Maryvonne Lepage, au nom de Camille

Les portraits de l'année # 5


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 29/12/2015 - 07:30 / modifié le 28/12/2015 - 13:14


Le 12 mai 2014, la photojournaliste angevine Camille Lepage était tuée lors d’un reportage en Centrafrique. Depuis un an, sans relâche, sa maman, Maryvonne, se consacre à faire vivre son engagement. Une nécessité autant qu’une évidence pour surmonter la douleur. Et garder le contact avec sa fille.



Maryvonne Lepage, chez elle à Angers (photo Jean-Michel Delage).
Maryvonne Lepage, chez elle à Angers (photo Jean-Michel Delage).
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A deux pas de la Promenade du Bout du Monde où ses confrères et consœurs lui rendirent hommage une semaine après sa disparition, Camille Lepage est encore là. Dans les mots, les pensées et le regard d’une fine femme de 64 ans à la voix douce dont le portable, posé près du paquet de cigarettes, ne cesse de vibrer. Dans le parfum de deuil aussi qui semble encore envelopper la jolie maison de la rue Saint-Aignan où la photoreporter angevine venait se ressourcer de temps en temps entre deux reportages. « Camille a été incinérée. Elle a une plaque face à mes parents au jardin du souvenir du Cimetière de l’Ouest où je vais lui parler, lui déposer une fleur. Mais mon recueillement se fait surtout ici » ne cache pas Maryvonne Lepage.
 
Le 13 mai 2014, un an seulement après sa retraite, la vie de cette ancienne directrice des ressources humaines de la Chambre de commerce d’Angers a complètement basculé. La veille, tout près de la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine, Camille a été tuée d’une balle dans la tête dans une embuscade avec un petit groupe de militants anti-balaka, une milice d’auto-défense qu’elle avait décidé de suivre en reportage. « Depuis le coup de fil du Quai d’Orsay, je ne suis plus du tout dans la même logique de vie que je m’étais construite. Mes pensées et mon action sont tournées vers Camille à 100%. »
"Nous aurions pu rester entre nous avec notre douleur mais je n’ai refusé quasiment aucune interview."
 
A l’époque, la disponibilité et le courage médiatique de Maryvonne Lepage avaient forcé l’admiration. Plus encore, aussitôt la mort de sa fille rendue publique, c’est son attachement à défendre le choix de vie et l’engagement professionnel de Camille sur toutes les antennes, qui avait étonné. « Dès le 13 au soir, nous aurions pu rester entre nous avec notre douleur mais je n’ai refusé quasiment aucune interview, explique-t-elle. Quand j’y repense, j’étais peut-être dans un état second mais j’avais vraiment le sentiment de dire ce qu’elle voulait que je dise. »

A l’écouter, on comprend que ce dialogue se poursuit. Parler de Camille, de son métier et de sa sensibilité nourrit depuis le quotidien de Maryvonne Lepage. En septembre, à l’initiative aussi d’Adrien, le frère de Camille et de son père Guy, une association a vu officiellement le jour pour « promouvoir sa production photographique », « dans le respect de son travail et de son état d’esprit », insiste sa présidente.

Le succès de l’exposition présentée au Grand Théâtre d’Angers en décembre -plus de 25 000 visiteurs- l’a beaucoup touchée. « Je me souviens de ce contraste étonnant entre l’agitation du marché de Noël et le recueillement qu’on ressentait à l’intérieur du théâtre. » Avrillé, Saint-Martin-du-Fouilloux, Beaucouzé mais aussi Paris (à la BNF), Lille, les festivals d’Arles, Bayeux, Le Touquet… les images de Camille ont beaucoup tourné depuis.
"Je fais attention en me demandant toujours ce que Camille en aurait pensé. Si elle aurait accepté."

Sur une idée de Jean-François Leroy, le patron du festival Visa pour l’Image de Perpignan, un prix Camille Lepage, doté de 8000€, vient aussi d’être lancé pour encourager le travail d’un photojournaliste engagé au long cours. Une fierté pour Maryvonne Lepage restée en contact avec nombre d’amis reporters de Camille. « Tout ce travail me porte, même s’il faut que je pense aussi à me ménager, admet-elle, J’ai refusé peu de choses jusqu’à maintenant et pourtant je fais attention en me demandant toujours ce que Camille en aurait pensé. Si elle aurait accepté. »

Autant d’énergie pourrait laisser croire que la douleur s’est estompée. Il n’en est rien. « Les gens ne s’en aperçoivent pas mais il y a des moments très difficiles. J’entends sa petite voix qui me parle, souvent d’ailleurs tout prêt du côté droit (elle montre sa tête). Peut-être parce que c’est là où elle me faisait des câlins. »

www.camillelepage.org
www.facebook.com/associationcamillelepage
www.visapourlimage.com/fr/prix_lepage.do

Lire également à ce sujet :
- L'interview de Romain Laurendeau, lauréat du 1er prix Camille-Lepage

Bio Express
1951. Naissance le 5 janvier à Tübingen (Allemagne) où son père, militaire dans le Génie, est alors en service.
1955. Arrivée à Angers.
1980. (jusqu’en 2013). Responsable administratif puis directrice des ressources humaines à la CCI d’Angers.
1981. Naissance le 10 décembre d’Adrien, son premier enfant.
1988. Naissance le 28 janvier de Camille.
2014. Le 12 mai, décès de Camille en Centrafrique. Le 20 septembre, création officielle de l’association « Camille Lepage – On est ensemble ».
2015. Le 3 septembre, remise du premier Prix Camille Lepage lors du festival Visa pour l’Image de Perpignan.
 












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