Massacres d’Algérie, l’autre commémoration du 8 mai


Rédigé par - Angers, le 09/05/2015 - 11:14 / modifié le 07/08/2015 - 08:19


C’est l’une des pages les plus sombres de notre histoire coloniale, occultée par les 70 ans de la victoire contre l’Allemagne nazie. Le 8 mai 1945 des massacres de populations civiles, prémices d’une autre guerre, étaient perpétrés de l’autre côté de la Méditerranée. Des commémorations ont été organisées en France, dont Angers, pour que ce fait historique ne tombe pas dans l’oubli.



Jacques Lambour lors de son intervention, sur le Pont Confluences
Jacques Lambour lors de son intervention, sur le Pont Confluences
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Qui sait vraiment que le 8 mai 1945, alors que le peuple français savourait la paix et la liberté retrouvées, des événements tragiques survenaient de l’autre côté de la Méditerranée.  En Algérie alors colonie française on fêtait la libération de la France avec les colons et les Algériens ayant participé au conflit. C’était le cas à Sétif, une ville de 200.000 habitants située à 300 kilomètres à l'est d'Alger, où un défilé était organisé. Le PPA (Parti du Peuple Algérien) qui participe à cette fête saisit l’occasion pour rappeler les promesses d’émancipation du gouvernement français de l’époque et le souhait des Algériens d’accéder à leur indépendance.
 
Si la manifestation est autorisée, l’emblème algérien que portent certains manifestants et les slogans nationalistes qu’ils profèrent sont considérés comme subversifs par les autorités. Bouzid Saâl, un jeune scout musulman qui arborait fièrement le drapeau national est pris à partie et abattu par un commissaire de police. S’en suit alors un mouvement spontané d’autodéfense réprimé dans le sang par l’armée du Gouvernement provisoire de la République Française. Le bilan de cette véritable tuerie, toujours contesté, fait état d'une dizaine de morts européens et plusieurs milliers d’Algériens. Une vague de répression s’en suivit et au total, selon le gouvernement algérien, 45 000 arabes Algériens - chiffre là-aussi contesté- auraient été passés par les armes à Sétif, mais aussi à Gelma, Kherrata (1500 Algériens et 110 européens selon l'armée française de l'époque) et dans tout le Constantinois. Aujourd'hui l'Etat français reconnait qu'environ 20.000 à 35.000 Arabes algériens auraient été massacrés.
 
Des massacres longtemps passés sous silence, mais que les historiens considèrent comme le premier épisode sanglant de la guerre qui opposera ensuite, de 1954 à 1962, les nationalistes algériens à l’armée française.
 
Jacques Lambour, un ancien d’Algérie, appelé à combattre sans vraiment connaître les raisons de ce conflit, se souvient : « Nous n’étions pas vraiment informés de ce qui se déroulait sur place et je partais avec des idées plutôt pacifistes ». Alors engagé pour garder une base aérienne, il n’a pas été à même de tuer des Algériens. « Mais s’il avait fallu le faire, je l’aurais peut-être fait, à moins que ce soit moi qui me fasse tuer. A l’époque on nous disait que ceux que l’armée combattait étaient des rebelles, des terroristes qui tuaient les Français installés sur place ».
 
« Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli et encore moins dans le déni. La vérité elle n’abime pas, elle répare. La vérité elle ne divise pas, elle rassemble » - François Hollande, Président de la République Française.

Bien des années plus tard, Jacques Lambour qui donne sa solde militaire, par l’intermédiaire de l’association des «  Anciens Appelés d’Algérie et leur Amis contre la guerre », aux populations opprimées : Algérie, Palestine, Tchétchénie … a compris. « Je n’ai pas honte de faire acte de repentance, même si je n’ai pas tué »  affirme-t-il. « Je reconnais quelques avancées de la part du gouvernement français, mais il faudrait aller plus loin ».  Récemment, Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants et à la mémoire s’est rendu à Sétif pour honorer la mémoire des personnes tuées lors de ces massacres.
 
« On nous parle de réconciliation, mais il faudrait que les deux peuples soient fâchés pour cela et ce n’est pas le cas. La preuve je suis retourné vivre sur place juste après l'indépendance et je n’ai jamais été inquiété   », poursuit Jacques Lambour qui reprend à son compte, une phrase de François Hollande, prononcée lors de sa visite à Alger, en décembre 2012 : « Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli et encore moins dans le déni. La vérité elle n’abime pas, elle répare. La vérité elle ne divise pas, elle rassemble ».

La plaque posée par les associations sur le parapet du pont. "Combien de temps restera-t-elle ? s'intérroge Jacques Lambour
La plaque posée par les associations sur le parapet du pont. "Combien de temps restera-t-elle ? s'intérroge Jacques Lambour
Pour Mhamed Metlini, un franco-algérien né dans la Mitidja, la plaine fertile de l'arrière-pays algérois, avant la guerre d'Algérie, « les Algériens ont dépassé la colère qu’ils avaient à l’époque, désormais ils ont d’autres préoccupations avec les extrémistes musulmans, une minorité inhumaine qui terrorise les populations en place ».
 
Un peu plus de 50 personnes issues d’associations telles que le Mouvement de la Paix, 4ACG, Falsafa, LDH 49, Libre Pensée 49, se sont réunies ce vendredi sur le pont Confluences qui enjambe la Maine à la hauteur du CHU, autour de Jacques Lambour. « Le lieu symbolise le rapprochement entre deux rives, celle de France et celle de l’Algérie, et c’est un devoir d’être ici , c'est même un acte citoyen et républicain », déclarait pour l’occasion Chadia Arab, chercheuse en géographie sociale, et conseillère municipale de la minorité.
 
Les personnes présentes qui n’ont pas pour autant occulté les cérémonies du 70e anniversaire de la libération qui se déroulaient un peu plus haut sur la place Leclerc, - « un moment qui rappelle à la mémoire de chacun ceux qui sont morts du fait de l’intolérance raciste et xénophobe » - , se sont recueillies en écoutant le chant des partisans joué à la cornemuse. Une plaque symbolique a ensuite été accrochée au parapet du pont.




Yannick Sourisseau
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