Maison d'arrêt d'Angers, deux heures pour approcher « une vie »


Rédigé par - Angers, le 27/06/2015 - 06:50 / modifié le 27/06/2015 - 13:05


Son déménagement programmé à Trélazé a beaucoup fait parler. En attendant sa concrétisation, la vie continue à la maison d'arrêt d'Angers, grouillante en dépit des murs et des préjugés qui l'entourent. Invités à suivre une visite des députés Luc Belot et Marc Goua, nous avons pu y pénétrer durant deux heures pour en approcher la réalité.



L'une des cours de promenade de la maison d'arrêt d'Angers.
L'une des cours de promenade de la maison d'arrêt d'Angers.
12h30, vendredi. Au pied de la maison d'arrêt d'Angers, un soleil de plomb cogne sur la place Olivier Giran, où trois journalistes et un photographe de la presse locale ont répondu à l'invitation du député (PS) Luc Belot. L'occasion pour celui-ci d'éprouver l'amendement qu'il a déposé et contribué à faire adopter le 10 décembre avec d'autres députés socialistes pour autoriser les parlementaires français à visiter désormais les lieux de privation de liberté en compagnie de journalistes. Avouons-le, l'opportunité ne se refuse pas.

Au centre de toutes les attentions l'an passé, eu égard à l'attente suscitée par son projet de déménagement - aujourd'hui acté - la maison d'arrêt d'Angers et son fonctionnement n'en demeurent pas moins une grande inconnue, y compris pour nous, journalistes. Carte d'identité et carte de presse remises à l'accueil, nous voici dans le premier sas d'accès au centre pénitentiaire, où nous attendent son nouveau directeur, Jacques Mege, le responsable du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (Spip), Yannick Royer, le chef de la détention, Gérard Lebrun, la responsable de la formation du personnel, Sylvie Bertin et un autre député, le maire de Trélazé, Marc Goua (PS).

L'occasion d'un briefing et, pour Marc Goua, de rappeler l'inscription de la construction d'une nouvelle maison d'arrêt sur sa commune dans le nouveau plan triennal d'investissement des prisons. "Je pense sincèrement qu'on a piqué la place à quelqu'un d'autre" sourit-il encore. Où en est le projet ? L'estimation des terrains de la Bodinière à Trélazé est en cours et la création d'une gare à proximité est actée, indique-t-il. Quant aux travaux, même si un lancement en 2017 est évoqué pour une ouverture en 2020, la prudence semble encore de mise. "Ce sera sans doute l'un des plus gros investissements des années à venir sur la région ("40 à 60 millions d'euros"). Il va falloir que ça se travaille" prolonge le député-maire de Trélazé.
 
366 détenus pour 267 places
 
Que ça se travaille ? En clair, que tous les acteurs impliqués dans le dossier coordonnent leurs efforts pour réussir la mise en oeuvre d'une nouvelle maison d'arrêt digne. "Ce sera forcément mieux" assure Luc Belot. Et cela passera prioritairement par une meilleure gestion de l'espace pour "retrouver des conditions normales de fonctionnement et d'hébergement", replace Jacques Mege. Ouverte en 1856, la maison d'arrêt Angers accueille aujourd'hui 366 détenus pour 267 places. Elle sature mais elle a connu bien pire. Ils étaient plus de 400 fin 2008 et "jusqu'à près de 500 détenus avant 2000, ce qui nous obligeait à mettre des matelas au sol, raconte Gérard Lebrun qui y exerce depuis 1992, C'est le manque de place qui nous bride au niveau des interventions. Les murs, ça ne se pousse pas."

