Les yeux de sa mère : un film de regards


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Mercredi 6 Avril 2011 à 11:42


Un écrivain en manque d’inspiration, une star de la télévision, une danseuse étoile, un jeune boxeur : des destins bien différents, et pourtant très étroitement liés. Thierry Klifa (avec son coscénariste Christopher Thompson) réalise ici son troisième long-métrage, un mélodrame qui tourne autour de l’image de la mère, la présentant sous toutes les coutures : une mère absente, une mère d’adoption, une mère de remplacement, ou encore une mère morte…



Lena Weber (Catherine Deneuve), tentant le dialogue avec son petit-fils, Bruno (Jean-Baptiste Lafarge).
Lena Weber (Catherine Deneuve), tentant le dialogue avec son petit-fils, Bruno (Jean-Baptiste Lafarge).
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Mathieu Roussel (Nicolas Duvauchelle), jeune écrivain, infiltre la vie d’une grande journaliste, Lena Weber, en travaillant pour elle, dans le but d’écrire une biographie non-autorisée. Il se rapproche également de sa fille, Maria Canalès (Géraldine Pailhas, épatante), danseuse étoile, avec qui Lena entretient une relation ambigüe. Maria, quant à elle, veut rencontrer son fils, Bruno, qu’elle a abandonné à sa naissance alors qu’elle n’avait que 16 ans. Voici en gros la farandole de personnages que met en scène Thierry Klifa.

Car des personnages, certes il y en a beaucoup, mais ils ont tous leur importance, des rôles principaux aux rôles secondaires. Parce qu’un regard appuyé, une réplique bien placée ou un geste tendre suffit à créer une vague d’émotion, mais aussi parce que le réalisateur aime ses acteurs, cette surcharge de personnages fait de ce film ce que l’on pourrait appeler un « mélo choral ».

Cependant, le plus important reste le personnage de Mathieu : mystérieux, peu bavard, tantôt attachant, tantôt aigri, on a parfois du mal à discerner ses réelles intentions. Détruit par la mort de sa mère, il s’implique à leur insu dans la vie des trois personnages, les réunissant tant bien que mal, ce qui va finalement – peut-être – l’aider à se reconstruire. Mention spéciale à Nicolas Duvauchelle, superbe dans ce rôle.

Superbe, tout comme Catherine Deneuve, qui d’un regard, arrive à toucher toute une salle. Si le film s’appelle « Les yeux de sa mère », c’est peut-être parce que c’est dans les siens que le spectateur plonge, des yeux brillants d’intensité et d’émotion. Mais si Deneuve arrive à jouer avec les sentiments, Klifa aussi : amours, secrets, trahisons… Tout y est. Beaucoup de séquences, beaucoup de thèmes abordés (peut être un peu trop ?), ce qui ne laisse toutefois pas au spectateur le temps de s’ennuyer.
La musique (signée Gustavo Santaolalla), nous transporte également, soulignant de grâce les pas de danse de Géraldine Pailhas, augmentant la tension du combat Jean-Baptiste Lafarge, renforçant la gravité du visage de Catherine Deneuve, le tout dans un montage alterné remarquable, qui aboutit sur un tonnerre d’applaudissements, faisant parvenir l’émotion à son apogée.

Finalement, le réalisateur réussit, malgré un scénario complexe, à nous faire vibrer au rythme des émotions des personnages, tous aussi attachants les uns que les autres. La fluidité de sa mise en scène, digne d’un film d’Almodovar (à qui d’ailleurs il rend hommage grâce à la présence de l’actrice Marisa Paredes), nous montre qu’après tout, le personnage de Mathieu, c’est un mélange entre un cinéaste et nous, spectateur : une figure de voyeur, qui infiltre la vie des autres.

« Les yeux de sa mère » est un film à toucher… avec les yeux !

Typhaine.












Angers Mag