Librairie Richer : lire entre les lignes


Rédigé par - Angers, le 05/09/2016 - 18:00 / modifié le 05/09/2016 - 16:26


Le placement de la librairie Richer en redressement judiciaire a suscité un vif émoi, depuis sa publicité, jeudi matin. Derrière le monument en péril se cache une réalité économique et financière inhérente à ce secteur d'activités, mais aussi des choix stratégiques discutés.



Librairie Richer : lire entre les lignes
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La nouvelle n'a pas tardé à faire le tour de la place : le placement de la librairie Richer en redressement judiciaire, en milieu de semaine touche autant la sphère historique que les microcosmes économiques et culturels.
Comment pourrait-il en être autrement ? L'institution fête ses 90 ans d'existence et constitue pour bon nombre d'Angevins, bien au-delà de son seul rayonnement culturel, un point de ralliement ou d'orientation réel dans le centre-ville.
 
"C'est un marqueur culturel angevin", avance l'adjoint à la culture d'Angers, Alain Fouquet. "Et pas dans le sens nostalgique du terme : c'est tout aussi vrai aujourd'hui qu'hier". Sur les réseaux sociaux, les posts n'ont pas manqué pour souligner l'attachement des lecteurs à la librairie, pas plus que les autres libraires d'Angers n'ont tardé pour réagir.
Richer est membre de l'association "Librairies Passion", qui regroupe une grande partie des librairies indépendantes de la place. "Nous avons tous été stupéfaits par cette nouvelle", introduit le président de Libraires Passion et directeur de la librairie Contact, Georges Maximos, qui se dit "perturbé, comme l'ensemble des professionnels angevins du secteur", par la situation de Richer. "Nous sommes confrères avant d'être concurrents".
Plus avant, Brigitte Biderre (librairie La Luciole) évoque la "dynamique globale" des librairies sur Angers : "Le livre appelle le livre", d'autant plus dans la période actuelle, avec des opérations communes -le premier Salon du Livre, au mois de juin, en est une- qui ont mobilisé l'énergie de tous les acteurs.

En plus de ce large mouvement de solidarité, le redressement judiciaire de l'institution angevine "a ravivé le côté militant de la librairie indépendante", poursuit Georges Maximos. "Il y a une co-responsabilité des clients dans cette histoire : nous devons sans doute être encore plus engagé, sensibiliser davantage le consommateur." Pour redire par exemple que l'argument financier ne tient pas pour acheter son livre sur internet...
"Il nous faut coresponsabiliser le client, sensibiliser davantage le consommateur", Georges Maximos, président de l'association Librairies Passion

Le contexte est de fait compliqué pour l'ensemble de la filière. "Il y a un petit rebond du marché du livre depuis à peine un an, mais il n'y a pas pour autant de météo dégagée pour les librairies indépendantes", avance Vincent Chabault, maître de conférence en sociologie à l'Université Paris-Descartes et auteur en 2014 de "Vers la fin des librairies ?" (ed. La Documentation française).
La réponse à cette dernière question est "non ! Les librairies indépendantes (qui n'appartiennent ni à un éditeur, ni à un groupe) pèsent encore 22 % du marché du livre, et c'est un chiffre qui se maintient", reprend Vincent Chabault. A titre de comparaison, c'est le même poids que les grandes surfaces spécialisées (type FNAC), plus que les surfaces alimentaires (type espace culturel Leclerc, 19,5 %), internet (18 à 20 % du marché, avec "une difficulté : Amazon ne publie pas ses chiffres...") ou la vente par correspondance et club (14,5 %).

Bref, le "livre reste un marché de libraires, et les grosses librairies indépendantes -celles qui affichent un chiffre d'affaires de plus de 500 000 €- ont pu dans leur grande majorité affronter l'évolution du marché, en repensant leurs pratiques, et leurs animations", constate l'universitaire.
La Librairie Richer fait partie de ce club des grosses librairies indépendantes : même si elle ne fait plus partie des 10 ou 15 plus grosses enseignes françaises, comme dans les années 60-70, elle occupe tout de même, selon les données publiées au mois de mai par la Bible en la matière, Livres Hebdo, le 71e rang parmi les librairies indépendantes, avec un chiffre d'affaires de 3,6 M€ en 2015 (dont 2,9 M€ pour le seul livre).

