion est intacte et les mots se bousculent à l’évocation de ce projet « chargé ».

Chargé d’émotion, d’abord, pour Géraldine Eschner, l’auteur de cet album jeunesse. Elle travaille depuis un moment pour la collection « Pont des Arts » (voir par ailleurs), heureux projet porté par L’Elan vert et le CRDP Aix-Marseille, mais avec « Le casque d’Opapi », c’est son histoire qu’elle livre aux cœurs de ses lecteurs : celle d’une double appartenance franco-allemande, avec un aïeul de chaque côté des barbelés durant la Grande Guerre.

Chargé de sens, aussi, pour l’illustrateur, Fred Sochard, qui a posé ses valises en terre angevine il y a un an. « Ça faisait un moment que je voulais travailler sur l’œuvre de Fernand Léger… Cet album, c’est le schéma idéal de la création, entre un auteur, un illustrateur et un éditeur investis à 200 % dans le projet… »

"On n'aborde pas la guerre 14-18 en sifflotant"

La dégaine alerte, le verbe franc… il a l’air cool, comme ça, Fred Sochard, mais plus encore que sur tous les autres projets qui l’occupent, de l’édition à la presse en passant par la comm’ institutionnelle, l’homme s’était mis la pression sur « Le casque d’Opapi ».
La preuve ? Le principe de la collection Pont des Arts, c’est d’amener peu à peu les jeunes lecteurs vers un tableau. En l’espèce, « La partie de cartes » de Fernand Léger. « Je me suis rajouté une consigne », rigole Fred : « je voulais que tout l’album soit imprégné de l’œuvre de Léger. »

Parce qu’on « n’aborde pas non plus la guerre 14-18 pour des enfants en sifflotant », l’illustrateur s’est fait lecteur compulsif, à partir de l’été 2013 : Barbusse, Chevalier, Tardi puis les DVD des « Fragments d’Antonin »… tout y est passé. « Ce sont surtout les romans qui te changent la vision du gars dans sa tranchée », explique Fred. « L’image que j’avais de la guerre était un peu simpliste, mais en rentrant dans la tête de ces gars, tu ressens, au-delà de la souffrance physique, une souffrance psychologique et la longueur du temps… »

En parallèle, Fred s’est « repaluché tout Fernand Léger » (sic). « C’était extrêmement précieux d’appréhender toute la part qui échappe à l’artiste même. On voit très bien par exemple, que ses personnages s’humanisent au fil de son œuvre. »
Et la guerre dans tout ça ? « Elle est venue confirmer son intuition qu’il faut représenter le monde moderne, l’homme et la machine ».
Un exemple du travail préparatoire de Fred Sochard.
Un exemple du travail préparatoire de Fred Sochard.

Fernand Léger, le peintre... et l'homme

Après ce « travail par imprégnation », des griffonnages en pagaille et un « chemin de doutes », Fred s’est lancé, à partir du texte de Géraldine Eschner. « Un texte simple, dépouillé, qui rencontrait ce que je voulais faire : Léger n’en fait pas des louches. Plus c’est dépouillé, plus c’est puissant ».

Sur la couverture même de l’album, la typographie du titre rappelle ainsi Léger. Tout en servant au plus près l’histoire, les illustrations évoquent par des emprunts, des références au « tubisme », la juxtaposition des plans, ou la colorimétrie ce que fut Fernand Léger, avant, pendant et après la guerre.

En grattant un peu sous le vernis de l’illustrateur, on découvre assez vite un attachement quasi-viscéral à Léger, l’artiste et l’homme. « Un peintre que peu de gens aiment vraiment mais dont l’œuvre est passionnante m’avait dit un prof à Arts Déco. Son combat limite perdu d’avance pour démocratiser l’art, l’homme du peuple qui a peint le peuple… tout ça me parle énormément », avance avec modestie Fred Sochard.

Un parcours artistique et une vie qui le renvoient aux doutes et aux complexes du gamin de province, issu d’un milieu populaire, pas vraiment « à sa place » au sein de la bourgeoisie artistique de ses années étudiantes. « Pas de culture et mauvais goût », avait griffonné sur un bout de papier son examinateur pour intégrer la prépa Arts Déco.
Gageons qu’il puisse encore apprécier la réponse plastique de Fred Sochard, dans « Le casque d’Opapi »…

Les tranchées à la lumière de l’art Léger
« Le Casque d’Opapi »

Opa Oskar d’un côté, Papi Emile de l’autre : Opapi est né… En plantant un chêne dans le jardin de son grand-père Jean, un enfant tombe sur un casque de la Première guerre mondiale. Le conflit a vu s’affronter deux de ses aïeux, l’un dans le camp français, l’autre dans le camp allemand. L’occasion pour son grand-père Jean de revenir sur l’histoire d’Emile, et à travers lui, celle de la plupart des soldats de la Grande guerre. La mobilisation, les tranchées, la peur, l’attente, l’espoir qui s’enfuit… puis renaît comme les coquelicots. L’occasion, aussi, d’appréhender « La partie de cartes » de Fernand Léger, lui-même mobilisé de 1914 à 1917 : une évocation à la plastique puissante, implacable.
Un album jeunesse simple, intelligent, aux multiples niveaux de lecture. Sans en « faire des louches », ni dans le texte, ni dans la composition, on entre dans la guerre et dans l’œuvre de Léger. Une très belle réussite de la collection Pont des Arts, qu’on ne saurait que trop recommander…

Géraldine Eschner et Fred Sochard, éd. L’Elan vert et CanopÉ, 14,20 €




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