Maryam Samaan ou l'art comme miroir des sentiments


Rédigé par Margot PAGE - Angers, le Samedi 11 Juillet 2015 à 08:50


Jusqu'au 19 juillet, la Corbata Rosa donne carte blanche à Maryam Samaan, artiste syrienne d'origine palestinienne, pour décorer les murs de l'Autrelois. Elle y expose ce qui lui plaît : ses dessins à l'aquarelle, à l'encre ou encore au bic, un petit aperçu de son œuvre pourtant polyvalente.



Maryam Samaan ou l'art comme miroir des sentiments
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20 rue Beaurepaire, au petit matin dans la Doutre, Maryam Samaan nous attend. "Ça va, tu vas bien ?", lance-t-elle directement, pétillante. C'est tout en simplicité qu'elle nous reçoit dans la petite galerie où elle a (re)fait son nid pour le mois de juillet : l'an passé déjà, elle avait exposé ici-même son travail, avec deux autres artistes, Denis Huneau et Mitsuaki Saito. On s'assied dans un petit coin, au milieu de ses dessins et on l'écoute nous raconter un peu plus son univers, plein d'idées et de projets.

"Des projets, toujours faire des projets", c'est ce qui a rythmé l'enfance de Maryam, à Damas. Très manuelle, elle s'adonne à toutes sortes d'activités : "J'ai même essayé d'écrire un roman !" rigole-t-elle. Avant de passer le bac, elle hésite entre trois rêves : devenir avocat (mais pour défendre les droits, et pas les lois), faire de la psychologie ou être artiste. Etudiante pas très scolaire, elle prend la voie de sa passion, l'art. "J'ai toujours pensé que c'était un bon choix :  dans l'art, il y a tout en même temps !".
Elle entre donc au conservatoire de Damas pour étudier la scénographie, et est bien consciente d'être dans milieu protecteur, privilégié. Dans sa classe, 11 étudiants. "On était très encadré, tous les profs s'intéressaient à nous". Pendant 4 ans, elle s'épanouit donc dans l'univers du théâtre : analyser les personnages, étudier leurs comportements et traduire leur psychologie dans les costumes et les décors, c'est ce qui la botte. Ouverte d'esprit, elle essaie de ne pas donner raison aux rumeurs qui courent dans les rues de Damas : "Les artistes sont des gens fous !"
Elle veut trouver un juste équilibre, ne pas vivre sa passion à l'extrême, coupée de la société : "Je voulais aussi être partout, avec tout le monde". En sortant de l'école, elle touche au design d'intérieur, à la publicité. Elle n'oublie pas le théâtre mais "ce n'est pas comme en France, à Damas il n'y a que trois théâtres, et un seul propose vraiment de bonnes choses, ça ne fait pas beaucoup de travail…"
"Quand tu as besoin de t'exprimer, tu cherches tous les moyens pour le faire. Au final je ne suis pas exigente dans la réalisation, mais je veux que le résultat final corresponde à mes idées"

25 ans, cap sur la France ! Parce qu'elle adore ce pays, et parce que depuis qu'elle est petite, son oncle, qui y vit, lui ramène des cadeaux et l'endort avec ses belles histoires. Elle poursuit ses études théâtrales, d'abord à Rennes, puis à Paris. Au départ, elle ne ressent pas vraiment la différence avec la Syrie, la fac, les études, l'apprentissage est toujours très théorique. Mais aux Beaux-Arts de Rennes, c'est différent. "Peut être parce que j'étais étrangère, les professeurs m'ont très bien accueillie. Ils m'ont aidée à développer mes idées et mes compétences, et m'ont laissé toute la liberté dont j'avais besoin". En Syrie, le mot d'ordre, c'est apprendre. En France, elle cherche à s'exprimer, à construire ses idées.

"Mes origines comptent beaucoup pour moi". Son engagement politique est difficile à aborder, elle est avant tout pacifiste. Ses œuvres engagées sont pour la plupart anonymes, et celles qu'elle vend son signées. "Lorsque tu vends un tableau c'est fini, c'est emprisonné", mais le message d'une œuvre anonyme est plus largement diffusé, et c'est sans doute sa manière à elle de s'engager. Elle nous parle d'un projet qui a été énormément diffusé, et exposé énormément, mais "l'important c'est la communication, c'est dire non, tous ensemble, à quelque chose".
Seulement parfois, il faut se mouiller. Quand l'artiste syrien Youssef Abdelki est arrêté et condamné à 40 ans de prison, elle réagit par une série de photos inspirées de ses tableaux, des grands formats en noir et blanc. Avec son frère, munis d'un petit appareil basique, ils demandent sa libération. Si l'artiste n'échappe pas à la réclusion, les photos ont fait parler et ont été diffusées sur les pages Facebook dédiées.

Dans la galerie on peut voir des œuvres plus "légères". "Celui-là je l'ai fait pendant un séminaire (oups), celui-là je me suis dit que ça ferait une bonne déco pour chez moi, mais ceux-là sont un peu différents." Elle nous montre une série dans un coin, "encre et sang". Plus violents, ils sont plus symboliques, et expriment comment l'encre peut tuer les hommes. "On tue les hommes parce qu'ils réfléchissent". Finalement, aucune œuvre n'est totalement neutre, mais traduit ses sentiments. Inspirée par tout ce qu'elle voit, elle se sent parfois obligée de dessiner, pour "se vider". Et pour ça, elle touche à tout : dessins, bijoux, photos, installations. "Quand tu as besoin de t'exprimer, tu cherches tous les moyens pour le faire. Au final je ne suis pas exigente dans la réalisation, mais je veux que le résultat final corresponde à mes idées".

Maryam voudrait retrouver sa Syrie natale pour vivre ses dernière années. Mais pas pour le moment, "je veux vivre comme j'ai envie de vivre". Et surtout vivre de sa passion, car elle a foi dans l'art, l'art de tous les jours.

Exposition "Carte blanche à Maryam Samaan", jusqu'au 19 juillet à L'Autrelois, 20 rue Beaurepaire. Ternissage le 18 juillet à 18h30.

Une des reproductions de Youssef Abdelki pour demander sa libération
Une des reproductions de Youssef Abdelki pour demander sa libération












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