Où le bât blesse-t-il, alors ? Antoine Boussin, directeur débarqué au printemps 2015, a sa petite idée sur la question : "Il faut une réorganisation beaucoup plus profonde de la librairie, notamment en ce qui concerne la papeterie. Plus largement, Richer est en manque de réflexion et de dynamisme depuis 20 ans, ce qu'ont fait tous les indépendants qui s'en sont sortis." L'ancien directeur commercial des éditions Grasset, engagé par Pierre Richer en 2012, parle en somme "d'une révolution. La situation actuelle me désole : c'est un gâchis économique, culturel et humain total, alors que l'on avait réussi à changer la donne, à en faire un lieu à nouveau ouvert à tous", complète celui qui est parti en froid avec le P-Dg, après deux ans de bonne entente. Reste que l'homme croit au potentiel de Richer : "En 2012, je ne suis pas venu pour enterrer la librairie ! C'est une institution, mais les éventuels repreneurs devront prendre totalement la main".
"48 % des fidèles des librairies indépendantes ont plus de 50 ans ; il y a un véritable enjeu de renouvellement de clientèle"  

Un discours tranchant mais amoureux du lieu qui ne désespère donc pas que la librairie emblématique du centre angevin trouve preneur. Avec de réels arguments à faire valoir, mais également des impondérables. "Il y a un réel défi générationnel dans ce type d'établissement", relance Vincent Chabault. "48 % des fidèles des librairies indépendantes ont plus de 50 ans ; il y a un véritable enjeu de renouvellement de clientèle." Ajoutez à cela le fait que la librairie est "le commerce indépendant le moins rentable d'un centre-ville -le plus rentable étant l'opticien-", vous aurez une équation difficile à résoudre.
Mais pas impossible. "De nombreux dispositifs d'aide à la reprise existent, auprès notamment du Centre national du Livre (CNL) ou de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), mais les librairies doivent aussi, en interne, repenser leur rôle de conseil, d'animation, et s'inscrire plus que jamais dans l'activité culturelle locale", dessine Vincent Chabault.
 
Un combat dans lequel Richer n'est pas seul. En plus du soutien unanime des collègues libraires, la municipalité entend "maintenir une activité de ce type à cet endroit", appuie l'adjointe en charge des commerces, Karine Engel. "Sur les questions d'accessibilité et de visibilité, nous pouvons par exemple être présents. Comme sur la recherche d'acteurs et de prospects".
 
Une chose est sûre : une page va se tourner à la librairie Richer. Fin de l'histoire ou début d'une autre ? On ne devrait pas attendre la fin de la procédure de redressement pour y voir plus clair : d'abord parce que la librairie aura du mal à tenir six mois sur ses stocks ; ensuite parce que des pistes sont d'ores et déjà ouvertes avec d'éventuels repreneurs.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Antoine Ruffin le 06/09/2016 06:35 | Alerter
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J'ai été longtemps client de cette librairie mais je n'y vais plus depuis deux ans. Accueil glacial, j'ai eu plusieurs fois l'impression de déranger les employés avec mes demandes.
On peut évoquer la crise du livre et la fréquentation du centre-ville, je pense que cette librairie devrait revoir sa politique de la relation clients.

2.Posté par Larousse le 07/09/2016 13:14 | Alerter
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Richer est en manque de réflexion et de dynamisme depuis 20 ans,
: c'est un peu le problème des vieilles maison angevines qui ont du mal à comprendre que les recettes qui ont fait leur succès par le passé ne sont pas éternelles et qu'il faut évoluer pour ne pas crever. Richer est à l'image de ce qui manque à ce territoire: du dynamisme...

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