Médicaments bradés à l’hôpital, la thèse qui fait mal à la Sécu


Rédigé par - Angers, le 22/04/2015 - 06:45 / modifié le 22/04/2015 - 12:47


Des firmes pharmaceutiques bradent-elles certains médicaments aux hôpitaux pour mieux les vendre ensuite en ville ? C’est la conclusion d’un article du numéro d’avril de la revue Prescrire (1) et l'analyse formulée dès 2013 dans un livre rédigé par un pharmacien hospitalier de Maine-et-Loire, Amine Umlil. Interview.



Médicaments bradés à l’hôpital, la thèse qui fait mal à la Sécu
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Quels principes régissent les relations entre fabricants de médicaments et pharmacies hospitalières ?
 
« La pharmacie d’un établissement hospitalier (ou d’une clinique privée) est appelée pharmacie à usage intérieur (PUI). Elle fonctionne dans un cadre défini par voies légale, réglementaire et normative. L’article L.5126-5 du code de la santé publique dispose notamment qu’elle « est chargée de répondre aux besoins pharmaceutiques de l’établissement où elle est créée et notamment d’assurer (…) l’approvisionnement (…) et la dispensation des médicaments… » aux patients hospitalisés. Cette fonction d’approvisionnement – parmi d’autres - appelle de fait des relations avec les laboratoires pharmaceutiques dont la nature peut être qualifiée de « client-fournisseur ».
 
Comment les hôpitaux choisissent-ils leurs médicaments ?
 
« Un hôpital ne peut bien évidemment pas acheter tout ce qui est disponible sur le marché, d’autant que certains médicaments traitent la même pathologie et appartiennent à la même classe thérapeutique. Il doit donc faire un tri. Seuls les médicaments présentant un rapport bénéfice/risque réellement éprouvé doivent pouvoir, théoriquement, « rentrer » à l’hôpital. Ils sont référencés dans un livret du médicament, lequel répertorie les médicaments dont l’utilisation est recommandée au sein de l’établissement. »
 
Ce livret serait donc la cible des laboratoires pharmaceutiques ?
 
« Y être référencé est évidemment un objectif pour eux. Mais l’élaboration de ce livret ne relève pas du seul pharmacien hospitalier. La règlementation a confié cette tâche à une commission « multidisciplinaire » qui regroupe aussi des médecins de diverses spécialités et la direction de l’hôpital. Un décret d’août 2010 relatif à la politique du médicament dans les établissements de santé est venu transférer ce rôle à la commission médicale d’établissement (composée notamment de praticiens élus). Cette commission, chargée d’effectuer ce tri entre les médicaments, est censée jouer le rôle d’un filtre. Mais elle n’est pas à l’abri des liens et conflits d’intérêts. »
 
Il existe aussi un code des marchés publics ?
 
« Oui. L’hôpital est obligé de mettre en concurrence les fournisseurs dans un cadre réglementé par le code des marchés publics. Et ce livret du médicament constitue l’un des éléments techniques importants qui conditionne l’attribution des marchés à tel ou tel laboratoire. »
 
Visites médicales à l'hôpital : "Une réception par l’ensemble des praticiens concernés, en même temps, dans un cadre organisé et encadré, me paraîtrait plus cohérente."

Comment s’effectuent les visites des laboratoires pharmaceutiques ?
 
« Certains représentants accèdent librement à la rencontre de tel ou tel médecin ou pharmacien hospitalier. Souvent, ces entretiens sont individuels, ce qui prête à caution. Une réception par l’ensemble des praticiens concernés, en même temps, dans un cadre organisé et encadré, me paraîtrait plus cohérente. D’une part, elle réduirait le temps consacré par chaque praticien à ces réceptions, et d’autre part, elle minimiserait le risque inhérent aux conflits d’intérêts. Le pharmacien est l’un des principaux acteurs du circuit du médicament à l’hôpital. Il devrait participer à la maîtrise de la qualité des informations diffusées sur tel ou tel médicament au sein de l’hôpital ; auprès des prescripteurs notamment. »
 
Prescrire laisse entendre, comme vous l’aviez fait dans votre livre, que brader certains médicaments auprès des hôpitaux serait une stratégie dûment réfléchie. Pourquoi ? Dans quel but ?
 
