« Métanoïa » cueille le jour présent, sans se soucier du lendemain...


Rédigé par - Angers, le Mercredi 27 Février 2013 à 14:18


Le Festival Cirque(s) débutait mardi au Quai, l'occasion de nous offrir un spectacle d'une rare intelligence : « Métanoïa » de la Cie mancelle Carpe Diem. Et tant pis pour les absents car, contrairement au reste de la programmation, il n'y aura pas d'autre occasion de voir ce véritable chef-d’œuvre.



«Métanoïa» ou la quète des cieux... - © Bastien Capela.
«Métanoïa» ou la quète des cieux... - © Bastien Capela.
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Il n'est pas conventionnel que les artistes de cirque n'abordent la scène qu'à travers une seule discipline, d'autant plus lorsqu'il s'agit du «mât chinois». C'est pourtant le pari que relève Marie-Anne Michel, avec brio et inventivité, depuis maintenant une dizaine d'années...

Formée - mais pas formatée - au Centre National des Arts du Cirque, elle s'est essayée à différentes pratiques avant de jeter son dévolu sur cette potence plus ou moins rigide.

Après avoir longtemps travaillé sur la notion d'équilibre (et son penchant inverse), évoluant sur des structures originales qui l'ont amenée, sans cesse, à en repousser les limites, Marie-Anne Michel a ressenti le besoin d'expérimenter le « mât » lors d'une traversée du désert. Elle envisageait cet agrès vertical, explique-t-elle, comme étant le seul lien possible entre ciel et terre, qui l'entouraient alors totalement...

Un chemin hors des sentiers battus

Marie-Anne Michel / Photo DDM S. L. - La Dépêche.fr
Marie-Anne Michel / Photo DDM S. L. - La Dépêche.fr
Autodidacte - l'artiste reconnaît volontiers n'avoir appris aucune des figures imposées de cette discipline spectaculaire -, elle a su développer un langage singulier, loin de la pratique « habituelle » que les circassiens en font tout en puissance et jouant avec le danger.

Sa façon de s'exprimer est tout autre : elle le fait avec beaucoup de grâce, de sensibilité et de poésie. Sa recherche est bien plus profonde, plus noble que le simple fait de vouloir nous en « mettre plein la vue ».

Sa relation au mât, toute personnelle, est un vrai dialogue avec celui-ci, à tel point qu'elle semble parfois ne faire plus qu'un avec lui. Sa gestuelle, fruit d'un long travail, est une véritable chorégraphie aérienne.

Un certain «mysticisme»...

© Bastien Capela.
© Bastien Capela.
Selon ses aveux, sa pratique artistique se rapproche véritablement d'une quête spirituelle. Et même si le spectacle n'en demeure pas moins « terre à terre », il ne fait aucun doute que ses enjeux relèvent avant tout d'un cheminement intime.

Mais nul besoin de les saisir parfaitement pour se sentir concerné. Marie-Anne Michel est tellement juste et vraie dans son intention que l'on ne peut que se laisser envoûter... Sentiment renforcé par la présence à ses côtés d' Éric Brochard qui l'accompagne de sa voix et de son violoncelle.

Vêtue d'une robe faite d'une sorte de peau de bête rappelant l'habit des premiers humains (les spécialistes du mât reconnaîtront là, en soi, un véritable exploit), évoluant dans une atmosphère sombre semblant évoquer celle des cavernes, l'artiste nous offre un moment d'une rare intensité qui prend quasiment des allures de rituel primitif.

Elle rentre, en effet, véritablement en communion avec les éléments naturels qui l'entourent et qui constituent sa scénographie: de cette flaque d'eau jusqu'à cette branche d'arbre avec lesquelles elle compose un magnifique ballet...

Cette profonde humanité qui l'habite, cette «beauté» intérieure, ont littéralement transpiré sur scène pendant l'heure que dure la pièce, nous en faisant ressortir totalement sereins.

Une vraie prise de risque

Christian Mousseau-Fernandez, dans l' interview accordée à Angers Mag en amont du festival, confiait qu'au cirque, le risque ne se situe plus forcement là où on pourrait l'attendre.

Celui pris par Marie-Anne Michel est de nous avoir conviés à un voyage dans son intériorité, « à la recherche de l'équilibre à travers le déséquilibre». Mais finalement cette quête n'est-elle pas aussi la nôtre ? C'est là toute la force de ce spectacle à notre image...

«Métanoïa», en grec ancien, signifie «au-delà de nous». Tout est dit.

© Bastien Capela.
© Bastien Capela.







Mathieu Vautrin
"Scenoscopie" s'intéresse au spectacle vivant sous toutes ses formes. Si vous êtes curieux,... En savoir plus sur cet auteur








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