Marc-Antoine Mathieu : l'art nourri des "Décalages", au Grand Théâtre


Rédigé par - Angers, le Mercredi 26 Octobre 2016 à 07:40


L'auteur de BD angevin expose, jusqu'au 11 décembre, 30 ans de travail, au gré d'une proposition explorant les formes, au Grand Théâtre. Singulier, forcément, à l'heure où sort "Otto, l'homme réécrit", son nouvel ouvrage publié chez Delcourt.



Marc-Antoine Mathieu en pleine expérience immersive, tirée de son avant-dernier ouvrage, S.E.N.S.
Marc-Antoine Mathieu en pleine expérience immersive, tirée de son avant-dernier ouvrage, S.E.N.S.
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"La BD, ça se lit, ça ne s'expose pas". Marc-Antoine Mathieu ne goûte guère l'exercice des expositions, encore moins celui des rétrospectives : "Ce qui m'intéresse, c'est ce qui se passe demain, pas ce qui s'est passé hier".
C'est pourtant bien 30 ans de travail que l'on retrouve évidemment condensé, jusqu'au 11 décembre, dans le Grand Théâtre, au fil de l'exposition "Décalages". A Angers, là où tout a commencé et où tout se poursuit aujourd'hui. "Quand la librairie Au Repaire des Héros m'a fait la proposition d'une carte blanche, j'y ai vu un intérêt de restituer 30 ans de travail qui correspondent à 30 ans de vie sur Angers, sur le territoire", avance d'emblée Marc-Antoine Mathieu.
 
Lire entre les lignes, comme il convient de le faire sur quasiment chacune des œuvres de l'auteur : ce "Décalages " n'auraient pas pu se faire ailleurs qu'à Angers. Ni sa muséographie se cantonner à une forme classique et linéaire. Car depuis 30 ans que le "littéraire" Marc-Antoine Mathieu s'est saisi du médium BD pour caser avec talent son univers, il l'a fait avec une liberté de propos et de formes qui ont révolutionné le 9e Art. Une œuvre "unique", pour l'universitaire Pascal Krajewski qui publie ces jours-ci chez PLG (collection mémoire vive), "L'Enquête, sur l'art de Marc-Antoine Mathieu". "C'est celui qui enferme des rêves noir et blanc, vastes points d'interrogations philosophiques, dans des pages dessinées et parfois déchiquetées".

Nulle surprise, pour Pascal Krajewski, à voir ainsi Marc-Antoine Mathieu exploser les cadres de la BD, au fil de ce "Décalages". "La révolution de son travail est de passer à un autre médium. C'est une torture de la BD au carré, qui finit par la faire sortir de la case et de la planche." Le résultat, c'est une exposition "transversale et protéiforme", parce qu'un "récit ne peut se cantonner à la de la BD, au cinéma ou au théâtre. Les formes d'art se fondent et mutent. Cette exposition en est le témoignage", insiste Marc-Antoine Mathieu.
"Un récit ne peut se cantonner à la de la BD, au cinéma ou au théâtre. Les formes d'art se fondent et mutent. Cette exposition en est le témoignage" Marc-Antoine Mathieu

On y retrouve évidemment les planches de certains de ses ouvrages, et son personnage fétiche de Julius Corentin Acquefacques, en pleine exploration de l'espace et du temps. Un personnage qui prend corps et matière au fil de l'exposition, au gré d'installations en 3D, rappelant autant la formation "sculpture" de Marc-Antoine Mathieu que son travail de graphiste et scénographe au sein de l'atelier Lucie Lom, depuis 1986.

On y découvre aussi les premières affiches d'illustration composées pour des artistes locaux, un portrait de Dieu plaqué sur le mur, comme les citations d'auteurs inspirant le travail de l'artiste. Et puis un travail déroutant mais addictif autour de S.E.N.S, l'ouvrage publié en 2014 aux éditions Delcourt, adapté en expérience interactive immersive en réalité virtuelle : S.E.N.S-VR est la preuve "qu'un casque peut contenir le monde en soi. C'est l'errance dans la peau du personnage, un Sisyphe en terrain plat", explique Marc-Antoine Mathieu qui parle d'une "exposition simple : j'ai essayé de mettre en place des silences et des espaces de lecture contemplative."
Une invitation à ne pas aller (uniquement) vers le visible, mais vers d'autres possibles.
 
Exposition Décalages au Grand Théâtre d'Angers, visible jusqu'au 11 décembre. En partenariat avec Au Repaire des Héros, la Ville d'Angers et les éditions Delcourt. Entrée libre.
Une table ronde autour du travail de Marc-Antoine Mathieu aura lieu le samedi 10 décembre au Grand Théâtre, avec l'auteur, Etienne Lécroart, animée par François-Jean Goudeau (La Bulle de Mazé). Réservation gratuite ouverte au 02 41 24 16 40.

En complément, vous pouvez retrouver
ici et la rencontre fleuve organisée par Angers Mag entre Marc-Antoine Mathieu, Etienne Davodeau et Olivier Supiot, en novembre 2014.

Marc-Antoine Mathieu : l'art nourri des "Décalages", au Grand Théâtre
"OTTO, l'homme réécrit"
Après "Le Décalage", 6e tome des aventures de Julius Corentin Acquefacques, en 2013, et S.E.N.S en 2014 (les deux chez son éditeur historique, Delcourt), Marc-Antoine Mathieu publie ces jours-ci "Otto, l'homme réécrit", une fable en forme de huis-clos qui interroge la connaissance de soi, qui l'on croit être et qui l'on devient lorsque le passé s'ingère. Un récit en noir et blanc dense et créatif sur l'identité, notre connexion au réel ou à ce qui apparaît comme tel.

"Otto", du nom d'un artiste aux représentations prisées et singulières, reçoit en legs de ses parents -dont il est coupé depuis longtemps- une malle remplie de documents écrits, cassettes, vidéos... En fait, les sept premières années de sa vie disséquées dans le cadre d'une expérience scientifique. Des années de construction de soi dont il remonte obstinément le fil : un saut dans l'inconnu, vertigineux, philosophique et, quelque part, onirique.

Où tout s'efface, les certitudes en premier lieu, pour laisser place à autre chose, bien au-delà de l'absurde.
 
"Otto, l'homme réécrit", aux éditions Delcourt, 72 pages, 19,50€.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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