Ma part du gâteau : service à partager


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Jeudi 31 Mars 2011 à 09:24


France, à la fois métonymie du prolétariat de sa région et allégorie de son pays, s’installe à Paris, où elle travaille en tant que femme de ménage pour Steven, féroce prédateur, autant dans le monde de la finance que dans ses relations personnelles. Klapisch signe avec ce dixième film une comédie sociale touchante et surprenante.



L’ouvrière (Karin Viard) face au patron (Gilles Lellouche) : simple lutte des classes ?
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À Dunkerque, l’usine de France (Karin Viard) ferme, pour cause de faillite. Elle, et tous ses amis, se retrouvent au chômage. Après avoir tenté le suicide, qui s’avère un échec, cette mère de trois enfants décide de partir travailler à Paris. Steven (Gilles Lellouche), homme d’affaire séduisant, l’emploie comme femme de ménage. Mais celui-ci, que France observe avec curiosité, puis désire, s’avère être un des traders responsables de la fermeture de son usine.

Disons le d’emblée, la force de ce film ne réside évidement pas dans son synopsis, qui souffre, il me semble, d’une schématisation un peu trop «comédie simpliste», mais peut-être – sûrement – dans une mise en scène juste, un jeu d’acteur flamboyant et de fins dialogues. Et pour cause, Cedric Klapisch n’en est pas à son coup d’essai. De plus, la comédie est sans aucun doute son domaine de prédilection. En effet, s’il nous dressait un joyeux portrait du monde étudiant avec « L’auberge Espagnole », il pointe ici du doigt l’absurdité du rapport qui lie les véritables patrons à leurs employés : une relation abstraite, lointaine, et aussi vide de sens que les suites de chiffres à l'écran du trader : virtuel. La virtualisation des relations humaines, c'est là que le sujet, à mon sens, devient intéressant. Klapisch dit stop, et veut, coûte que coûte, nous le faire entendre. Et il y met les moyens, n’hésitant pas à pousser la caricature à l’extrême, laissant un trader, après leur avoir retiré leurs emplois, qualifier de «playmobils» les Dunkerquois.

Cédric Klpaisch, as du montage, nous prouve une fois de plus son talent en la matière, notamment lors d’un générique brillant : un montage alterné, composé principalement de rapides travelings, qui mélangent deux univers pour mieux les contraster. Cette scène (d'exposition ?), nous annonce, presque aussi subtilement que dans ses autres films, le fil rouge de l'histoire : la rencontre de deux mondes totalement opposés, provoquant une forte collision. Les pieds sur terre, contre le déconnecté de la réalité. C'est sur cette image - pour certains trop simpliste, voire démago, pour d'autres engagée et touchante – que s'achève le film. Ainsi, cette traduction romanesque de la réalité sociale actuelle, mélangeant les genres, allant de la comédie italienne à l'Hollywoodienne en passant par le drame social, et voguant sur la vague française de la comédie sociale (« Le nom des gens », « Mammuth », « Les femmes du sixième étage » …) ne serait que la caricature d'un peuple qui réclame sa France face au gros méchant qu'est le monde boursier ?

Non, bien sûr que non. « Ma part du gâteau », c'est une douce dénonciation du cruel manque de sens du système financier de notre société. Avec des chiffres, on ne comprend pas. Qu'à cela ne tienne, Klapisch y met de l'image, des mots, de la vie. Alors forcément, quand celui qui « dézinguait » la boîte, se retrouve face à face avec la troupe d'enragés qui y gagnait son pain, il n'en sort pas indemne. Lui, il s'est faire refaire le portait, nous, on nous a ouvert les yeux.

Le cœur plein d'espoir, on ressort de la salle dévoré par l'énergie du cinéaste, qui n'a toujours pas perdu sa part de génie, ne gâtant pas notre plaisir !

Lucie.


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1.Posté par Sakji le 31/03/2011 18:49 | Alerter
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Bonjour Lucie

Je voulais vous féliciter pour cet article car je l'ai trouvé d'une justesse remarquable. Je m'intéresse de près à tout ce qui se dit sur "Ma part du gâteau" et je vois par moment des critques qui sont réellement injustifiées (dès qu'on appui là ou ça fait mal...). J'ai eu la chance d'approcher Cédric Klapisch (hé oui je suis le papa d'Alban fils de Gilles Lellouche dans ce film) et je sais précisément ce qu'il a voulu montrer à travers cette comédie sociale et pourquoi il a opté...








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