Marc Goua, Luc Belot, Gérard Lebrun (chef de détention) et Jacques Mege (directeur de la maison d'arrêt) dans la galerie Nord.
Marc Goua, Luc Belot, Gérard Lebrun (chef de détention) et Jacques Mege (directeur de la maison d'arrêt) dans la galerie Nord.
La preuve par l'exemple. Après avoir emprunté la galerie nord, aujourd'hui réservée aux nouveaux arrivants (douze cellules de deux places chacune), nous voilà dans l'atelier de formation aux métiers du bâtiment. Un espace réduit, voire un peu oppressant, que fréquentent chaque jour des stagiaires suivis par le Greta (1). L'atelier réservé aux formations industrielles (métallerie, soudure...) est un peu plus grand mais entre ateliers et machines, la promiscuité reste importante.

Au total, 16 places sont disponibles pour ces formations, financées par la Région. Les candidatures sont examinées par une commission pluridisciplinaire, en fonction de la situation pénale, de la motivation, du parcours scolaire mais "6 personnes sont en attente". "Comme nous sommes sur des courtes peines avec des entrées et sorties permanentes, le turn-over permet de ne pas trop attendre" assure Jacques Mege.
"Les détenus, comme nous, existent aussi dans le regard de l'autre. Et la nature des activités qu'ils peuvent suivre durant leur détention joue sur cette image" Yannick Royer, responsable du Service pénitentiaire d'insertion et de probation.

Arrivé en février dernier, en provenance du centre de détention de Villenauxe-la-Grande (Aube), près de Troyes, le nouveau directeur de la maison d'arrêt ne tarit pas d'éloges sur le "maillage très important" existant entre son nouvel établissement, la ville, les organismes d'Etat et les associations, pour préparer la sortie des détenus : "Il y a une vie". Un point fort, souligné déjà à plusieurs reprises dans ses rapports par le contrôleur des lieux de privation de liberté. "Les détenus, comme nous, existent aussi dans le regard de l'autre. Et la nature des activités qu'ils peuvent suivre durant leur détention joue sur cette image" insiste Yannick Royer, tout en reconnaissant, du fait du contexte économique, une plus grande difficulté à travailler sur l'insertion des personnes que suit son service.

Pour les détenus, cette démarche d'insertion passe aussi par une possibilité de travail. Un atelier, concédé à des entreprises privées du territoire (dont on nous demande de taire le nom), voit passer chaque jour plus d'une trentaine de personnes. Les horaires -8h-11h15 et 14h - 17h15-, sont aménagées en fonction des parloirs, des visites médicales et autres nécessités. La rémunération s'opère au rendement. Mais son passage au taux horaire est à l'étude. Une partie de cette rémunération est réservée aux parties civiles.

La cour de promenade des nouveaux arrivants.
La cour de promenade des nouveaux arrivants.
Après la visite de deux cours de promenade, l'une réservée aux nouveaux arrivants, sans grillage au dessus de leurs têtes, l'autre pas, retour à la galerie nord. "Vous voulez peut-être voir à quoi ressemble une cellule ?" On a vu. Un lit superposé, un lavabo, un WC sans porte, une table, quelques étagères, un petit frigo, une télé. Sommaire, froid et, pour deux personnes, sans la moindre possibilité d'intimité. La visite du centre de semi-liberté, construit à côté de la maison d'arrêt, nous permettra plus tard de comparer le confort de ses chambres, conformes à ce qui se fait aujourd'hui dans les nouveaux centres de détention.

A défaut d'avoir pu échanger avec des détenus (nous n'y étions pas autorisés), restent nos propres impressions sur une visite instructive mais bien évidemment trop courte : le constat d'une vétusté évidente, d'une activité dense inattendue - les allées et venues sont continuelles dans la maison d'arrêt - et, à travers les témoignages, furtifs ou non, d'une implication collective et humaine des personnels rencontrés, visant un seul but manifeste : réussir la sortie des détenus.

(1) Greta : structure de l'Éducation nationale spécialisée dans la formation pour adultes

 




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1.Posté par Merlin le 27/06/2015 11:45 | Alerter
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Marc Goua en prison !!!! Annonciateur? Prémonition ? Ou juste un miracle....








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