« Dans le cadre des marchés publics, et lorsque deux médicaments ont un rapport bénéfice/risque comparable, le prix concédé à l’hôpital par le laboratoire devient alors le critère de choix. Ce contexte rend possible la négociation des prix et certains médicaments sont vendus presque gratuitement aux pharmacies des hôpitaux. Mais la mise en concurrence des fournisseurs ne serait pas le seul argument qui permettrait d’expliquer ce fait : ne croyons pas que les temps soient plus généreux envers l’hôpital public. »
 
Que voulez-vous dire ?
 
« Il y a une autre explication. Arriver à positionner un médicament au sein de l’hôpital (son livret thérapeutique) revient à assurer la continuité de sa prescription en ville à la fin de l’hospitalisation du patient. Et donc, à assurer sa vente ultérieure à un prix potentiellement plus élevé. Car, en ville, le prix est fixé par le comité économique des produits de santé (CEPS). Bref, on se rattrape après. Réussir l’introduction d’un médicament à l’hôpital, c’est bénéficier également de l’ « effet marketing » de la prescription hospitalière. Si le médecin hospitalier l’a prescrit, pourquoi le changer ? Si le professeur l’a choisi, pourquoi le médecin généraliste le modifierait-il ?... »
"Le générique peut parfois être concédé à un prix plus élevé que celui du princeps."
 
Pouvez-vous nous donner quelques exemples pour étayer vos affirmations ?
 
« Le prix proposé à l’hôpital peut varier de 0€, 1 centime d’euros àplusieurs euros pour le même médicament selon le marché et les circonstances du moment. Ainsi, le générique peut parfois être concédé à un prix plus élevé que celui du princeps. Cette « braderie » n’est pas liée aux caractères intrinsèques du produit mais plutôt à la politique commerciale de son fabricant. Deux conditions peuvent, à mon sens, influer cette politique : l’existence d’un contexte concurrentiel ; et un fort potentiel de prescription notamment en ville –avec une durée de prescription significative comme dans le cas des maladies chroniques-. Les dernières données publiées, en avril 2015, par Prescrire font état de « prix 20 fois voire 100 fois plus élevés » en ville. Et parfois même jusqu’à « 300 fois plus élevés ». »
 
Quel regard portez-vous, en tant que professionnel, sur le sujet ?
 
« Parfois, on se dit qu’il vaudrait mieux éviter de penser et de chercher à comprendre. Quels sont les moyens dont nous disposons pour limiter notre contribution, active et/ou passive, à cette politique ? Lorsque deux fournisseurs proposent un même médicament au même prix, l’hôpital ne devrait-il pas favoriser systématiquement le référencement de celui qui a le prix le moins élevé en ville ? Ne devrait-il pas adopter une vision globale et décloisonnée en tenant compte systématiquement d’un prix moyen « hôpital/ville » ? Dans ce cas, l’hôpital serait perdant. Pour limiter cette perte, la « Sécu » devrait-elle, à son tour, reverser une part des économies potentielles générées à l’hôpital-source ? Grâce à ses efforts, ce dernier percevrait alors une part du gain dans une proportion à définir : 50% ? Du genre « gagnant/gagnant » ? Pourquoi ne pas élaborer un livret du médicament commun « hôpital/ville » qui serait destiné aussi bien aux professionnels des établissements de santé qu’à ceux exerçant en ville ? »

(1) Prescrire est une revue mensuelle consacrée principalement aux interactions médicamenteuses. Ses rédacteurs sont des professionnels de santé, formés aux méthodes rédactionnelles Prescrire, c'est à dire affranchis des influences des firmes, comme de celles des organismes chargés de l'organisation des systèmes de soins. rédactionnelle.
 
 




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